Rédacteur

Critique ''at large''

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Le monde ne se pilote pas comme une usine
[lundi 02 mars 2009 - 05:00]
Economie
Couverture ouvrage
Les stratégies absurdes, comment faire pire en croyant faire mieux
Maya Beauvallet
Éditeur : Seuil
147 pages / 13,30 € sur
Résumé : L’économiste analyse avec humour et humilité la faillite des indicateurs et incitations issus de la théorie managériale, pour proposer une théorie par l’exemple.
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Le point commun entre l’usine automobile, la crèche israélienne, l’hôpital new-yorkais, la charcuterie italienne, la privatisation des prisons ou la gouvernance de la recherche ? Tous sont pilotés par des indicateurs et des incitations qui ont tourné en fiascos, analysés dans ce réjouissant livre de Maya Beauvallet.

Pour certains, l’"empire du management"  commence à la Renaissance et explique en large part les succès de l’Occident, comme ses difficultés d’aujourd’hui. Pour la plupart, c’est simplement une réalité quotidienne, qui se durcit dans le monde de l’entreprise et gagne insensiblement d’autres sphères de la réalité sociale. Avec Tony Blair, il a acquis d’incroyables lettres de noblesses en matière de politiques publiques… On apprend ainsi dans ce livre que la privatisation des prisons américaines est encadrée par une liste de 464 standards, tous dûment notés par une agence… ce qui n’empêche pas de trouver dix fois plus de blessés dans les prisons privées… Partout, en effet, se développe ce "gouvernement par le consentement", c’est-à-dire, selon Maya Beauvallet, cette tentative "d’encourager les individus à adopter tel ou tel comportement, ou au contraire de les en dissuader, en jouant sur leur intérêt bien compris. Le mécanisme le plus élémentaire repose sur la récompense ou la pénalité : si vous faites ceci, vous gagnerez cela ; si vous ne faites pas ceci, vous n’aurez pas cela."

Cette pratique de gouvernance repose sur des présupposés qui méritent analyse. Elle a sa logique, qui s’écarte, par exemple, de la logique de l’honneur, et privilégie la représentation d’un acteur rationnel optimisant son intérêt… Mais surtout, bien souvent, elle ne fonctionne pas.

Maya Beauvallet est économiste et a le sens de l’humour. Elle travaille depuis des années sur les indicateurs de performance et livre ici une ample synthèse de l’approche économique de cette question… Mais elle le fait, et c’est ce qui rend son livre si joyeux, à travers douze exemples d’échecs inattendus et parfois très réjouissants, de tentatives de management par l’indicateur et l’incitation… Une crèche israélienne se désole de ce que les parents ne reviennent pas chercher leurs enfants à l’heure convenue. Que fait-elle ? Elle instaure une amende de retard, qu’elle fixe au prix d’une heure de baby-sitting. Que se passe-t-il ? Les retards augmentent. On vient de chiffrer aux yeux des parents la (faible) gravité de leur retard : on les a décomplexés. Et on leur suggère une démarche très rationnelle : pourquoi payer un baby-sitter puisque la garderie fait le même service pour le même prix ? Et lorsque la crèche, en désespoir de cause, revient au système antérieur, les pratiques des parents ne se modifient pas à rebours : la faute a été chiffrée, le chiffre n’est pas dissuasif : les habitudes perdurent…

Titre du livre : Les stratégies absurdes, comment faire pire en croyant faire mieux
Auteur : Maya Beauvallet
Éditeur : Seuil
Date de publication : 08/01/09
N° ISBN : 2020985683
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6 commentaires

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DocBB

16/07/09 09:16
Je vous recommande cet article ou des orthopédistes se demandent si les classements aux résultats (genre le point, le figaro...) sont fiables ? Ils ont monté une simulation sur des données déja publiées pour voir à quel point une mauvaise tenue du dossier ("minor registration incompleteness") pouvait influencer le classement de l'hôpital : les erreurs mineures n'ont pas d'influence clinique (heureusement ils soignent les gens, pas les dossiers) mais peuvent avoir des effets majeurs sur le classement (" to major errors in the ranking of hospitals") ! Ils doutent que l'on puisse jamais atteindre un niveau suffisant de qualité des données (même en Suède), et déplorent que jamais dans ces classement il n'est fait état de l'intervalle de confiance ou du biais du hasard qui devrait faire partie intégrante de la publication des dits classements !

OUTCOME-ORIENTATED RANKING OF HOSPITALS IS UNRELIABLE
J. Ranstam, P. Wagner, O. Robertsson, L. Lidgren Lund University Hospital, Lund, Sweden J Bone Joint Surg [Br] 2008;90-B:1558-61.

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« Tôt ou tard, tout finit par s’arranger. En général ça s’arrange mal, mais tôt ou tard il se passe quelque chose. »
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Driss

14/07/09 07:57
Pour faire suite à Peretz.

Le monde occidental s'est "volontairement" complexifié, créant des process partout et tout le temps, des termes imaginaires pour camoufler des stratégies vicieuses de type "Jeux casino" (dans la finance par exemple). Grâce à la bulle Internet en 2001 et à la "crise" actuelle, les coaches auront bien du mal à justifier leurs théories. Je ne parle même pas des HEC et autres. Que vont-elles enseigner en échange de 30.000€ maintenant que tout le monde comprend les slogans "Management & stratégies"... A part pénétrer le « cercle » en payant le ticket d'entrée, rien.

La science est complexe, la nature aussi... Tout le reste l'est volontairement pour mieux duper en vendre.

Le bon sens ne se monnaie pas et donc absent des cours d'écoles sup. de commerce.
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Martin

13/07/09 18:47
Le management est souvent un "guide d'action" pour ceux qui ne savent pas agir. Pas inutile, mais tellement limité, tellement court-termiste, conformiste et rassurant.
Echouer, mais tous ensemble. La crise boursière en est une bonne illustration : tous les gestionnaires de portefeuilles boursiers suivent les mêmes consignes et recommandation émanant des mêmes sociétés d'évaluation. Ces personnes très bien payées, après vous avoir ruiné, vous déclarent tranquillement : "Oui, mais tout le monde s'est trompé". La bonne blague !
Comme l'a dit quelqu'un : "Dans ce milieu (boursier), il est mieux vu d'échouer tous ensemble que de prendre le risque de réussir individuellement". Peut-être la meilleure définition du "management".
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wykaaa

13/07/09 16:45
J'ai toujours considéré les "méthodes" de management comme de la fumisterie car elles sont érigées par des personnes qui n'ont, en général, que peu de culture scientifique (je suis ingénieur informaticien). Je considère que j'ai toujours bien réussi à me manager tout seul et au mieux pour les clients de mon entreprise.
Je n'ai jamais "joué le jeu" du management que j'ai toujours considéré avec condescendance.
Ceci n'a pas entravé ma carrière mais peut-être que j'ai eu la chance d'avoir à faire à des patrons qui misaient plus sur l'humain que sur la carotte et le bâton.
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Marc44

13/07/09 14:34

Si on perd ses repaires, on est à découvert ?
aie aie aie je retourne au bled

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