Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Si le déroulement de la crise financière et l’analyse de ses causes ont suscité de nombreux ouvrages au cours des quinze derniers mois, les livres consacrés à son développement dans l’économie réelle et aux mesures qu’il conviendrait de prendre pour en limiter les effets ont été pour l’instant beaucoup moins nombreux. La discussion sur ces questions reste cantonnée aux publications scientifiques et aux comptes-rendus des journaux, qui, passant sans arrêt d’un sujet à un autre, finissent par dissuader le lecteur d’essayer de se faire une idée un tant soit peu cohérente.
Ce livre fait alors exception et mérite ainsi de retenir l’attention, même si l’on ne partage pas la phobie du protectionnisme qui semble animer ses auteurs (qui sont à peu près les seuls aujourd’hui à percevoir ce risque). Celle-ci nous vaut une première partie consacrée à l’histoire du libre-échange et du protectionnisme dont il n’est pas sûr au demeurant qu’elle remplisse son objectif de nous mettre absolument en garde contre celui-ci.
La deuxième partie de l’ouvrage se penche sur la vraie nature de la crise. Les auteurs y expliquent que, même si un certain nombre de bugs menacent toujours la planète financière, les causes principales de la crise incombent bien à l’économie réelle. Et consistent notamment dans le mode de croissance dangereux adopté par la plupart des pays développés, avec d’un côté des services sophistiqués engendrant des emplois hautement qualifiés et de l’autre des services domestiques utilisant des emplois peu qualifiés, et entre les deux un véritable effondrement de l’industrie et des emplois industriels. Dans ce contexte, “l’insuffisance de la taille des secteurs sophistiqués […] explique que la proportion d’emplois peu qualifiés augmente, d’où la faiblesse des hausses moyennes de salaires et l’accroissement des inégalités, effet accentué par l’utilisation du crédit comme substitut aux salaires.” Une situation qui tient principalement à l’insuffisance d’investissement dans les pays développés, qui s’explique elle-même par une rentabilité exigée du capital anormalement élevée. Se rajoute ensuite à ces causes l’absence de contrôle de la liquidité mondiale, qui résulte des déséquilibres en termes d’épargne entre les pays.
Comment évaluer alors les réponses à la crise qui ont été adoptées depuis plus d’un an maintenant ? Sur un plan macroéconomique, elles sont globalement de type non coopératif, commentent les auteurs : les pays à faible taux d’épargne ont substitué un accroissement de la demande publique à la baisse de la demande privée, mais sans réduire leur déficit global, tandis que les pays à fort taux d’épargne (comme la Chine ou l’Allemagne) n’ont accru leurs déficits que de manière modérée. “Le monde semble, à ce jour, avoir spontanément basculé vers l’équilibre non coopératif de réponse à la crise.”
On voit ainsi se profiler un scénario noir : “les gouvernements semblent, en effet, prêts à mener les réformes d’ordre microéconomique (transparence sur les produits financiers, contrôle accru des risques, correction des réglementations déstabilisantes…) et institutionnel (rôle accru des pays émergents dans les institutions internationales, ressources plus importantes pour ces institutions) nécessaires. Mais on ne voit à ce jour aucune possibilité d’amélioration de la situation macroéconomique ; les déséquilibres globaux s’accroîtront encore et conduiront à un excès de liquidité mondiale encore plus important, alors même qu’aucune volonté de coordination des politiques monétaires, budgétaires ou de change n’existe.”
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Fred