Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale. 
Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
La défaite de 70 : plus qu’un événement, moins qu’une rupture
La principale originalité de ce livre est donc d’insister sur la continuité entre "l’époque biblique"et le "judaïsme rabbinique" . L’auteur va ainsi à l’encontre de l’idée largement ancrée dans la tradition historiographique, selon laquelle la défaite de 70 marque une rupture essentielle ; or cette guerre "politique et localisée" n’a pas radicalement modifié le statut des Juifs dans l’empire. Stéphane Encel démontre donc également que la destruction du temple de Jérusalem n’a pas donné naissance à la diaspora, qui est bien antérieure : "La diaspora […] est un phénomène fort ancien dans le judaïsme », presque "consubstantiel à l’occupation de la terre de Canaan" . L’emploi d’une approche presque sociologique ou anthropologique, étudiant les différentes manières d’appréhender le culte dans les différentes communautés de la diaspora, permet également d’obtenir des résultats intéressants : par exemple, à travers l’étude de phénomènes marginaux, comme les temples d’Eléphantine, d’Osias ou de Samarie, "ce sont les marges du judaïsme, sa capacité d’ouverture et la force de son noyau doctrinal" qui sont examinées. Aussi, tout en insistant sur la "profonde unité" du premier judaïsme, due à la cohérence de ses dogmes fondamentaux, l’auteur montre que le royaume d’Israël n’a jamais été indépendant de son contexte : au contraire, l’ouvrage entier insiste sur l’importance des relations avec les grandes puissances voisines, dont il donne aussi un aperçu.
L’érudition dont l’auteur fait preuve pour les Hébreux, l’Assyrie ou Babylone fait d’autant plus ressortir, pour Rome surtout, des erreurs historiques étonnantes : y est par exemple évoqué "l’empoisonnement de Pompée" alors que ce dernier fut passé par l’épée. De plus, on peut noter que toutes les affirmations d’Encel ne sont pas toujours assez précises. Il évoque ainsi la Septante exclusivement à partir de la Lettre d’Aristée, qui la présente comme une entreprise devant beaucoup à Ptolémée II ; or l’authenticité de ce document reste contestée. Si Stéphane Encel précise bien que l’identité affichée de l’auteur de cette lettre est fictive, il ne présente pas au lecteur les hypothèses alternatives quant à la rédaction même de la Septante. De même, il n’évoque le philosophe et écrivain romain Sénèque que comme judéophobe alors qu’on pourrait, à l’instar de Pierre Grimal , souligner la parenté étonnante entre sa pensée et celle de Philon d’Alexandrie. Enfin, alors que Stéphane Encel insiste plus sur la divergence d’intérêts entre les Juifs de la diaspora et ceux de Jérusalem , l’historien Martin Goodman met davantage l’accent sur leur solidarité. On referme néanmoins cet ouvrage avec le sentiment de tenir une somme, à la fois riche et très stimulante pour le lecteur![]()
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