On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La crise actuelle du capitalisme financier suscite la publication de nombreux essais. Une sorte de vulgate s’est déjà installée, parfois sous la plume d’économistes qui n’avaient rien prévu, mais qui se prononcent avec le même ton de certitude qu’hier. À quelques variantes près, le déroulement est balisé : la crise financière est le produit d’une maladie spéculative du crédit, avec des produits de plus en plus sophistiqués et mensongers, elle trouve ses origines conjoncturelles dans l’éclatement de la bulle immobilière américaine, qui a entrainé avec elle des défauts de paiement en série sur les prêts "subprimes". Après une période d’apparente accalmie, l’été et l’automne 2008 ont connu la faillite de grands établissements bancaires et financiers qui a suivi, l’effondrement de Lehman Brothers en constituant le point d’orgue ; puis l’intervention massive des États qui constitue un fait majeur ; mais qui n’empêche pas la crise financière de se muer en crise économique et sociale, avec fermetures d’entreprises, augmentation du chômage partiel, et des licenciements, de la pauvreté. Les prolongements politiques se manifestent déjà dans plusieurs pays, la Grèce, l’Islande, les Pays Baltes, etc… Si les interrogations demeurent sur la date de la sortie de crise, peu doutent que l’économie reparte, épurée, et peut-être même renforcée. Et les remèdes se ressemblent largement, l’assainissement du système bancaire, avec de nouvelles règles, des progrès dans la gouvernance européenne et mondiale, etc…
Des causes systémiques
Le livre de Mathieu Pigasse et de Gilles Finchelstein recoupe évidemment ce "récit" qui présente évidemment des éléments de vérité. Mais il permet d’aller plus loin. D’abord parce que dans le diagnostic de la crise, il ne déconnecte pas les différents domaines, la finance de l’économie dite réelle. C’est un système qui est en cause, avec des exigences de rémunération du capital trop élevées, des salaires trop faibles pour la grande majorité de la population active, un privilège donné exclusivement au court-terme. Si la responsabilité des banques est en cause, avec la perte de la notion de risque, celle des États n’est pas moins patente, qui ont accepté et souvent défavorisé un "gigantesque dérèglement". L’échec du modèle anglo-saxon est donc déclaré. Intéressantes également, sont les pages où les deux auteurs analysent le moment où en novembre et décembre 2008, l’économie mondiale est passée "au bord du gouffre". Les réactions – notamment américaines – qui, dans l’instant, ont été appréciées pour leur rapidité, paraissent, avec le recul, trop faibles. En particulier la coordination – malgré les efforts européens – n’a pas été à la hauteur.
2 commentaires
Roland Verhille
Il n’y a aucune originalité à égrainer le chapelet bien connu du « système », de la rémunération excessive du « capital », des « salaires trop faibles », du privilège accordé au « court terme », de la « déréglementation », du « modèle anglo-saxon », du risque d’accaparement des entreprises nationales par des « fonds souverains » ; ni à en appeler à une « baisse des taux d’intérêts », à des « grands programmes d’investissement », à un « partage » des revenus moins « inégal », à plus de réglementation et de régulation.
Le diagnostic de la crise manque d’exposer sa cause première, un déluge de monnaie déversée par les États sur le monde depuis vingt à trente années à l’effet de doper la croissance économique au moyen d’un endettement privé et public catastrophique. Il en est surtout résulté une croissance jamais vue de la spéculation financière n’apportant chez les uns que ce qui est pris chez les autres, et menant inéluctablement aux crises à répétition, mais de plus en plus violentes.
La crise actuelle est effectivement « systémique », mais le système en cause n’est pas celui suggéré par les auteurs. C’est celui des interventions des États dans le fonctionnement des économies. C’est depuis 1974 qu’en France, l’État y est lourdement intervenu à l’effet de combattre le chômage et la pénurie de pouvoir d’achat. L’absurdité de ces interventions est manifeste. Le désastre mondial actuel est aussi le fait des États ayant outrepassé leurs attributions naturelles.
On comprend la difficulté pour ceux engagés dans l’action politique de convenir de ces réalités, même évidentes. Et pourtant, leur bonne foi devrait les conduire à s’écarter de leurs guerres de religions, pour remplir eux aussi leur fonction naturelle qui est de préserver les citoyens des dévoiements de leurs gouvernements faisant obstacle au déploiement de toutes leurs capacités personnelles.
béral