Le judaïsme : entre culture et religion
[mercredi 24 mars 2010 - 14:00]
Ce sont les résonances avec les sujets contemporains qui font la richesse de cet ouvrage ; au point qu’on souhaiterait que l’auteur prenne encore plus de recul par rapport aux textes religieux. Son commentaire de Maïmonide, dans le chapitre 9 consacré au couple humain et à la "tradition juive" (
Genèse 2:24), pourrait contenir au moins une note au sujet du passage du
Mishne Tora (le code de Maïmonide) qui interdit dans le même élan l’homosexualité et la zoophilie. Le dernier chapitre, portant sur les impasses du "dialogue interreligieux", est en ce sens plus clairement ancré dans la démarche générale qui prévaut dans ce livre. "Dieu est là pour fabriquer du 'Nous', et il le fait nécessairement contre 'les autres', et donc 'le Dieu des autres'
". Si ce dialogue doit servir à améliorer les conditions du "vivre-ensemble" (ce dont on peut douter dès le départ car les athées et les agnostiques sont exclus dudit dialogue), Attias énumère
cinq conditions qui mériteraient un examen attentif de la part des férus d'œcuménisme : reconnaître que les conflits ont souvent d’autres causes que les différences de religion (voire l’importance des conflits de territoire au Proche-Orient), saisir l’étendue du "désarroi social et (...) culturel" derrière les motivations de reconnaissance communautaire, admettre l’importance de la diversité dans le débat sur l’identité française (débat mené par le gouvernement actuel dans les conditions désastreuses que l’on sait), trouver les bons interlocuteurs pour ce dialogue (l’expression "prêcher des convaincus" risque sinon ici de s’appliquer directement), et, enfin, poser la question du dialogue "
intrareligieux", ce qui pour de nombreux lecteurs évoquera, rien que pour l’Eglise catholique, la question du célibat des prêtres ou de la béatification de Pie XII
...
Au final, on comprend bien que c’est d’un judaïsme accueillant dont il s’agit, et que l’ensemble des références les plus diverses convoquées tout au long de l’ouvrage ne visent qu’à soutenir un message universel de tolérance. L’appareil critique excellent qui accompagne les quinze chapitres (glossaire, index des textes et index des noms) devrait permettre à des lecteurs de profils très différents de tirer au mieux partie de ce livre aussi érudit qu’original
A lire aussi sur nonfiction.fr :
- Esther Benbassa, La souffrance comme identité, par Jérôme Segal.
- Esther Benbassa, Etre juif après Gaza, par Jérôme Segal.
2 commentaires
Yves
Pour la cohérence on repassera.
MAO
Je ne sais qu'en retenir,à part son érudition et sa volonté de tenir tout à la fois la lecture des textes sacrés(?)et la dimension de culture....