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On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Jeanneney et Racine : la guerre aura bien lieu
[lundi 01 mars 2010 - 22:00]

La guerre aura bien lieu. Jean-Noël Jeanneney sort ce 3 mars une édition mise à jour (à 14 Euros 50) de son livre Quand Google défie l'Europe alors que Bruno Racine sort le lendemain, 4 mars, pour 14 Euros, son pamphlet anti-Jeanneney : Google et le Nouveau Monde. 50 centimes d'écart. Ce n'est pas tout.

L'ancien et le nouveau président de la Bibliothèque Nationale de France se sont donc déclarés la guerre. Racine n'y va pas avec le dos de la cuillère. Du début à la fin de son livre de 150 pages, il vise - et vise bien - Jeanneney, nommément. Taxé d' "idéologue", il détruit un à un ses arguments, condamne ses choix, et l'air de rien, nous livre, page 111, un mini-scoop : pendant qu'il dénonçait Google, Jeanneney tentait de négocier avec le géant Microsoft, allant jusqu'à le faire dans le dos du gouvernement.

Dans son livre, mi-plaidoyer pro-domo (et pro-Sarkozy), mi-pamphlet anti-Jeanneney, Racine avance des arguments très convaincants et multiplie, en bon technicien du dossier, les analyses. C'est toujours stimulant, souvent juste, un peu hallucinant. En particulier, lorsque Racine condamne presque définitivement le projet Europeana, quasiment enterré, ou du moins renvoyé à sa véritable dimension : un petit projet national, qui tente vainement de devenir européen, et qui n'a plus aucune chance de concurrencer le projet de Google. "On aurait pu s'en douter dès 2005, c'est aujourd'hui une certitude" écrit Racine.

Trop souvent techno, saluant les rapports Patino, Tessier et Albanel comme autant de pierres angulaires de la pensée française, Racine soigne ses alliés et plaide en sa faveur. C'est la limite du livre. Mais la charge est salutaire. Enfin quelqu'un qui parle vrai sur Google et n'est pas idéologue.

Parallèlement, Jeanneney, qui est visiblement à court de munitions, sort une nouvelle édition de son livre avec 55 nouvelles pages... pour épingler Bruno Racine. Fier des 14 éditions de son livre à l'étranger (c'est un peu consternant pour ces maisons d'éditions étrangères qu'il y en ait eu 14 pour publier un petit livre somme toute rétrograde et dépassé), il revient sur la polémique date apres date et confirme ses arguments. Le plus drôle, c'est la couleur de la troisième édition de ce livre : la première était bleue, la seconde était blanche, et celle-ci... est rouge.

Pour Bruno Racine, l'objectif est, outre de tailler un costard à son prédécesseur, de se succéder à lui-même et de se voir reconduit à la tête de la BNF. La fin de son mandat est prévue pour avril. Christine Albanel, donnée longtemps favorite, ayant opportunément été dégagée la semaine dernière à France Télécom (son incompétence crasse en matière de numérique a quand même fini par la priver de cette nomination qu'elle espérait encore récemment, surtout que le grand chantier étant la numérisation de la BNF il fallait quand meme un profil plus techno-compatible). Albanel, out, est-ce que la voie est dégagée pour le retour de Bruno Racine ? Lequel est, dit-on, très appuyé par Alain Juppé de la commission Juppé-Rocard (qui a débloqué des millions pour la numérisation de la BNF) et par le Premier Ministre. Ou bien un troisième candidat sortira-t-il de l'ombre ? Défendu à l'Elysée qui ne digère pas la campagne anti-Albanel. Non, franchement, on ne croit pas à la rumeur. Quoi ? Ce n'est pas possible. Alors qu'on annonce PPDA à France Télévisions, vous y croyez, vous, à Jean Sarkozy à la BNF ?

