On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Michel Aglietta donne, avec ce petit livre destiné à un public large, une explication des causes de la crise actuelle et une présentation des mesures qu’elle appelle pour s’en sortir.
La crise actuelle s’inscrit dans une longue série de crises financières. L’auteur explique que les crises sont inhérentes au fonctionnement de la finance. Il y a une raison à cela. Les prix des actifs financiers ne se forment pas de la même manière que ceux des biens ordinaires : plus leur prix monte, plus la demande augmente. Et c’est d’autant plus vrai que leur acquisition s’effectue en recourrant au crédit. La valorisation des actifs à leur valeur de marché contribue au phénomène. En faisant apparaître plus faible la dette contractée pour les acquérir, elle incite les banques à prêter toujours plus (tant que le prix des actifs est orienté à la hausse).
Elle est d’une ampleur exceptionnelle. Le crédit a en effet atteint des niveaux jamais égalés auparavant. Cela, grâce à l’ingénierie financière et aux outils qu’elle a développés pour transférer les risques (titrisation, structuration des produits, assurance crédit…) et donc autoriser à en prendre toujours plus, sans avoir à se soucier de la qualité des crédits.
Elle ne sort pas de nulle part. Ce sont les mécanismes qui se sont mis en place au sortir des crises précédentes qui ont finalement conduit à celle-ci. Après l’éclatement de la bulle Internet en 2001, les entreprises américaines se sont désendettées. Les ménages, en revanche, ont été incités à s’endetter très fortement. La politique, longtemps très expansive, menée par la Fed a encouragé cet accroissement du crédit et de la consommation. De même que l’abondance des liquidités mondiales, liées aux excédents commerciaux des pays asiatiques et à l’augmentation du prix des matières premières, que leurs détenteurs souhaitaient placer aux États-Unis.
Elle a montré des capacités de propagation incroyables. Cette expansion du crédit s’est accompagnée d’une hausse très forte des prix de l’immobilier. Le retournement de ce marché aux États-Unis s’est opéré au troisième trimestre 2006. Cela a aussitôt accrû les probabilités de défaut des crédits hypothécaires. La révision brutale, au printemps 2007, par les agences de notation des notes qu’elles avaient données aux titres adossés à ces crédits a fait que brusquement plus personne n’en a voulu. Et comme l’acquisition de ces titres était largement tributaire du marché monétaire à court terme, la perte de confiance des investisseurs s’est propagée à celui-ci (à partir d’août 2007). La crise s’est brutalement aggravée en septembre 2008, lorsque de nombreuses banques américaines et européennes (en particulier les banques d’affaires qui ne disposaient pas du matelas de sécurité des dépôts des particuliers) ont laissé voir qu’elles n’avaient pas assez de capital pour couvrir leurs pertes. Après la faillite effective de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, c’est le marché gigantesque des dérivés de crédits qui a fait l’objet d’une méfiance généralisée, le marché de gré à gré entre banques s’est alors totalement figé et la crise s’est propagée aux banques du monde entier.
2 commentaires
Peretz
Roland Verhille
C'est cependant masquer la cause première de cette crise et de celles annonciatrices qui l'ont précédées: la mise en oeuvre depuis les années 60 de politiques publiques voulant doper la croissance économique au moyen du déversement d'océans de monnaie sur le monde, par la voie de crédits finançant les particuliers et les déficits publics bien au delà des besoins nés des investissements productifs. Cet excès de monnaie ne pouvait trouver d'autre emploi que dans la spéculation financière.
Les responsables politiques s'innocentent en s'abritant derrière la plupart des économistes adeptes de prétendues idées de Keynes (keynésianisme) que certainement Keynes lui même dénoncerait.
La réalité est un interventionnisme déplacé des Etats dans le fonctionnement de l'économie qui est le fait des gens eux-mêmes, et un dévoiement de la démocratie.