On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans son article "Approche figurationnelle du sport moderne. Réflexions sur le sport, la violence et la civilisation" publié dans la revue Vingtième Siècle (numéro spécial sur Norbert Elias), le sociologue Eric Dunning revient sur les idées qu’il avait développées entre 1966 et 1986 avec Norbert Elias sur le sport dans le processus de civilisation et apporte de nouvelles pistes de réflexion sur le sport aujourd’hui, notamment sur les problèmes de violence qui l’entourent, illustrés par le "hooliganisme".
Norbert Elias et l’approche "figurationnelle"
Dans un premier temps, Eric Dunning présente les principes majeurs de la sociologie de Norbert Elias, notamment l’approche dite "figurationnelle" ou plus souvent "configurations". Cette sociologie relève du refus de Norbert Elias de choisir entre l’individualisme de Max Weber et le holisme d’Emile Durkheim. Selon lui, analyser l’individu ou analyser la société n’entraînent que deux points de vue différents sur un même sujet : "L’antithèse individu/société véhiculerait […] l’idée fausse qu’il faut, là aussi, choisir entre deux extrêmes : la liberté (individuelle) d’un côté, le déterminisme (social) de l’autre" . De plus, cette analyse figurationnelle repose sur l’étude de processus historiques complexes permettant de comprendre une situation donnée relativement aux situations antérieures. Ces processus sont présentés comme "aveugles" par Norbert Elias "au sens où ils sont la conséquence involontaire d’une somme d’actions individuelles délibérées" . Dans cette optique, le pouvoir n’est lié qu’à un équilibre de l’interdépendance des individus ; la question de la violence, quoique fondamentale dans l’idée de "processus de civilisation", n’est donc pas la seule explication du pouvoir.
Les sources physiques et intellectuelles du pouvoir ont été étudiées par Norbert Elias avec le même intérêt. En effet, Norbert Elias "rejetait toute opposition entre le corps et l’esprit, affirmant que la psychologie sociale devrait s’intéresser à tous les aspects des humains et de leur vie en société" (p178) ; c’est notamment pour cela qu’il a été l’un des premiers, en collaboration avec Eric Dunning, qui fut l’un de ses élèves, à étudier le sport comme élément majeur des sociétés contemporaines. Selon eux, le renforcement du contrôle de la violence au cours du "processus de civilisation" a notamment résulté dans le développement des sports modernes, tout d’abord en Angleterre au XVIIIème siècle.
L’exemple du football et du rugby
Eric Dunning a surtout travaillé sur le football au cours de ses différents travaux. Pour Elias et lui, le football moderne s’est développé à partir d’anciens jeux du Moyen-Age, moins réglementés . L’étude de ces jeux médiévaux montre comment les autorités politiques de l’époque ont cherché à interdire ces pratiques du fait de leur violence en imposant des alternatives (course à pied ou à cheval) : "ce qui a d’abord entraîné le développement des sports modernes, c’est cette volonté de les rendre moins violents, moins guerriers" .
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