La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Repenser la Solution finale
[lundi 06 février 2012 - 21:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Auschwitz, enquête sur un complot nazi
Éditeur : Seuil
530 pages
Résumé : Le nouvel ouvrage du spécialiste français bouscule les idées reçues sur le génocide.
Page  1  2  3  4  5 

 


En finir avec Nuremberg

Les plus hauts responsables savaient le meurtre de tous les Juifs, tel est l’axiome nurembourgeois. Comment expliquer, dès lors, toute une série d’anomalies ?

Joseph Goebbels, ministre de la Propagande, Gauleiter de Berlin et un des plus proches amis d’Hitler, ne peut pas ne pas avoir su ce qui arrivait aux Juifs berlinois, lorsqu’il se lamentait quotidiennement, dans son journal intime, de la lenteur avec laquelle ils étaient déportés à l’Est. Lui qui avait, à l’écrit comme à l’oral, le verbe haut et acerbe, n’hésite pas à appeler à toujours plus de dureté. Pourtant, le 26 mars 1942, dans son journal, il semble ébranlé : "Les Juifs sont à présent expulsés vers l’Est à partir du Gouvernement général, en commençant par Lublin. Il est employé ici une méthode passablement barbare et qui n’est pas à décrire plus avant, et qui des Juifs eux-mêmes, ne laissent plus grand chose  ". Ce terme "barbare", Goebbels ne l’avait jamais employé que pour désigner ses ennemis, pas son propre camp. Florent Brayard postule que Goebbels, en ce mois de mars 1942, vient d’apprendre, par une source non-officielle, le sort qui est réservé aux Juifs polonais, à l’Est, l’assassinat par le gaz. Pour autant, il continue de plaider pour l’évacuation des Juifs berlinois vers l’Est. Mais qu’entend-il par là ? "S’ils sont en dehors du territoire du Reich, alors ils ne peuvent pas nous nuire au moins pour le moment  ", écrit-il le 29 mai 1942. Goebbels, jusque tard dans l’année 1943, ne fait pas le lien entre le sort des Juifs polonais et celui des Juifs allemands : dans son esprit, les ghettos polonais vidés, les Juifs occidentaux peuvent alors y être déportés et y vivre. Il continue à développer un imaginaire carcéral, et non génocidaire, concernant les Juifs allemands. C’est à Posen, le 6 octobre 1943, que Goebbels comprend . Himmler fait alors un discours devant les dirigeants du parti, les Gauleiter, où il révèle explicitement le meurtre de tous les Juifs. À compter de cette date, Goebbels s’abstient de mentionner dans son journal un quelconque emprisonnement des Juifs occidentaux. C’est à la prise de conscience progressive de Goebbels que nous permet d’accéder son journal : le 26 mars 1942, le passage d’un imaginaire d’extinction à une réalité d’extermination des Juifs polonais, première transgression ; le 6 octobre 1943, la compréhension du sort des Juifs occidentaux, deuxième transgression. La proposition a de quoi choquer : que l’un des plus hauts dirigeants du parti nazi n’apprenne l’extermination que si tard, voire une fois une bonne partie de l’opération révolue, cela heurte tous les schémas d’explication traditionnels. La démarche d’analyse interne opérée par Florent Brayard, d’une extrême rigueur, a pourtant de quoi convaincre.

Nicolas PATIN
Page  1  2  3  4  5 
Titre du livre : Auschwitz, enquête sur un complot nazi
Auteur : Florent Brayard
Éditeur : Seuil
Collection : L'Univers historique
Date de publication : 19/01/12
N° ISBN : 978-2-02-106033-1
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

20 commentaires

Avatar

gamin35

22/02/12 22:08
Pourquoi mon commentaire sur la Solution finale a-t-il disparu de cet écran ?
Avatar

