Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
L'animal que donc le souverain serait
[jeudi 02 avril 2009 - 20:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Séminaire. La bête et le souverain t.1 2001 - 2002
Jacques Derrida
Éditeur : Galilée
467 pages / 31,35 € sur
Résumé : La déconstruction de l'opposition homme/animal et d'une définition de la souveraineté au profit de la recherche d'une autre forme du politique.
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Ce lieu nouveau, Derrida le cherchera à nouveau tout au long de son séminaire, notamment dans un chapitre très détaillé sur la bêtise qui est bien l’exclusion de la bestialité, de la cruauté, au profit d’une responsabilité souveraine, uniforme. Ainsi Derrida se demande à quelle condition cette bêtise honnie est-elle possible. D’abord Derrida reprend la critique de la psychanalyse de Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux qui dénonçait déjà le motif d'exclusion de l’animal, et une certaine bêtise de la psychanalyse. Le devenir animal de l’homme devient au contraire dans cette philosophie de l’affect deleuzienne, "une ruse, une machination, une machine de guerre pour s’en sortir, pour démonter un piège, une machine montée pour démonter une autre machine" (p. 197). Première chose que souligne Derrida à propos de cette utilisation du mot "bêtise", c’est qu’elle dénonce avec ironie et sourire un effet conscient, pervers, disons en deux mots ici : l’effet de profondeur de la psychanalyse (la lecture symptomale qui manque la créativité des agencements singuliers propre à chaque sujet) qui occulte l’horizon d’un plan d’immanence (sans profondeur) producteur d’affects et autres devenirs-animal, ruse, évasions. Deleuze dit dans Différence et répétition : "La bêtise n’est pas l’animalité. L’animal est garanti par des formes spécifiques qui l’empêchent d’être bête" (p.196.). S’affranchissant de l’essentialisation de l’animal, Deleuze subvertit l’usage habituel du mot bêtise pour le libérer de son lien inconditionnel au faux : on peut dire des bêtises tout en disant le vrai ; à la limite dit Derrida, on peut dire des bêtises tout en possédant le savoir absolu (Bouvard et Pécuchet). Plus loin encore, Deleuze renverse les catégories en affirmant que le propre de l’homme est lié à la bêtise en ce qu’elle est liée à la liberté et à la volonté consciente de l’homme. Ainsi revenant à la souveraineté Derrida peut la lier à l’exercice de la cruauté par le tyran comme une forme proprement bête de l’homme, c’est-à-dire que la décision absolue du souverain est une décision essentiellement folle qui peut toujours tendre à la bêtise. L’absolu décisionnisme schmittien se retrouve ainsi hybride en ce qu’il contient sa part d’indécidable et d’indéterminé. C’est afin d’articuler un écart, ou un saut, hors du champ épistémologique kantien qui détermine les conditions de possibilité a priori de la bêtise, que Deleuze la lie uniformément au moment de son actualisation.Au lieu de faire de la bêtise une occurrence, Deleuze nous aide à penser les différents sens de bêtise, de bête, qui ne peuvent s’éprouver que dans leur contexte d’énonciation et qui témoignent d’un lien indissoluble entre le fond, l’essence de l’homme, sa liberté et l’horizon de bêtise qui consacre le propre de l’homme.

Plus loin encore, Derrida évoque le propre de l’homme et sa résistance à la biologie chez Heidegger, quelques pages à propos de la zoologie comme biopolitique, etc… La richesse du survol paraît impossible à résumer, mais on peut dire en quelques mots, qu’elle tire profit des creusements sémantiques, des glissements de sens que l’on peut trouver dans les définitions absolues et closes sur elle-même de la souveraineté et de l’animal. Derrida s’abstient bien de conclure son propos ou de proposer un axiome efficient pour surmonter les apories de la clôture du sens. Simplement gardons à l’esprit un symptôme fondamental, celui de l’exclusion de l’animal au profit d’un propre de l’homme et de la souveraineté que Derrida se propose de déconstruire en renversant les catégories philosophiques traditionnelles (Kant, Schmitt, Hobbes), manifestant ainsi une étonnante proximité avec la pensée de Deleuze. Nous attendons ainsi avec impatience la publication des prochains séminaires qui permettent de saisir encore mieux le riche travail théorique de Derrida en train de se faire.

 

À lire également sur nonfiction.fr :

- Entretien avec Marie-Louise Mallet : "Par de multiples voies, l'œuvre de Derrida donnera encore beaucoup à penser"

- Entretien avec Marc Crépon : les séminaire de Derrida sur la peine de mort

- Collectif, Derrida à Alger. Un regard sur le monde (Actes Sud), par Marc Crépon.

Un témoignage de l’extraordinaire rayonnement d’une pensée irrécupérable, ouverte sur le monde, au défi des frontières.

- Jacques Derrida, "Le souverain bien - ou l'Europe en mal de souveraineté" dans Cités, 30, 2007 (PUF), par Bastien Engelbach.

La notion de souveraineté est saisie dans sa complexité et son historicité, suivant l'horizon problématique de l'animal politique mettant en balance l'homme et l'animal, la politique et le bestial, le souverain et la bête.

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4 commentaires

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Anonyme

15/05/09 20:02
Ajoutons que cette loi froide et rêche de cette Salamandre Père (peut-être dont le sexe est encore à déterminer) frappe sans prévenir, sans même faire preuve de Prudence dans la priorité qu'elle veut parfois trop accorder à l'affirmation tapageuse des Idées... Faisons lui gré de son existence trouble. en arrière fond symbolique, on croit toujours qu'elle fait la Loi, alors qu'au fond elle s'égosille sans vraiment s'entendre de surcroît.
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Égide

04/05/09 22:20
Nutrico et Extinguo

La devise de François 1er

J'éduque et j'éteins.

Énigmatique succession paradoxale de la chaleur et et du froid comme un avertissement.

1539, ordonnance de Villers-Cotterêts où le monarque a une résidence somptuaire au milieu d'une terre gorgée d'eau, le français devient la langue de la Loi et du Pouvoir.

Et pource que telles choses sont souventeffois ad-venues sur l'intelligence des motz latins contenuz esdictz arrestz, nous voulons que doresenavant tous arretz ensemble toutes autres procédeures, soyent de noz cours souveraines ou autres subalternes et inférieures, soyent de registres, enquestes, contractz, commissions, sentences, testamens et autres quelzconques actes et exploictz de justice, ou qui en dépendent, soyent prononcez, enregistrez et délivrez aux parties en langage maternel françois, et non autrement.

La langue procède de la Mère, dans cette langue chaude, les arrêts précis, concis, intelligibles exercent froidement la dure loi du Père.

Salamandre animal au sang froid.

Ne dit-on pas d'une personnalité politique qu'elle est un animal politique ?
Cliché dont on ne se lasse jamais :

Je dévore et j'étreins.

Salamandre sexe déterminé masculin mais ambicalence du genre.
La langue ordonne ce qu'Il veut, Lui.

Corps double, ferveur chaleureuse de l'Ordre souverain, Juge froid et implacable des arrêts implacables, le marteau de la Justicia.

Aveugle Salamandre.

Salamandre dont le contact enflamme les prurits mais refroidit les ardeurs possessives.

Et pourtant les langues vernaculaires si maternelles ont tellement perdurées malgré la langue de justice si française pissante comme des savoirs secrets que garde, on le dit encore, la Salamandre tâchetée.

D'homme à homme, on a des mots durs et cinglants pour des querelles mâliques dans lesquelles s'éperd l'Esprit.
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Emanuel

09/04/09 00:00
Re-bonsoir,
Oui, des explications, il faut comprendre, rendre clair ce qui s'appelle lire Derrida, sans pour autant porter préjudice à la complexité de sa pensée, mais aussi ne pas penser que lire Derrida suffise, puisqu'il est difficile de dire qu'on le lit tant il emprunte de visages différents (premier désaccord), l'article était en tous les cas plus focalisé sur un point que survolant l'entier du texte (qui est énorme et inégal).
Il faudrait que ce gozillon d'interlocuteur précise son incompréhension, de façon à ce que je puisse réellement répondre sur un point, je suis donc tout aussi étonné hésitaNT entre ma propre incompétence et le caractère dilettante de mon interlocuteur. Mais nous avons appris grâce à Derrida que même cette langue que l'on prétend maternelle exige sa propre traduction, soyons donc humbles. Je vais donc préciser les deux idées fortes dégagées du texte de Derrida (qui je crois sont essentielles), et difficilement intelligibles sans le concours d'une lecture attentive qui ne se contenterait pas d'invoquer l'inintelligibilité :

-Tout d'abord l'idée que la souveraineté n'est pas un organe purement humain, ni cette pleine présence du souverain sujet omnipotent (que le travail précédent de Derrida vient déranger), mais le lieu d'un conflit entre le proprement humain et le proprement animal, ou encore le lieu d'une hybridité fondamentale (l'Etat ne peut s'énoncer seul). Il n'y a de souveraineté que par convention et ses enjeux politiques à venir, sont ceux d'une réarticulation, une repolitisation naviguant entre la souveraineté (qui exclut, mais Derrida ne la rejette pas complètement, il est en quelque sorte tiraillé par Schmitt, c'est en tout cas une thèse) et l'hospitalité (qui accueille de façon inconditionnelle), c-à-d la création de nouveaux partages autres que ceux que la tradition métaphysique nous a transmis (ami/ennemi ; dehors/dedans; sujet/objet,...).
-Le deuxième élément développé et qui concerne la bêtise, s'attache à déconstruire par un autre angle le partage entre la reponsabilité proprement humaine et souveraine (celle du sujet humain) au profit de l'exclusion de la bêtise (dont Derrida revisite les usages) comme cruauté ou inhumanité. Derrida se propose ici de rattacher la bêtise aux possibilité infinies de la liberté, à partir de la phrase de Deleuze "L’animal est garanti par des formes spécifiques qui l’empêchent d’être bête".

Voilà deux éléments ramassés, compassés, deux thèses qui ne prétendent pas à l'exhausitivité...

N'hésite pas à préciser ce qui te trouble ô toi gozillon
Emanuel
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gozillon

03/04/09 22:37
Bonsoir,
bien qu'un peu habitué à la lecture des textes de Derrida, j'avoue que je ne comprends rien à cette présentation. Dans ces cas, j'ai tendance -comme tout un chacun, je pense - à incriminer plus l'auteur de la présentation que mon ignorance. Je me méfie donc de ma réaction, mais j'aimerais éviter que cette méfiance me conduise à l'excès inverse et à me supposer une totale incompétence.
Quelqu'un, à commencer par Emmanuel Landolt, pourrait-il éclairer ma lanterne?
Merci

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