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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Ramon Fernandez : écrivain, collaborateur
[mardi 27 janvier 2009 - 05:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Ramon
Dominique Fernandez
Éditeur : Grasset
807 pages / 23,66 € sur
Littérature
Couverture ouvrage
Messages
Ramon Fernandez
Éditeur : Grasset
201 pages / 7,98 € sur
Littérature
Couverture ouvrage
Proust
Ramon Fernandez
Éditeur : Grasset
281 pages / 9,12 € sur
Résumé : Retour sur le parcours de Ramon Fernandez, intellectuel français qui cautionna par sa plume l'occupant nazi.
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Fernandez a-t-il compris, sur le tard, à quel point il s'était fourvoyé ? Son alcoolisme était-il, en fin de compte, une manière de suicide ? De toutes les réponses  que Dominique Fernandez propose aux nombreuses questions que son livre soulève, c'est l'une des plus troublantes et des plus convaincantes. On lui reprochera, tout de même, la brutalité avec laquelle il s'en prend, dans sa piété filiale, à un témoin contemporain comme Léon Werth, qualifié ici de "sinistre". Si Werth était un "opposant à Vichy et à la collaboration", il faudrait d'abord rappeler que, Juif, il n'avait pas le choix  Signalons pour finir un index un peu brouillon, incluant des personnages de romans (le Nissim Bernard de Proust, la Colette Baudoche de Barrès) mais en en excluant d’autres, bien réels, présents dans le texte (Nicola Chiaromonte, Julia Daudet, Jean Fayard, Marie-Blanche de Polignac, pour n'en citer que quelques-uns). L'important est qu'il s'agit d'un livre passionné, et qui passionnera.

 

* À lire également sur nonfiction.fr :

- Alban Cerisier, Une histoire de La NRF (Gallimard) et En toutes lettres ... Cent ans de littérature à La Nouvelle Revue française (Gallimard), par Caroline Pichon.

- Collectif, L'œil de La NRF. Cent livres pour un siècle (Gallimard), par Camille Koskas.

- Yaël Dagan, La NRF entre guerre et paix. 1914-1925 (Tallandier), par François Quinton.

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1 commentaire

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Iba

16/04/09 12:47
La biographie de Ramon par son fils est effectivement passionnante. Cependant, de mon point de vue, ce livre est un échec. D.Fernandez cherche de tous côtés de quoi expliquer la rupture fondamentale de l'existence de Ramon, à savoir son adhésion au PPF. Il furète du côté des antécédents mexicains, puis du couple raté, parcourt les écrits critiques et littéraires, et à mon sens, ne parvient jamais à percer l'énigme, à pénétrer l'intimité et l'individualité de Fernandez.
La dualité, cette dualité qui parcourt toute l'analyse de Dominique sur Ramon, saute aux yeux lorsque l'on compare la finesse critique, le sens de la mesure, l'admiration pour Proust et Bergson (pourtant peu en odeur de sainteté à l'extrême droite) aux panégyriques de Doriot, aux écrits politiques fascistes et au cabotinage de l'alcoolique germanopratin.
Ces 800 pages ne suffisent pas à clarifier l'engagement bizarre de Ramon Fernandez dans le fascisme. Malgré tous ses efforts, son fils ne parvient pratiquement jamais à toucher Ramon Fernandez du doigt. Et il lui échappe de plus en plus après le divorce : les sources se raréfient et l'analyse s'étiole. La clé d'entrée de Dominique vers Ramon, c'est sa mère. Et c'est Liliane finalement, dans sa relation avec Dominique et avec Ramon, qui donne de la texture à cette biographie : avant elle, Ramon se présente en fantôme mondain, dont Dominique décrit surtout les origines et le milieu ; après elle, Ramon n'est plus qu'un personnage public et lointain, engagé auprès de Doriot et de sa bouteille au Lipp.

Ramon, ce fasciste qui tresse les louanges du juif homosexuel Proust en 1943. Fernandez, cet admirateur de Bergson qui défend vaille que vaille Doriot, français sous l'uniforme allemand sur le front de l'est, ne nous apparaît pas souvent de manière tangible, tel qu'il a pu être. Si ce n'est vers la fin, alors que Dominique semble lâcher prise à son désir d'analyse, et écoute un témoin direct des beuveries du Lipp. Il y a alors plus de vérité sur Ramon en quelques phrases que dans ces 800 pages. Cette scène de fanfaronnades alcoolisées d'un mondain de St-Germain me paraissent une clé intéressante. Et je vous rejoins sur ce point, avec quand même une réserve, à savoir que D.Fernandez évoque cette piste plus qu'il ne la développe.

Cependant, cet échec de Dominique n'empêche pas de reconnaître son mérite et la qualité de sa recherche. Dans ce Paris des intellectuels de l'avant-guerre, il retrace (avec quelques lacunes mais aussi beaucoup de finesse) le parcours d'un d'entre eux, aux côtés de Mauriac, de Martin du Gard et de Gide. Il peint aussi la société cultivée d'une époque révolue, montre la candeur de ses engagements et retrace les conséquences parfois tragiques de ses fourvoiements. Malgré son résultat final, cet ouvrage fascinant démontre que la réussite de l'écrivain peut parfois résider dans l'échec de son entreprise.

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