 

 

 

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6 commentaires

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Krat

04/05/10 18:30
Humble lecteur moitié analphabète, moitié illettré, que je suis, je me permets, malgré tout, d'adresser mes remerciements les plus chaleureux à l'équipe de la Rédaction; mes remerciements les plus sincères pour cet excellentissime article critique au sujet de la numérisation du patrimoine français. Quelle perspicacité, quel courage, je dirais même - quelle audace de la vérité! Les journalistes du monde entier devraient ramper dans la boue en espérant un miracle, celui d'atteindre, un jour, votre niveau sans égal. Je salue donc cette initiative unique qui permet - enfin! - à nous, lecteurs avides de savoir, de saisir la problématique de l'édition numérique dans toute sa complexité (nationale, européenne, mondiale!), tout en nous apportant des preuves irréfutables des machinations politico-idéologiques à l'oeuvre en ce moment même, ces dessous de cartes si j'ose dire, des preuves qui sont sans aucun fruit d'un long travail de journalisme d'investigation dont on peut observer, non sans regret, le déclin généralisé dans les média de masse.
Enfin une équipe de vainqueurs que nous attendions tous. Car autrement - comment pourrions nous décoder des signes aussi subtils, presque subliminaux dont nous sommes quotidiennement victimes? Celui du drapeau français qui apparaît en filigrane, comme par magie, lors de l'édition de la trilogie Jeanneney ? Ou comment enfin reconnaître, dans la jungle médiatique, au moins une personne qui ose la vérité, autrement dit "quelqu'un qui parle vrai sur Google et n'est pas idéologue."
Mais que demande le public? Eh bien, s'il est encore en droit de demander quoique ce soit face à une source de lumière si puissante, il ne saurait que demander plus: plus de billets semblables, plus d'audace, plus de scoops (même mini), enfin, plus de nonfiction!

Votre humble lecteur de province
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Jules

15/04/10 02:15
Un article navrant, qui ne remet pas le problème dans son contexte européen. Ce n'est d'ailleurs pas un article mais un plaidoyer pour la non œuvre de Racine qui n'a comme résultat au final d'avoir rendormi cette belle BNF. Europeana est une chance, encore faut-il travailler, et être européen, ne pas rester chagrin devant Google mais avancer en construisant et en conservant et en faisant évoluer notre modèle culturel. L'auteur de cet article n'évoque pas le problème des droits d'auteur, celui de la libre circulation de l'information, de l'Europe, etc. Nous avons à faire à une brève mal rédigée, à charge, sans intelligence critique, en bref un mauvais billet d'humeur de blog ! Que Nonfiction lance un vrai débat sur ce thème et que l'on parle de ce sujet avec sérieux et en connaissance de cause ! Le niveau du site baisse avec ce type de papier, dommage !
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Hiram

10/03/10 10:58
Jeanneney malgrè sa compétence a fait fausse route et sa pensée ne va pas allimenter le progrès de l'humanité, tant pis. Nous ne pouvons que nous réjouir du travail de Racine gràce auquel nous pénétrons dans la nouvelle civilisation numérique.
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yves tiburce

05/03/10 18:16
votre approbation sans réserve de Bruno Racine est lamentable. Bien sûr que l'emprise de google sur la reproduction des livres à l'échelle mondiale est un problème majeur. Et si le projet Europeana est en difficultés, c'est bien du fait de l'absence de volonté politique nationale et européenne de le promouvoir. Il apparaît clairement qu'on n'a rien appris de la crise récente, ni en termes économiques, ni en termes citoyens ni politiques, et que ceux qui pèsent sur les rapports de pouvoir à l'échelle mondiale vont continuer à faciliter toujours plus l'emprise des FTN sur le monde actuel, et tout particulièrement sur le monde internet. Et l'absence d'esprit critique de nonfiction à ce sujet va dans le même sens. Qu'on soit d'accord avec JM jeanneney ou pas, le petit ton ironique et auto-suffisant de cet articulet sans recul critique et sans réflexion est assez insupportable.
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Jean-Pierre

01/03/10 23:26
J'apprécie énormément Jean-Noël Jeanneney mais il se trompe complètement sur le dossier numérique. Ca n'empêche pas que c'est un homme ultra compétent et honnête.

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