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Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité.

Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme

Les idées sur le Web

La Forge
Une ressource et un arsenal mis au service de la gauche
L'animal que donc le souverain serait
[jeudi 02 avril 2009 - 20:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Séminaire. La bête et le souverain t.1 2001 - 2002
Jacques Derrida
Éditeur : Galilée
467 pages / 31,35 € sur
Résumé : La déconstruction de l'opposition homme/animal et d'une définition de la souveraineté au profit de la recherche d'une autre forme du politique.
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La publication de ce séminaire de Derrida prend place dans un vaste projet éditorial qui vise la publication de pas moins de cinquante volumes de séminaire retraçant le travail très créatif d’enseignement de Derrida. Ce travail philologique d’analyse fine marchait en effet main dans la main avec les publications régulières de Derrida qui se nourrissaient de ce travail maîtrisé et parfois improvisé d’enseignement universitaire (toujours dans les entrelacs de textes de séances rédigés). Ici, les textes des séances de séminaire ont été conservés tels quels avec quelques ajouts de notes, et pour les séances dont les auteurs possèdent uniquement les enregistrements ils ont été simplement retranscrits sans être remaniés. Ce qui produit parfois quelques répétitions dans la formulations appuyée de certaines thèses, mais permet de se faire une idée du riche travail de lecture que propose Derrida. Derrida apprécie mélanger les philosophes avec les écrivains sans discrimination aucune (Lacan, Deleuze, Schmitt, La Fontaine, Celan, Valéry…). Le matériel étant énorme, j’ai ainsi choisi arbitrairement de me concentrer sur deux lectures du volume qui traitent de la question de la souveraineté à travers le prisme de Schmitt et de Hobbes, et la question de la bêtise chez Deleuze.

Je rappelais en exergue la présence de Schmitt, afin de marquer l’intérêt répété de Derrida pour celui-ci et d’en faire le symptôme véritable des écarts et des audaces de Derrida, mais aussi une sorte de double, d’envers, qui est par hypothèse le vecteur stimulant de la pensée politique de Derrida, qui pour ne pas être qu’une éthique molle de "l’hospitalité inconditionnelle" se devait de traverser un peu le monde désenchanté du pragmatisme de Schmitt. Schmitt ne représente bien sûr qu’un échantillon de ce long séminaire qui se découpe en treize séances et qui voit défiler des épisodes contrastés dont nous ne pourrons rendre compte entièrement vu la taille robuste du livre (plus de 450 pages) ; mais notons qu’il subsiste quand même un tissu commun à ces treize séances.

Le fil conducteur essentiel du séminaire prend donc en compte ces deux concepts fondamentaux que sont la bête et le souverain et tente de chercher dans la tradition et les représentations qu’elle véhicule (celles de la figure animale en politique, du loup de Machiavel au Léviathan de Hobbes) le chaînon manquant (Derrida parle de schème médiateur) qui assure le passage entre ces deux plans. D’un côté donc la bête, l’animal, et tout ce que le discours métaphysique a projeté sur lui, tout ce que la tradition a construit comme représentation définitive, et de l’autre la question de la souveraineté, du souverain, du roi, de l’autorité, etc… Comme toujours dans les textes tardifs de Derrida, il faut s’accrocher au tourbillon vertigineux des associations conceptuelles. En effet, la teneur fragmentaire de l’analyse ne se laisse pas saisir comme une totalité téléologique dont la logique se laisserait déduire depuis le promontoire rassurant du commentaire, mais plutôt dans le suivi du geste, dans l’instantané de la lecture sensitive que Derrida propose du bout de son flair bien connu. Cette rigueur philologique qui ne se laisse pas décomposer en thèses prend quand même la forme d’un projet qu’il s’agit d’évoquer suivant les articulations que dresse Derrida lui-même dans la première séance: "[…] à savoir la différence sexuelle marquée dans la grammaire des articles définis, la, le (féminin, masculin), comme si nous nommions là, d’avance, un certain couple, un certain accouplement, une intrigue d’alliance ou d’hostilité, de guerre ou de paix, de mariage ou de divorce – non seulement entre deux espèces de vivants (l’animal et l’homme) mais entre deux sexes qui, dès le titre, et dans une certaine langue, le français, se font une scène." . Disons tout d’abord que plus généralement cette phrase rejoint directement le fait que Derrida a de nombreuses fois souligné, que le politique ne va pas sans annoncer une adhésion à "une schématique de la filiation : la souche, le genre, l’espèce, le sexe" . Ainsi le recouvrement des deux concepts par la question du genre représente un point essentiel de l’analyse, puisqu’elle marque comme d’une "connotation silencieuse" l’antagonisme des sexes et des espèces au travers de la domination d’un discours phallogocentrique qui cherche à exclure la bête, la rapprochant de la bêtise, et de consacrer le caractère proprement humain et indépassable de la souveraineté comme forme politique (surtout chez Hobbes et Schmitt). Mais le rapport n’est pas que fait d’exclusion, il faut le voir précise Derrida comme une scène de ménage, dans laquelle le couple s’attire et se repousse dans une incessante confrontation. C’est ainsi que les métaphores du souverain, du roi, sont souvent celles de l’animal, et cela Schmitt l’avait déjà remarqué dans la Notion du politique, formant ainsi un couple inséparable, et marqué du sceau du conflit et de l’alliance.

