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Critiques artistiques

Histoire

Un été avec Machiavel

Couverture ouvrage

Patrick Boucheron
Des Equateurs , 147 pages

Machiavel, compagnon de la pensée par gros temps
[mardi 06 juin 2017]


Une introduction à l’œuvre toujours aussi contemporaine du Florentin.

Un été avec Machiavel rassemble les chroniques sur Machiavel que Patrick Boucheron, professeur au Collège de France et auteur de Léonard et Machiavel , avait données sur les ondes de France Inter durant l’été 2016. Suivies d’un court épilogue et d’une note bibliographique, elles retracent la vie et l’œuvre de celui-ci, depuis son accès au secrétariat de la chancellerie de Florence en 1498, après l’éviction du prédicateur fanatique Savonarole, à sa déchéance en 1512, au moment du rétablissement des Médicis, suivie de son retour aux affaires, tout d’abord modeste, puis plus important au milieu des années 1520, avant qu’il n'en soit de nouveau écarté au moment du rétablissement de la République à Florence qui fit suite au sac de Rome de 1527.

Aux volées de missives qu’il écrivit pendant les quinze années où il officia comme secrétaire de la chancellerie, succèdent à partir de sa mise à l’écart les lettres aux amis qui lui restent et la rédaction de ses ouvrages (où se côtoient tous les genres), avec en premier lieu Le Prince, auquel il avait probablement commencé de réfléchir lorsqu’il était encore aux affaires. On débat depuis toujours pour savoir si l’auteur entendait par ce livre, qui ne paraîtra qu’après sa mort en 1532, enseigner aux puissants ou instruire les peuples contre ceux-ci. La dernière partie du livre, alors qu’il avait consacré les précédents chapitres à disserter des différents types de principautés, des moyens de les conquérir et de les conserver, s’attache en effet à décrire les vertus qui font du prince le virtuose sans scrupule parce que tenant compte des réalités concrètes de sa propre conservation. Décrire avec exactitude les choses qui arrivent, nommer la pratique du pouvoir, et laisser à ceux qui le voudront bien le soin d’en tirer des règles d’action, voilà ce qu’il faudrait surtout retenir de ce geste inaugural, nous dit Boucheron.

Des Discours sur la première décade de Tite-Live, un livre resté inachevé, où l’on peut voir un pendant républicain du Prince, qui ne sera, lui aussi, publié qu’à titre posthume, en même temps que ce dernier, émerge surtout, dit Boucheron, l’idée de souveraineté populaire, avec toutes ses ambiguïtés : « Reconnaître sa légitimité – c’est la base de toute république – engage une anthropologie politique de la nature de l’homme. C’est elle que vise Machiavel. » . Et Boucheron d’en reconstituer alors le motif dans un court passage où il réussit à faire entendre l’art de la disjonction du Florentin : « Qu’est ce que le peuple ? Une opinion. Cette opinion est-elle fondée ? Non, le plus souvent elle est erronée. Pourquoi l’est-elle ? Parce que le peuple voit les choses de loin. Qu’est ce qu’une république ? Le régime qui tient compte de cette opinion, même lorsqu’elle n’est qu’émotions et préjugés. Comment peut-on être encore républicain ? En permettant au peuple de s’approcher de la réalité du pouvoir, pour qu’il voie les choses de près, et ne se laisse plus tromper par les idées générales. » .

Car le peuple connaît ce qui l’opprime, et la république est ainsi fondée sur la discorde (une idée que Machiavel tire de sa lecture de Tite-Live), elle est l’agencement pacifique – parce que équilibré – entre deux aspirations, celle du peuple de ne pas être dominé et celles des grands de le dominer au contraire . Machiavel s’en souviendra lorsqu’il écrira l’histoire de Florence que les membres de l’Académie florentine finiront par lui commander : « Le principal ressort de la narration est (alors) le déniaisement (…) écrire l’histoire exige pour Machiavel de décrire la force du conflit, de la discorde, de l’inimitié dans le devenir de sa cité » , écrit Boucheron.

Ensuite, sa lecture accompagnera les périodes plus ou moins noires de la République, « non pour les prévenir, mais pour nous apprendre à penser par gros temps » , nous dit Boucheron. Et l'actualité devrait nous inciter à nous y replonger : « De l’été 2016 à l’été 2017, et pas seulement en France, tous les pronostics politiques auront été systématiquement déjoués, comme si la joie mauvaise des peuples contre ceux qui prétendent contraindre leurs choix en les présentant par avance comme inéluctables s’était transformée en vindicte féroce. »  « Machiavel (…) permet de comprendre comment l’énergie sociale des configurations politiques déborde toujours les sages ordonnancements dans lesquels on prétend les enfermer »  On pourra lire ici l’interview où il tire plus directement encore les conclusions de ce travail pour penser la situation actuelle.

Il est possible qu’aucune des fictions c’est-à-dire des expériences qu’il nous propose ne soit finalement adéquate à la situation que nous connaissons, mais parce qu’il a vécu une période où la république était particulièrement fragilisée et  qu'il fut l’un des premiers à tenter de penser cette situation, Machiavel continuera de représenter un recours, dont il serait dommage de se priver.

 

A lire aussi sur Nonfiction :

André Lo Ré, Pour en finir avec le machiavélisme. Une lecture de Machiavel pour notre temps, par Christian Ruby.

(Re)lire Machiavel : actualité d’une pensée politique aussi incontournable que méconnue, par Kalli Giannelos.

 

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