La phrase

Les événements n'ont pas d'intérêt en eux-mêmes, mais ils sont comme réverbérés par l'imaginaire et la rêverie. Par la manière dont on les a rêvés, dont parfois on les a mélangés et amalgamés, on a mis sur eux une sorte de phosphorescence, ils sont métamorphosés. En écrivant ainsi, j'ai l'impression d'être plus proche de moi-même que si j'écrivais d'un simple point de vue autobiographique.

Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014, Télérama, le 4 octobre 2014

C N L

CNL
Un pourcent rafle tout !
[dimanche 03 mars 2013 - 14:00]
Economie
Couverture ouvrage
Le prix de l'inégalité
Éditeur : Les liens qui libèrent
510 pages / 23,75 € sur
Résumé : La plus grande partie des bénéfices tirées de l'économie américaine va aux plus riches sans que le système politique s'en émeuve.
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Après avoir montré dans son précédent livre que l’inefficacité et l’instabilité des marchés, en particulier des marchés financiers, bien mises en évidence par la crise financière, appelaient un renforcement de la réglementation et de l’action de l’État dans tout un ensemble de domaines (cf. Haro sur la finance !), l’auteur revient dans celui-ci sur l’accroissement des inégalités, pour montrer qu’il s’agit là d’une source majeure d’inefficacité dans le fonctionnement de l’économie.
Le livre n’exclut ni les longueurs ni les redites, liées en partie à sa construction même ; d’une certaine façon, elles contribuent à la force du plaidoyer qu’il constitue en faveur d’une réforme radicale des idées et des orientations politiques qui prendrait davantage en compte la situation de la grande majorité des citoyens. Même si l’appareil théorique qu’il mobilise est plus important et moins centré sur la demande globale, Stiglitz rejoint ici, sur beaucoup de points, l’analyse de Robert Reich (dans Aftershock, publié en 2010), en particulier dans la dénonciation de la colonisation, grâce à l’argent et au lobbying, des centres de décisions et de la pensée économique par les détenteurs des grandes fortunes (cf. Mieux répartir les revenus...).
Très axé sur les États-Unis, la montée des inégalités qu’ils connaissent depuis trente ans - qui s’est encore accrue avec la Grande Récession - et le contexte idéologique et institutionnel dans lequel celle-ci intervient, l’ouvrage procurera au lecteur français au moins la satisfaction de ne pas vivre dans le même environnement ; il est moins évident qu’il puisse l’éclairer beaucoup concernant nos propres difficultés.

La montée des inégalités

La montée des inégalités aux États-Unis se lit aujourd’hui dans le fort accroissement du chômage et les expulsions de leur maison qui frappent de nombreux Américains, mais aussi, sur une période plus longue, dans l’impressionnant enrichissement des plus riches et, au contraire, dans la stagnation des revenus et la baisse de niveau de vie de la classe moyenne, dans les difficiles conditions de vie des plus pauvres, ou encore dans la diminution de la mobilité sociale.

L’ouvrage s’attache ensuite à en analyser les causes : en premier lieu, le fait que l’État contrôle trop peu la recherche de rentes, où le secteur financier, même s’il n’est pas tout seul, s’est particulièrement illustré ces dernières années. La richesse résulte ainsi, beaucoup trop souvent, plutôt que de l’importance de la contribution de son détenteur à la société (comme le prétend la « théorie de la productivité marginale »), à sa capacité à s’accaparer le revenu des autres agents économiques et/ou des contribuables. Créer des monopoles durables, fixer les règles et choisir l’arbitre, ou encore profiter de la munificence de l’État, voici quelques-unes des stratégies mises en œuvre à cette fin, montre Stiglitz.

Ensuite, la manière dont ont été gérés la mondialisation et le changement technologique a eu pour effet de détruire des emplois relativement bien payés et de déprimer les salaires, sans que rien ne soit fait pour l’empêcher. Le déclin du syndicalisme, l’évolution du système de gouvernance des entreprises ou encore la discrimination ont également contribué à modifier la répartition des richesses, tout comme les réductions d’impôts en faveur des plus riches. Stiglitz reconnaît qu’il est difficile de distinguer de façon nette et précise le rôle de ces différentes causes, tout en expliquant que celles-ci pourraient parfaitement être combattues par un renforcement de la réglementation et de l’action de l’État.
Le prix à payer économique et politique

Car la montée des inégalités a un coût : les sociétés très inégalitaires ne fonctionnent pas efficacement, et leurs économies ne sont ni stables ni durables à long terme. Les plus riches détournent à leur profit des ressources qui seraient mieux employées autrement. La concentration des revenus au sommet déprime la demande globale du fait d’une moindre propension à consommer ; ce qui, si on s’interdit d’augmenter les dépenses publiques, ne laisse pour soutenir la demande que des options très risquées à moyen terme, comme la distribution de crédit à tout va. Le discours visant à légitimer ces inégalités prône une déréglementation, donnant toute liberté aux entreprises, notamment au secteur financier, dont on a pu mesurer les effets, et une réduction de l’investissement public, qui conduit tout droit à un sous-investissement dans les infrastructures, l’enseignement public, la protection sociale et la recherche. Enfin, devant une telle situation, les travailleurs n’ont pas le sentiment d’être traités équitablement, ce qui nuit à leur motivation.
Mais, outre l’affaiblissement de son économie, la montée des inégalités met également en danger la démocratie américaine. Le taux de participation aux élections recule, la confiance s’érode, tandis que le système politique sert en pratique les intérêts des très hauts revenus. Pour finir, le modèle américain perd ainsi de sa crédibilité dans le monde, explique l’auteur.

Jean BASTIEN
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Titre du livre : Le prix de l'inégalité
Auteur : Joseph E. Stiglitz
Éditeur : Les liens qui libèrent
Titre original : The Price of Inequality
Nom du traducteur : Françoise Chelma, Paul Chelma
Date de publication : 05/09/12
N° ISBN : 2918597996
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1 commentaire

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Curieux

09/03/13 19:06
Certes, les comportements égoïstes existent partout. Ne les voir que chez les uns est sans doute une forme d'idéologie monoculaire...
Mais pourquoi le rôle de la FED dans la crise (elle a permis la création d'une bulle phénoménale qui en éclatant a entraîné la crise) n'est il donc pas cité et analysé ?
Peut-être la réponse serait-elle "téléphonée" comme le reste : la faute aux riches qui ont manipulé le système ? Pourquoi ne pas l'avoir abordé ? L'auteur a-t-il vraiment compris ce qui s'est passé ?

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