Economie
Globalisation, le pire est à venir
Patrick Artus et Marie-Paule Virard
Éditeur : La Découverte
Une bulle spéculative s’est ainsi formée pour maintenir la croissance américaine au-dessus de son "
trend" de long terme… jusqu’à ce que la bulle éclate. Cette bulle a duré d’autant plus longtemps qu’avec la titrisation des crédits, les risques d’insolvabilité n’apparaissaient plus aux bilans des banques et n’étaient même plus clairement identifiables au sein des produits titrisés (
asset backed securities ou ABS) ! Mais les conséquences attendues de l’éclatement de la bulle n’en sont que plus inquiétantes.
En effet, pour éviter une paralysie du système bancaire miné par ces risques insaisissables dont la présence est partout soupçonnée, la FED a procédé dans l’urgence à… des injections massives de liquidité ! Loin d’être brisé, le cercle vicieux a repris et la bulle se forme cette fois sur des biens directement indispensables à la vie humaine : les matières premières agricoles.
Seule une hausse du taux d’épargne des ménages américains permettrait en l’état d’éviter que la crise ne se prolonge. Mais pas de hausse de taux d’épargne sans changement de mode et de niveau de vie… Comment parvenir à remettre en cause l’ "
american way of life" ?
Un casino où s’expriment tous les excès du capitalisme financier.
L’excès de liquidité, en lui-même, est nécessaire mais pas suffisant pour susciter cette accélération de l’occurrence de bulles sur la valeur de certains actifs.
Au niveau microéconomique, ce sont les fonds d’investissement et les hedge funds qui, par des comportements d’investissement mimétiques et auto-réalisateurs, investissent massivement sur un type donné d’actif, lequel en voit sa valeur artificiellement augmenter dans des proportions gigantesques. Toute la difficulté pour ces fonds réside dans la nécessité de vendre leurs participations avant que la bulle n’éclate, mais assez tard pour ne pas afficher dans leurs bilans annuels des taux de rendement inférieurs à ceux de leurs concurrents.
Sont ainsi pointés deux mécanismes d’une très grande perversité à l’œuvre au sein du capitalisme contemporain. Le phénomène de "rush", tout d’abord. Ce mimétisme - rationnel pour chaque acteur considéré isolément, mais irrationnel pour la collectivité tout entière - qui pousse chacun à prendre la position qu’il imagine être celle du voisin…
Surtout, l’exigence de rentabilité financière exorbitante de 15 à 20% - déconnectée de toute réalité physique, qui est pourtant celle des actionnaires de ces fonds.
"Pure folie", comme l’écrit justement P. Artus ; mais folie qui, pour l’heure, mène le monde.
Une centrifugeuse politique qui peut faire exploser l’Europe.
Ce monde, qui tente depuis plus de 50 ans de s’organiser en ensembles politiques cohérents et stables, est directement menacé, dans son équilibre et sa pérennité, par les forces centrifuges que libère cette globalisation folle.
Particulièrement menacée : l’Union européenne. Celle-ci, en effet, faute d’un fédéralisme fiscal et social, est mal armée face à la globalisation. Sans ce fédéralisme, la zone euro n’est qu’une "vraie fausse union monétaire". Sans fiscalité commune ou à tout le moins harmonisée, sans place financière commune, sans programmes communs de soutien à la recherche et à l’innovation technologique, sans budget commun, sans politique énergétique commune, sans véritable espace social commun, l’Europe est en réalité pénalisée par l’existence d’une monnaie commune qui finit par apparaître comme un carcan. Surtout lorsque l’euro ne cesse de s’apprécier par rapport au dollar.
Loin de progresser dans sa nécessaire intégration économique et sociale, l’Europe tend alors à régresser vers l’état "d’agglomérat de régions sans solidarité, où les riches ne veulent plus payer pour les pauvres", une Europe où "[…] les régions pauvres vont devenir encore plus pauvres et les régions riches encore plus riches". Autant dire la négation du projet européen.
L’auteur principal de ce réquisitoire serré n’étant pas un altermondialiste crotté, ni un membre du "nouveau parti anticapitaliste" à venir, pas même un signataire de la dernière contribution d’Henri Emmanuelli ou de Jean-Luc Mélenchon, on mesure la gravité de la situation actuelle, au-delà des soubresauts, pourtant sévères, de la seule crise financière.
Zélotes de la "mondialisation heureuse", partisans béats du "laissez faire, laissez passer", conformistes de la pensée jusqu’ici dominante, beaux esprits épris de "modernité", le dernier essai de Patrick Artus vous dessillera, on peut l’espérer, les yeux.
Un ouvrage salutaire, donc, à mettre entre toutes les mains
* À lire également sur nonfiction.fr :
- la critique du livre de Jérôme Glachant, Jean-Hervé Lorenzi, Philippe Trainar (dir.), Private equity et capitalisme français (La Documentation française), par Luc Goupil
Un rapport qui veut corriger l’image publique déplorable du private equity par la pédagogie de ses effets bénéfiques. Ce faisant, il assigne au loup la mission de sauver la bergerie.
- la critique du livre de Solveig Godeluck et Philippe Escande, Les pirates du capitalisme (Albin Michel), par Luc Goupil.
Une plongée dans le monde impitoyable du private equity dont rien n'est omis, sauf peut-être quelques explications.
- la critique du livre d'Augustin Landier et David Thesmar, Le grand méchant marché (Flammarion), par Patrick Cotelette.
un livre intéressant à maints égards mais péchant parfois par son caractère de prêche dans le désert.
1 commentaire
Pierre
Il n'y a pas d'égalité dans les lois fondamentales de la C r é a t i o n.
Il y a le plus souvent C o m p l é m e n t a r i t é...
L'égalitarisme et les droitS de l'homme sont né des négationiste de la foi en Dieu
Dans les commandements donnés par Dieu il n'y a que des D e v o i r s
IL N'Y A PAS DE SOIT-DISANTS D R O I T S