La phrase

Le désespoir me paraît éminemment raisonnable et ennuyeux. Je n’ai aucune patience face à des artistes dont la fonction première est de formuler l’impossibilité de leur art, qui en un sens font de la mélancolie un produit de consommation – tout comme je ne m’intéresse pas aux artistes qui sont exclusivement affirmatifs et qui ont fait de la stupidité de la culture un fétiche commercial. Les ballons en forme de chiens, etc. Je crois que le plaisir sexuel, la couleur étrange du ciel après un orage, le flot des feux arrière des voitures sur un pont ou la façon dont le silence s’affine ou s’épaissit avant que la musique ne commence – le politique doit harnacher tout cela. Le politique doit poser un harnais sur le libidinal.  

Ben Lerner, The Believer, septembre 2014 (traduction de nonfiction)

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CNL
A la une : la culture de la gratuité par Chris Anderson
[mardi 11 mars 2008 - 12:00]
Chris Anderson a encore frappé. Après son article fameux "The Long Tail" (la longue traîne), devenu un best-seller en version livre en 2007 (lire notre critique ici sur The Long Tail), le rédacteur en chef du journal high et tech Wired, signe cette semaine un nouvel article qui a fait l’effet d’une bombe dans la blogosphère et dans l’ensemble des industries culturelles. "Free, Pourquoi 0 dollars est le futur du business", tel est le titre de cet article déjà célèbre qui s’intéresse à la gratuité de la culture. "Les coûts sur Internet vont tous dans la même direction : vers zéro" écrit Anderson.

Au-delà des nombreux points intéressants de ce texte, Anderson tire une conclusion qui pourrait être une terrible sonnette d’alarme pour l’industrie du cinéma et du livre, après celle du disque : "Il est désormais clair que tout ce que le numérique touche évolue vers la gratuité". Et Anderson de répéter plus loin dans son article : "A partir du moment, où les premières dépenses d’une société, [d’une industrie], concernent le silicon [le numérique], la gratuité n’est plus une option : elle est inévitable". S’appuyant sur plusieurs exemples pertinents, comme Google, GMail, Craigslist, Comcast, Yahoo, Adobe, Flickr, Anderson tire des conclusions pour toutes les industries culturelles confrontées pour le meilleur et pour le pire au Web. Et la question, pour lui, n’est pas de savoir "si", ces industries iront vers la gratuité, mais de savoir "quand". "D’une certaine manière, Internet voir la généralisation du modèle économique des médias à toutes les autres industries". Le "Web est devenu ‘the land of the free’", écrit Anderson reprenant la formule célèbre de l’hymne national américain.

Mais Chris Anderson va plus loin en montrant d’une manière plus subtile – et surtout plus neuve – qu’il existe "différentes formes" de gratuité. C’est le principal intérêt de l’article qui rompt avec l’idée que la gratuité des contenus est rendue possible par la seule publicité. Il y a des dizaines de modèles écrit-il, dont il énumère quelques prototypes : le "freemium" (une version gratuite grand public, une version payante, et très chère, pour un petit nombre de professionnels) ; le modèle publicitaire (que Google est en train de transformer considérablement) ; les "cross-subsidies" ; le "zero marginal cost" ; le "labor exchange" ou encore le modèle du "gift" (cadeau) etc. Avec toutes ces formes de financements indirects ou parallèles, la "gratuité va devenir la norme, non plus l’anomalie".

L’article est passionnant et fait grand bruit outre-atlantique. Mais il manque de données, de chiffres, de contre-exemples et semble, comme souvent avec Chris Anderson, peu sérieux sur le plan scientifique. Qu’à celle ne tienne, un livre est annoncé avec le même titre, Free, pour 2009. On n’en connaît pas encore le prix !


* Chris Anderson, "Free", à la une du magazine Wired cette semaine.
* Notre critique du livre de Chris Anderson, The Long Tail.
Frédéric MARTEL
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