Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Bientôt de nouveaux résultats !
Rendre intelligible aux hommes d’aujourd’hui les horizons d’attente de ceux d’hier : telle est sans doute la partie la plus difficile du travail d’historien tel que Reinhart Koselleck a invité à le repenser. Cette rupture-là ne s’accomplit pas sans difficulté pour qui en accepte la leçon. Il y faut de l’imagination – entendue comme capacité à se déplacer en pensée et à quitter des systèmes de raisonnement datés –, de la méthode – pour éviter de se perdre dans les lacis et paradoxes du temps – et, osons le mot, de l’empathie. Comme il est dur pourtant de renoncer au déterminisme ! Egaré dans le temps comme dans un labyrinthe, le chercheur éprouve souvent la tentation de faire de l’étiologie son fil d’Ariane. L’étiologie ? Cette science des causes, cet enchaînement des déterminants et des conséquences qui flatte notre secrète propension au fatalisme… De Gaulle lui-même n’y sacrifiait-il pas dans ses Mémoires de guerre en décrivant les années 1930 comme une pente qui conduisait nécessairement la France à la chute de juin 1940 ?
Eric Roussel, qui fut de Charles de Gaulle le biographe à la fois inspiré, libre et incisif , lui emprunte du reste une métaphore maritime pour désigner ce qui advint le 16 juin 1940, veille de la demande d’armistice : un "naufrage" . Un "naufrage" qui aurait donc "fait la France", s’il faut en croire le nom de la collection dans laquelle paraît le livre. Un "naufrage" qu’Eric Roussel ne s’interdit pas d’expliquer comme la conséquence de causes connues : la mue de la IIIème République en un parlementarisme d’impuissance, le pacifisme d’une majorité de l’opinion publique française, la méconnaissance de la spécificité du nazisme par rapport à un nationalisme "classique", enfin un armement mal adapté à la guerre de mouvement, quand l’expérience de 1914-1918 semblait indiquer que les conflits "modernes" seraient de positions...
Une date-charnière
Pourquoi Eric Roussel désigne-t-il ce 16 juin 1940 comme une date qui compte dans l’histoire de la France contemporaine ? Le gouvernement de Paul Reynaud est alors replié à Bordeaux, après avoir d’abord quitté Paris pour Tours. Depuis la conférence interalliée de Briare, le 11 juin 1940, les responsables civils et militaires français semblaient avoir compris que les "diverses issues" se résumaient pour la France à trois hypothèses désespérantes : "capitulation, poursuite de la lutte (…) dans l’Empire, armistice ". Or, c’est bien le 16 juin que le pays s’engage, en quelques heures, dans la dernière voie : il se réveille au matin du 16 juin avec un gouvernement de combat ; il se couche, trois conseils des ministres plus tard, avec un cabinet convaincu de la supériorité du feu allemand.
7 commentaires
David Valence
Fred
David Valence
D'autres pays en firent d'ailleurs de différents : la capitulation ou le départ du Gouvernement à Londres.
CARACAL
peut-être même la flotte de Toulon aurait-elle pu rejoindre en grande partie l'Algérie et-ou le Maroc, voire le Royaume-Uni...
avec même seulement 75% ou 70% de la flotte de guerre française (la 2ème du monde en 39/40), les forces en présence n'eussent pas été les mêmes... surtout avec l'ordre aux quelques 200 000 soldats français de Dunkerque et à tous ceux de l' "Empire" (+ les marins) de rejoindre la Grande-Bretagne et-ou les USA (qui n'étaient encore que "neutres", mais bon...).
ceci étant, on peut faire dans l'histo-fiction et l'uchronie tant qu'on peut !
Fred