ACCÈS
BIBLIOTHÈQUE
CLIQUEZ ICI
Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Après bientôt quatre décennies de recherches historiques consacrées à la violence , Robert Muchembled ose prendre du recul, croiser des données régionales avec les résulats rassemblés par d’autres historiens européens et confronter ses hypothèses à celles de spécialistes en sciences humaines pour proposer, sur ce thème des plus complexes, un essai de synthèse qui entend poser sur le phénomène de violence, un regard largement diachronique et comparatiste.
Considérant la violence criminelle à la lumière des archives judiciaires, l’historien constate que, depuis le XIIIe siècle, les rapports humains apparaissent comme progressivement moins brutaux : émerge et s’installe dans l’Europe moderne puis contemporaine, un modèle de gestion de la violence qui parvient progressivement à canaliser les pulsions agressives individuelles. Comment, encadrée par l’institution, la violence change-t-elle peu à peu de statut pour devenir un tabou majeur de la culture occidentale ? C’est ce processus de "civilisation des mœurs" , d’apaisement des relations sociales et familiales, de transformation des sensibilités collectives qui, policées par un nouveau système de normes, mettent progressivement à distance les affrontements, que Robert Muchembled cherche à mettre au jour dans cet essai.
En repoussant les limites géographiques et chronologiques de son objet d’étude et en choisissant ainsi d’embrasser largement le phénomène, l’auteur peut souligner la permanence, sur sept siècles, des structures de la violence homicide en Europe occidentale : il pose en particulier l’hypothèse, neuve à cette échelle, d’une association privilégiée des jeunes hommes aux manifestations de violence. Plus que tout autre problème, ce serait l’encadrement et le contrôle de cette violence principalement masculine et juvénile, reflet des difficultés du passage d’une génération à l’autre, qui constituerait le moteur des transformations de la civilisation européenne à l’orée de la Modernité. En neuf chapitre thématiques puis chronologiques, Robert Muchembled suit le fil de ces deux hypothèses.
Confronté, comme tous les spécialistes de la violence, au problème de sa définition, Robert Muchembled choisit de consacrer un premier chapitre à l’examen de cette notion complexe et de faire rapidement le point sur la question de ses origines et des ses modalités. Partant d’une présentation minimale fondée sur l’étymologie , l’auteur choisit de retenir une définition légale de la violence et de concentrer son regard sur les violences criminelles.
Inné ou acquis ?
Constatant que les coupables d’actes de violence ont, depuis le XIIIe siècle, un profil-type qui n’a que peu évolué, Robert Muchembled pose la question du caractère inné ou culturel de la violence en soulignant l’apport à ce sujet de la psychanalyse, de la psychologie, de l’éthologie ou de la sociologie. Fort de la lecture et de la comparaison d’un grand nombre de sources, il invite à se pencher sur ce qui se présente comme une fascinante enigme pour l’historien du culturel : les femmes ne représentent jamais, quels que soient les espaces ou les temps étudiés, beaucoup plus de 10% des coupables d’homicides, la violence se présentant comme largement masculine et juvénile.
1 commentaire
Liseron
Profitable recension que le lecteur peut croiser avec l'émission "Concordances des temps" du 04 avril 2009 dans laquelle R. Muchembled était l'invité principal.
Je note une curieuse sous-représentation bibliographique sur internet quant au cas londonien des "Mohocks" (l'actuelle entrée anglaise sur Wikipedia ne semble montrer aucun recul sur la question).
Vifs remerciements à ce site et à l'auteure du compte-rendu !