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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Du désastre au déshonneur
[mercredi 10 février 2010 - 18:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Le naufrage (16 Juin 1940)
Eric Roussel
Éditeur : Gallimard
249 pages / 18,05 € sur
Résumé : Un livre de synthèse sur les dernières heures du gouvernement Paul Reynaud et les premières du cabinet Pétain.
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Rendre intelligible aux hommes d’aujourd’hui les horizons d’attente de ceux d’hier : telle est sans doute la partie la plus difficile du travail d’historien tel que Reinhart Koselleck a invité à le repenser. Cette rupture-là ne s’accomplit pas sans difficulté pour qui en accepte la leçon. Il y faut de l’imagination – entendue comme capacité à se déplacer en pensée et à quitter des systèmes de raisonnement datés –, de la méthode – pour éviter de se perdre dans les lacis et paradoxes du temps – et, osons le mot, de l’empathie. Comme il est dur pourtant de renoncer au déterminisme ! Egaré dans le temps comme dans un labyrinthe, le chercheur éprouve souvent la tentation de faire de l’étiologie son fil d’Ariane. L’étiologie ? Cette science des causes, cet enchaînement des déterminants et des conséquences qui flatte notre secrète propension au fatalisme… De Gaulle lui-même n’y sacrifiait-il pas dans ses Mémoires de guerre en décrivant les années 1930 comme une pente qui conduisait nécessairement la France à la chute de juin 1940  ?

Eric Roussel, qui fut de Charles de Gaulle le biographe à la fois inspiré, libre et incisif  , lui emprunte du reste une métaphore maritime pour désigner ce qui advint le 16 juin 1940, veille de la demande d’armistice : un "naufrage" . Un "naufrage" qui aurait donc "fait la France", s’il faut en croire le nom de la collection dans laquelle paraît le livre. Un "naufrage" qu’Eric Roussel ne s’interdit pas d’expliquer comme la conséquence de causes connues : la mue de la IIIème République en un parlementarisme d’impuissance, le pacifisme d’une majorité de l’opinion publique française, la méconnaissance de la spécificité du nazisme par rapport à un nationalisme "classique", enfin un armement mal adapté à la guerre de mouvement, quand l’expérience de 1914-1918 semblait indiquer que les conflits "modernes" seraient de positions...

Une date-charnière

Pourquoi Eric Roussel désigne-t-il ce 16 juin 1940 comme une date qui compte dans l’histoire de la France contemporaine ? Le gouvernement de Paul Reynaud est alors replié à Bordeaux, après avoir d’abord quitté Paris pour Tours. Depuis la conférence interalliée de Briare, le 11 juin 1940, les responsables civils et militaires français semblaient avoir compris que les "diverses issues" se résumaient pour la France à trois hypothèses désespérantes : "capitulation, poursuite de la lutte (…) dans l’Empire, armistice ". Or, c’est bien le 16 juin que le pays s’engage, en quelques heures, dans la dernière voie : il se réveille au matin du 16 juin avec un gouvernement de combat ; il se couche, trois conseils des ministres plus tard, avec un cabinet convaincu de la supériorité du feu allemand.

Titre du livre : Le naufrage (16 Juin 1940)
Auteur : Eric Roussel
Éditeur : Gallimard
Collection : Les journées qui ont fait la France
Date de publication : 15/10/09
N° ISBN : 2070734943
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7 commentaires

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David Valence

19/02/10 22:33
"Juger des mérites d'une décision", comme vous l'écrivez, c'est ce qu'il a plus de plus "facile" pour l'historien. La difficulté se situe plutôt au niveau de l'effort mental auquel il faut consentir pour faire "comme si on ne savait pas", et reconstituer l'horizon d'attente des hommes du passé, le "futur passé pour parler comme Koselleck.
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Fred

15/02/10 15:45
Je sais bien qu'avec des si on pourrait mettre Paris en bouteille, mais on ne peut juger du mérite d'une décision qu'à posteriori "quand l'avenir est arrivé". Il semblerait que les décideurs de Vichy avait le choix et que l'on peut penser, au vue de ce qu'il s'est passé par la suite, que la voie qu'ils ont choisi de prendre n'était pas la meilleure. Bien sûr, n'avaient-ils pas en main toutes les données du problème. Mais si c'est le cas, ils n'étaient pas en mesure de faire un choix véritable...
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David Valence

15/02/10 10:37
Uchronie en effet, ou jugements d'opinions, même. Ce que l'historien (et Eric Roussel le fait) peut dire en revanche, c'est que le choix de l'armistice n'était pas inéluctable, contrairement à ce qu'écrit "Patagon". Il s'agissait bien d'un CHOIX.

D'autres pays en firent d'ailleurs de différents : la capitulation ou le départ du Gouvernement à Londres.
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CARACAL

15/02/10 08:59
je suis assez ok avec cette dernière opinion, bien qu' "avec des si..." !

peut-être même la flotte de Toulon aurait-elle pu rejoindre en grande partie l'Algérie et-ou le Maroc, voire le Royaume-Uni...

avec même seulement 75% ou 70% de la flotte de guerre française (la 2ème du monde en 39/40), les forces en présence n'eussent pas été les mêmes... surtout avec l'ordre aux quelques 200 000 soldats français de Dunkerque et à tous ceux de l' "Empire" (+ les marins) de rejoindre la Grande-Bretagne et-ou les USA (qui n'étaient encore que "neutres", mais bon...).

ceci étant, on peut faire dans l'histo-fiction et l'uchronie tant qu'on peut !
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Fred

14/02/10 17:25
A Paragon: Rétrospectivement, on peut penser que le repli en Afrique du nord, avec l'appui de l'allié britannique aurait été la solution la plus honorable et la meilleure pour poursuivre la lutte contre l'envahisseur nazi. Elle aurait évité, par exemple, ce divorce néfaste entre gaullistes et vichystes qui a considérablement affaibli la position de la France. Ce repli aurait aussi permis d'éviter le sabordement de la flotte et le désastre de Mers el Kebir.

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