Nicolas Patin

21/02/12 11:50
Cher "Perplexe",

Je suis très loin d'être un spécialiste de psychologie, et je vous remercie donc de votre remarque intéressante. Ce que je voulais souligner, c'est la tendance de l'historiographie, dès la fin de la guerre, à rejeter le phénomène nazi dans la déviance, dans la folie, dans l'irrationnel, pour ne pas avoir à en penser la proximité, la normalité.
Par ailleurs, je ne cherche pas à "disculper" qui que ce soit, ce n'est pas le travail d'un historien, qui explique, là où un juge inculpe. Je ne peux que m'en remettre au livre de Christopher Browning, qui montre la complexité de chaque dispositif spécifique : certains refusent de tuer, certains y prennent plaisir, certains sont indifférents (voir page 317 de l'édition du livre chez Tallandier, 2007).
Ce qui ne nous permet pas de mettre Hoess, ou un très grand nombre de nazi dans le mec "sac de hasards" que nous, c'est aussi l'antisémitisme, comme l'a souligné - en forçant le trait - l'opposant de Christopher Browning dans ce débat, Daniel Goldhagen.

Il ne faut pas toujours chercher à rendre le mouvement national-socialiste "normal", mais face à des tentatives multiples de le rendre systématiquement "déviant" et donc radicalement "autre", il faut en rappeler les mécanismes. Merci de votre remarque.
Avatar

PERPLEXE

19/02/12 21:39
Monsieur Patin,
vous dites que les Einsatzgruppen Polizisten n'étaient pas "inhumains ni malades mentaux"...fort bien...
mais alors Où Classez vous ceux qui refusèrent d'y servirent ? et furent mutés dans d'autres compagnies et régiments...sans aucune sanction...?
Jean Bergeret a montré que 50% des gens sont des Structures Borderline et 30% psychotiques/pervers...Cela ne nous laissent que 20% de Névrotiques-Normaux capables d'un sentiment de culpabilité et d'une autonomie de la personne....La maladie ne disculpe personne en expertise pénale, sauf l'Etat de Démence Absolue au Moment des Faits.
Tous les autres sont des humains inhumains et c'est très ennuyeux que nous ne sachions en rien les soigner et a fortiori les guérir...
Ceci ne vous permet pas de les déclarer humains normaux et quasi comme vous et moi...mettant le Père Kolbe dans le même "sac de hasards" que Rudolf Hoess!
Avatar

François Delpla

16/02/12 08:34
Hier dans le Figaro, une prise de position frileuse de Christian Ingrao : http://www.lefigaro.fr/livres/2012/02/15/03005-20120215ARTFIG00633--auschwitz-enquete-sur-un-complot-nazi-fait-polemique.php
Avatar

François Delpla

12/02/12 08:11
J'ai retrouvé le passage : entrée du 9 avril 41, donc conversation du 8.

C'est très court : Hitler, dit Goebbels, est persuadé que Torgler a ordonné l'incendie. Goebbels enchaîne sur sa propre opinion : il a du mal à le croire car il trouve Torgler (qu'il connaît bien pour l'avoir employé en 1940 à Radio-Humanité) "trop bourgeois".

On retrouve une mention de Torgler dans un "propos de table" de la nuit du 28 au 29 décembre 1941 (devant l'entourage habituel de ces soirées : les secrétaires femmes, Bormann et ses secrétaires hommes chargés de tout enregistrer dans leurs têtes et de prendre des notes aussitôt après, les Adjudanten militaires... Il n'y a pas d'invité exceptionnel mentionné comme le sont Himmler dans des séances précédentes et Todt dans la suivante). C'est là que Hitler dit qu'il pense que le président du groupe communiste au Reichstag a fait mettre le feu mais "ne peut le prouver".

Ce qui apparaît dans les deux cas, c'est que Hitler, qui a tiré un parti énorme de l'incendie du Reichstag, veut à toute force qu'on en garde l'image d'une provocation "juive" à laquelle sa dictature n'a pu et n'a fait que répliquer (tout comme la guerre elle-même). D'autre part, le 9 avril, il veut sans doute commencer à réorienter Goebbels dans un sens antisoviétique, alors qu'il le fait brailler contre l'Angleterre depuis des mois.

Bref, tous les historiens à commencer par moi-même sont invités par la percée scientifique de Brayard à relire tous ces oracles hitlériens de très près, en les reliant à la fois au dessin (et aux desseins) général de l'entreprise nazie, et au contexte le plus immédiat.

ps.- J'essaye de me procurer le livre que vous avez signalé.
Page  1  2  3  4 

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici