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Quel avenir pour le livre numérique ?
[jeudi 29 avril 2010]

Le Sénat organisait hier une table-ronde sur l’avenir du livre à l’heure du numérique. Le sénateur Jacques Legendre, président de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, animait cette rencontre centrée autour de deux questions : "Faut-il fixer un prix unique au livre numérique ?" et "Quelle politique pour le livre selon qu’il est libre de droits ou sous droits ?" 

Pour débattre de cette dernière, des acteurs du monde des livres aussi importants que Serge Eyrolles, président du Syndicat national de l’Edition (SNE) et Jean-Pierre Gérault, président du directoire d’i2S, exposaient leur point de vue aux côtés de Philippe Colombet, directeur du projet Livres pour Google France. Le débat se conclut sur les interventions très attendues de Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France (BNF), et de Jean-Noël Jeanneney, son prédécesseur. Amazon et Apple avaient décliné l'invitation.

Marc Tessier commenca par rappeler brièvement les conclusions du rapport de la numérisation du patrimoine écrit qu’il présidait. Pour lui, si la logique de numérisation massive est inévitable, il n'est pas irrémédiable que des impératifs uniquement économiques régissent l'avenir du marché du livre. Les œuvres françaises doivent être présentes sur toutes les plateformes, dès lors qu’une politique économique et culturelle commune est décidée.

Yvo Volman, chef d’unité adjoint de la Direction générale Information Society & Media à la Commission européenne, a ensuite évoqué le développement d’Europeana, la bibliothèque numérique européenne. Cette plateforme pourrait combiner deux modèles de numérisation pour les œuvres sous droits : celui suivi par Gallica, où les ayant-droits numérisent eux-mêmes les œuvres, ou celui initié aux Pays-Bas ou en Allemagne où les droits de licence sont négociés entre les bibliothèques et les ayant-droits. Pour que ces pistes soient creusées, il importe néanmoins que tous les pays membres de l’UE multiplient et améliorent leurs collections sur le site et ne limitent pas les moyens qu’ils y consacrent. A cet égard, la France garde une longueur d’avance. 

C’est lorsque Bruno Racine prit la parole que les véritables clivages sur la nature des relations entre le public et le privé devinrent plus clairs. Il insista sur l’idée que la numérisation est un processus industriel maîtrisé mais qu’il ne constitue qu’une première étape du travail sur les contenus des œuvres. Le grand emprunt est venu changer la donne de ce processus, même s’il n’est pas encore très clair quelle somme sera consacrée à la numérisation sur les 750 millions d’euros prévus initialement. Dans cette perspective, Bruno Racine veut mettre au point un modèle économique avec des partenaires privés, et accompagner la modernisation de l’économie, "sans écarter aucune piste". Dans la bouche de l’actuel président de la BNF, cela sonne comme un plaidoyer pour un partenariat entre le public et Google. En invoquant les modèles anglais et danois qui s’orientent vers une délimitation territoriale de l’accès aux œuvres qui les rendrait payantes hors de leur pays d’origine, Racine rappelait aussi à l’assemblée à quel point il a foi dans le projet Europeana.

On attendait une réponse directe de Jean-Noël Jeanneney depuis leur affrontement par publications interposées. C’est surtout Philippe Colombet, représentant de Google, qui en prit pour son grade. L’ancien ministre de François Mitterrand se plaça d'emblée sous le patronage du Général de Gaulle : "la France doit être exemplaire". L’Etat doit mener un dialogue d’égal à égal avec ses partenaires privés, et ne pas se laisser dicter la moindre condition par Google, coupable de "brigandage". Les propositions du groupe américain conduiraient à une "inégalité insupportable" dans l’accès aux œuvres numérisées. Ainsi, l’effort de numérisation devrait se concentrer sur Europeana car il faut "aimer ce que vous ne verrez jamais deux fois"  .

En guise de conclusion, Philippe Colombet botta en touche en affirmant que Google n’excluait aucune proposition de la commission Tessier et encouragerait même une solution de gestion collective où les ayant-droits pourraient prendre la main sur les contenus et donner leur avis sur la numérisation et la diffusion des œuvres. On en est encore bien loin.

 

A lire sur nonfiction.fr :

- 'Le droit d'auteur est-il une notion périmée ?', par Guillaume de Lacoste Lareymondie.

- 'Jeanneney et Racine : la guerre aura bien lieu'.

- 'Le rapport Tessier sur la numérisation du patrimoine', par Pierre Testard.

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