La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Sur la situation de la métaphysique en France
[lundi 21 mars 2011 - 23:00]
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Cependant à un regard plus attentif, il devient clair cependant au contraire que finalement les choses n’ont pas vraiment changé. Les mécanismes de reconnaissance institutionnelle continuent à mettre en avant les formes les plus archaïques de refus du rationalisme dans le domaine de la métaphysique et la négation massive de l’ontologie, comme analyse des structures dans des mondes possibles. La philosophie de manière plus générale est devenue une activité journalistique qui prospère sur l’écroulement des systèmes, la massification et la standardisation des connaissances. "La bêtise (dullness) amie du néant et du vide" (Alexander Pope, The Dunciad) triomphe et c’est dans ce contexte que la métaphysique est admise comme une opinion exotique et intrigante et c’est dans une indifférence croissante à l’égard des contenus qu’elle est admise à table pour pimenter le train de la conversation de ses propos incongrus. C’est dans une atmosphère de fin de partie que la métaphysique est parfois tolérée dans une indifférence générale. Dans le Manuel de survie dans les dîners en ville de Sven Ortoli et Michel Eltchaninoff de 2007, journalistes à Philosophie Magazine, il est jugé de bon ton, au moment du plat principal, de parler de métaphysique en jouant à la table d’un dîner en ville du lieu commun "tout est métaphysique", en réservant l’ontologie au moment du fromage. Cet ouvrage satirique qui brocarde de manière efficace le recyclage de la philosophie dans la socialité conviviale et goguenarde voit bien le changement de traitement à l’égard de la métaphysique. En ce sens Qu’est-ce que la métaphysique ? est devenu un manuel de conversation.

De plus, même du côté des analytiques, la métaphysique se voit reprocher son dogmatisme, son snobisme et dans une certaine mesure on assiste à un triomphe de la respectabilité et de la mesure, la spéculation métaphysique étant vue comme une sorte d’hybris intellectuelle, d’incorrection, d’exhibitionnisme intellectuel, et on va jusqu’à rêver d’une métaphysique raisonnable, de pouvoir enfin siffler la fin de la récréation pour ces élèves joueurs et un peu trop ébouriffés. Soit dit en passant un philosophe comme Peter Unger, auteurs des meilleurs textes sceptiques écrits dans les années 70 et 80 est l’auteur d’un livre de métaphysique parfaitement spéculatif (All the Powers to the World) et il y a beaucoup d’exemples de ce genre de choses, ne serait-ce que la défense du monisme par Jonathan Schaffer (voir sur Internet). On reproche aux métaphysiciens de ne pas montrer patte blanche en donnant les critères épistémologiques des connaissances qu’ils délivrent imprudemment (tout en lui déniant le fait qu’il apporte des connaissances). Les philosophes naturalistes peuvent se permettre de prendre de haut leurs collègues métaphysiciens, fussent-ils donc analytiques, en leur reprochant avec superbe leur absence de travail empirique et le métaphysicien n’est pas en position de répliquer en reprochant à l’inverse au chercheur positiviste patenté une absence de démarche réflexive au moins sur ses concepts fondamentaux. Enfin, et c’est affligeant, les coups les plus bas viennent souvent de la philosophie analytique elle-même, quand elle va jusqu’à par exemple identifier la métaphysique des mondes possibles à la spéculation débridée, dans un kantisme inusable, sans éprouver spécialement le besoin de lire la littérature ou de se plier aux contraintes des formalismes logiques. Bref, les choses n’ont guère changé depuis Carnap ou Quine, ou dans certains cas Auguste Comte ; elles ont plutôt régressé. Le kantisme (que je ne confonds pas ici avec le Kant des Fortschritte, qui doivent toujours être médités) domine donc toujours et dans le reflux général des croyances, il reste une butte témoin : la hauteur de cette butte montre la platitude du discours ambiant qui s’en prend à la métaphysique, dans son fragile sursaut.

Dans cette note je me suis limité volontairement à notre situation nationale pour introduire par un billet d’humeur à une série de comptes-rendus de livres importants. Mais de manière plus globale, il y aurait beaucoup à dire, en moins déprimant, sur l’existence de véritables controverses métaphysiques, notamment, celle sur la valeur et la pertinence du réalisme structural, qui est étroitement liée à la discussion sur le réalisme structural en mathématiques, démontrant l’affinité étroite qui existe entre les mathématiques et la métaphysique. Ce serait d’ailleurs plus pertinent car la métaphysique s’est mondialisée et l’exception française ne pèse pas lourd. Mais c’est un autre propos qui concernerait les problèmes métaphysiques eux-mêmes et non la réception d’une discipline dans un pays qui ne l’a jamais aimée. Que cela soit l’indice d’un rejet plus général des disciplines normatives en philosophie (comme la logique, l’éthique ou même l’esthétique), c’est un autre problème, sur lequel je me réserve de revenir.

Frédéric NEF
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6 commentaires

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Mael

24/03/11 21:32
Quand on s'intéresse à ma métaphysique en France, on a cette étrange sensation d'être anticonformiste au milieu des continentaux dopés à l'anticonformisme (et au "soupçon").
La France s'est mis à la traîne des débats philosophiques, il ne lui reste plus comme horizon que d'aller causer dans les émissions littéraires.
Merci de partager votre temps pour rééquilibrer l'information sur ces sujets.

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