Titre du livre : Séminaire. La bête et le souverain t.1 2001 - 2002
Auteur : Jacques Derrida
Éditeur : Galilée
Collection : La philosophie en effet
Date de publication : 30/10/08
N° ISBN : 2718607750
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4 commentaires

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Anonyme

15/05/09 20:02
Ajoutons que cette loi froide et rêche de cette Salamandre Père (peut-être dont le sexe est encore à déterminer) frappe sans prévenir, sans même faire preuve de Prudence dans la priorité qu'elle veut parfois trop accorder à l'affirmation tapageuse des Idées... Faisons lui gré de son existence trouble. en arrière fond symbolique, on croit toujours qu'elle fait la Loi, alors qu'au fond elle s'égosille sans vraiment s'entendre de surcroît.
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Égide

04/05/09 22:20
Nutrico et Extinguo

La devise de François 1er

J'éduque et j'éteins.

Énigmatique succession paradoxale de la chaleur et et du froid comme un avertissement.

1539, ordonnance de Villers-Cotterêts où le monarque a une résidence somptuaire au milieu d'une terre gorgée d'eau, le français devient la langue de la Loi et du Pouvoir.

Et pource que telles choses sont souventeffois ad-venues sur l'intelligence des motz latins contenuz esdictz arrestz, nous voulons que doresenavant tous arretz ensemble toutes autres procédeures, soyent de noz cours souveraines ou autres subalternes et inférieures, soyent de registres, enquestes, contractz, commissions, sentences, testamens et autres quelzconques actes et exploictz de justice, ou qui en dépendent, soyent prononcez, enregistrez et délivrez aux parties en langage maternel françois, et non autrement.

La langue procède de la Mère, dans cette langue chaude, les arrêts précis, concis, intelligibles exercent froidement la dure loi du Père.

Salamandre animal au sang froid.

Ne dit-on pas d'une personnalité politique qu'elle est un animal politique ?
Cliché dont on ne se lasse jamais :

Je dévore et j'étreins.

Salamandre sexe déterminé masculin mais ambicalence du genre.
La langue ordonne ce qu'Il veut, Lui.

Corps double, ferveur chaleureuse de l'Ordre souverain, Juge froid et implacable des arrêts implacables, le marteau de la Justicia.

Aveugle Salamandre.

Salamandre dont le contact enflamme les prurits mais refroidit les ardeurs possessives.

Et pourtant les langues vernaculaires si maternelles ont tellement perdurées malgré la langue de justice si française pissante comme des savoirs secrets que garde, on le dit encore, la Salamandre tâchetée.

D'homme à homme, on a des mots durs et cinglants pour des querelles mâliques dans lesquelles s'éperd l'Esprit.
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Emanuel

09/04/09 00:00
Re-bonsoir,
Oui, des explications, il faut comprendre, rendre clair ce qui s'appelle lire Derrida, sans pour autant porter préjudice à la complexité de sa pensée, mais aussi ne pas penser que lire Derrida suffise, puisqu'il est difficile de dire qu'on le lit tant il emprunte de visages différents (premier désaccord), l'article était en tous les cas plus focalisé sur un point que survolant l'entier du texte (qui est énorme et inégal).
Il faudrait que ce gozillon d'interlocuteur précise son incompréhension, de façon à ce que je puisse réellement répondre sur un point, je suis donc tout aussi étonné hésitaNT entre ma propre incompétence et le caractère dilettante de mon interlocuteur. Mais nous avons appris grâce à Derrida que même cette langue que l'on prétend maternelle exige sa propre traduction, soyons donc humbles. Je vais donc préciser les deux idées fortes dégagées du texte de Derrida (qui je crois sont essentielles), et difficilement intelligibles sans le concours d'une lecture attentive qui ne se contenterait pas d'invoquer l'inintelligibilité :

-Tout d'abord l'idée que la souveraineté n'est pas un organe purement humain, ni cette pleine présence du souverain sujet omnipotent (que le travail précédent de Derrida vient déranger), mais le lieu d'un conflit entre le proprement humain et le proprement animal, ou encore le lieu d'une hybridité fondamentale (l'Etat ne peut s'énoncer seul). Il n'y a de souveraineté que par convention et ses enjeux politiques à venir, sont ceux d'une réarticulation, une repolitisation naviguant entre la souveraineté (qui exclut, mais Derrida ne la rejette pas complètement, il est en quelque sorte tiraillé par Schmitt, c'est en tout cas une thèse) et l'hospitalité (qui accueille de façon inconditionnelle), c-à-d la création de nouveaux partages autres que ceux que la tradition métaphysique nous a transmis (ami/ennemi ; dehors/dedans; sujet/objet,...).
-Le deuxième élément développé et qui concerne la bêtise, s'attache à déconstruire par un autre angle le partage entre la reponsabilité proprement humaine et souveraine (celle du sujet humain) au profit de l'exclusion de la bêtise (dont Derrida revisite les usages) comme cruauté ou inhumanité. Derrida se propose ici de rattacher la bêtise aux possibilité infinies de la liberté, à partir de la phrase de Deleuze "L’animal est garanti par des formes spécifiques qui l’empêchent d’être bête".

Voilà deux éléments ramassés, compassés, deux thèses qui ne prétendent pas à l'exhausitivité...

N'hésite pas à préciser ce qui te trouble ô toi gozillon
Emanuel
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gozillon

03/04/09 22:37
Bonsoir,
bien qu'un peu habitué à la lecture des textes de Derrida, j'avoue que je ne comprends rien à cette présentation. Dans ces cas, j'ai tendance -comme tout un chacun, je pense - à incriminer plus l'auteur de la présentation que mon ignorance. Je me méfie donc de ma réaction, mais j'aimerais éviter que cette méfiance me conduise à l'excès inverse et à me supposer une totale incompétence.
Quelqu'un, à commencer par Emmanuel Landolt, pourrait-il éclairer ma lanterne?
Merci

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