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La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Polémique au sein de la critique cinéphile
[mardi 11 mars 2008 - 11:00]
Dans son éditorial du numéro de mars de la revue Positif (n°565), Michel Ciment redonne une certaine vigueur à sa complainte mensuelle contre ce qu’il désigne généralement comme la "critique institutionnelle" (Les Cahiers du cinéma, Le Monde et les autres). Commentant la publication de l’ouvrage dirigé par Jean-Michel Frodon sur Le Cinéma et la Shoah, il commence par reconnaître la qualité de nombre des contributions composant le recueil (celles de Sylvie Lindeperg notamment, de Marie José Mondzain et d’Annette Wieviorka), avant de concentrer ses critiques sur le texte de Jacques Mandelbaum. Peu sensible aux analyses de ce dernier sur les résurgences de la Shoah dans le cinéma de fiction, Ciment ne semble pas goûter ce que peuvent avoir de subtil (sans même parler de bon goût) les réflexions du critique du Monde. Pourtant, comment juger improbable que le Psychose d’Alfred Hitchcock soit un "film puissamment travaillé par les réminiscences du génocide", alors qu’on y assiste à une scène de douche meurtrière, et que le générique du film comprend des motifs géométriques à base de rayures  !

Le texte de Ciment est en fait l’occasion de revenir à une vieille polémique dont l’une des pierres d’achoppement est le fameux article de Jacques Rivette sur Kapò de Gillo Pontecorvo . Alors que Mandelbaum, comme les programmateurs de la Cinémathèque qui proposèrent un cycle en lien avec l’ouvrage comprenant son étude, semble avoir su en tirer les conséquences les plus logiques (si toute représentation fictionnelle de l’extermination des Juifs est "abjecte", voire impossible, il devient légitime de traquer les résurgences de cet événement dans les œuvres les plus inattendues, comme History of Violence, L’Avventura ou Le Limier), Ciment s’en tient encore à une attitude analytique qui a besoin qu’un sujet soit effectivement traité par un film pour qu’il devienne légitime d’en parler. Mieux vaut, semble-t-il dire, qu’un film évoque la Shoah pour qu’il soit possible d’analyser la manière dont il le fait, quand c’est précisément l’abandon d’une telle exigence qui ouvre les perspectives les plus riches pour le travail de la critique. De ce point de vue, le texte de Jacques Mandelbaum, aussi contesté soit-il par certains, indique sans doute l’avenir.


> Recensions de l’ouvrage Le Cinéma et la Shoah, un art à l’épreuve de la tragédie du XXe siècle, dir. J-M. Frodon, éd. Cahiers du cinéma, 2007.
- Antoine de Baecque sur nonfiction.fr.
- Site du ciné-club de Caen.
- Site de la Bibliothèque du Film.


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crédit photo : beatdrifter/flickr.com
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