La phrase

Le désespoir me paraît éminemment raisonnable et ennuyeux. Je n’ai aucune patience face à des artistes dont la fonction première est de formuler l’impossibilité de leur art, qui en un sens font de la mélancolie un produit de consommation – tout comme je ne m’intéresse pas aux artistes qui sont exclusivement affirmatifs et qui ont fait de la stupidité de la culture un fétiche commercial. Les ballons en forme de chiens, etc. Je crois que le plaisir sexuel, la couleur étrange du ciel après un orage, le flot des feux arrière des voitures sur un pont ou la façon dont le silence s’affine ou s’épaissit avant que la musique ne commence – le politique doit harnacher tout cela. Le politique doit poser un harnais sur le libidinal.  

Ben Lerner, The Believer, septembre 2014 (traduction de nonfiction)

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Perspectives internationales sur l’histoire des protestants de France
[jeudi 06 décembre 2012 - 16:00]

Une fois n’est pas coutume : l'avant-dernière livraison de la revue semestrielle Diasporas, éditée depuis 2002 par les Presses Universitaires du Mirail, troquait l'an dernier son dossier thématique habituel – un thème unique vu à travers plusieurs diasporas – contre un numéro consacré à une seule diaspora. C’est le Refuge huguenot qui en recevait le privilège, abordé par des chercheurs travaillant sur l’Angleterre et ses colonies américaines, l’Allemagne, l’Irlande, les Provinces-Unies et l’Afrique du Sud. Les nombreuses recensions étendent encore le traitement du thème.

Nous avons là un fort utile complément au maître-ouvrage publié cette année par le directeur de la revue, Patrick Cabanel, dont l'Histoire des protestants en France, XVIe-XXIe siècle  offrait déjà une synthèse informée sur le Refuge, du XVIe au XVIIIe, en plus de 175 pages ventilées entre quatre chapitres chronologiques.

De l'attention portée aux destins individuels (par Luc Blaireaux et Jane Mckee) à l'approche comparative entre l’Angleterre et le Brandebourg (Susanne Lachenicht), en passant par l'approche linguistique (Manuela Böhm et Jane Mckee) : partout court la problématique de l’assimilation ou du maintien des traits originaux, tant linguistiques que religieux, du protestantisme huguenot face à l’anglicanisme en Irlande et en Amérique du Nord (articles de Jean-Paul Pittion, de Jane Mckee et de Bertrand van Ruymbeke en particulier), comme face au luthéranisme (avec Viviane Rosen-Prest).

Enfin, l’exemple du monument construit en Afrique du Sud en 1948 (présenté par Jennifer Oculi) souligne le problème de la mémoire identitaire et son instrumentalisation, sur lequel reviennent également deux traductions qui permettent une comparaison, certes paradoxale, entre des points de vue divergents sur l’expulsion des huguenots : les délires raciaux d’Alfred Rosenberg (extraits du Mythe du Vingtième Siècle, 1930) et les rapprochements implicites suggérés par Norbert Elias entre Juifs et huguenots persécutés (1935). Un complément varié au Cabanel.


* Eckart Birnstiel, Patrick Cabanel, Viviane Rosen-Prest (coord.), Les Huguenots. Diasporas : Histoire et sociétés n° 18, 2011.


* A lire aussi sur nonfiction.fr :

- Patrick Cabanel, Histoire des protestants en France, XVIe-XXIe siècle, par Bernard Richard
 

Bernard RICHARD
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