Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Le médecin psychiatre expert est Jean-Claude Archambault, chef de service à Aulnay-sous-Bois, expert en psychiatrie d’adultes, agréé par la cour de Cassation et la Cour pénale internationale, et vice-président du Conseil National des Compagnies d’Experts de Justice (CNCEJ) et il nous propose un livre intitulé l’expertise psychiatrique.
La lecture de la table des matières montre un plan progressif, partant de notions de base sur l’expert psychiatre dans le système judiciaire pour le chapitre 1, avec "les valeurs requises dans l’expertise" et "apprécier le risque de la récidive" auquel l’auteur consacre sept pages. Le second chapitre définit en seize pages l’expertise psychiatrique avec une "petite histoire de l’expertise psychiatrique", "le temps de l’expertise et le recueil des données", "l’expert et l’avocat : deux rôles distincts", "la mission de l’expert psychiatre : évaluer la normalité". Quant au reste de l’ouvrage, c’est une succession de cas d’expertises médiatiques (agression de Jacques Chirac, Bertrand Delanoë, double assassinats de Pau), atroces avec des infanticides causés par des mères délirantes, des crimes sexuels en réunion (tournantes qui durent plusieurs années) ou incestueux incluant les deux parents et la fratrie, ou encore le viol d’une femme âgée, mais aussi un crime cannibale commis par un co-détenu etc. Toutes ces expertises sont réalisées par l’auteur seul ou en collaboration avec d’autres experts psychiatres pour certaines de ces affaires complexes et/ou médiatiques sur lesquelles l’opinion publique pouvait éventuellement peser sur le jugement.
Ces faits divers criminels sont racontés dans un style agréable, avec juste ce qu’il faut de détails macabres, horribles etc. pour tenir le lecteur en haleine, mais pas trop non plus pour ne pas l’inciter à fermer le livre. Quant au choix des affaires, il est clairement celui d’affaires marquantes et médiatiques pour séduire le lecteur potentiel. En effet, qui lirait deux cent pages d’histoires de monsieur Toulemonde qui, dans sa campagne, aurait abusé une seule fois sa fille par attouchements sans user de violence physique contraignante alors que celle-ci serait en pleine période oedipienne, ou du voisin pyromane de granges mis en détention provisoire ? Pourtant, ces cas sans retombée médiatique qui sont le quotidien des expertises nous enseignent souvent beaucoup d’éléments cliniques.
Le travail d’expertise psychiatrique
Si le titre du livre "l’expertise psychiatrique" laisse entrevoir un travail d’analyse psychiatrique pointu sur des cas cliniques, il se trouve que l’analyse clinique est finalement bien maigre. Elle se réduit souvent à une brève description symptomatologique faite d’hallucinations, de délires, voire d’un "orage narcissique", et de temps en temps un psychopathe. Les hypothèses cliniques sont rares et limitées, avec par exemple pour un adolescent ayant commis des viols sur des garçons : "William présente un double blocage au niveau de la sexualité : par rapport aux filles, en leur substituant des garçons, jugés moins "dangereux" ; blocage accentué par le sentiment d’une faute" . Outre le fait qu’il n’y a qu’un blocage énoncé au lieu de deux, il n’y a pas davantage d’explications.
La consommation de toxiques (cannabis et alcool) est souvent mise en avant dans la facilitation des passages à l’acte, mais avec par exemple une interprétation clinique erronée à propos d’une femme pour qui "cette alcoolisation massive a commencé vers l’âge de 21 ans et, dès qu’elle prend un premier verre, elle est dans l’incapacité de contrôler sa consommation, qui par ailleurs augmente lors des moments de cafard, et elle prend de l’alcool le matin "vers 11 heures" ". L’auteur conclut alors en écrivant : " signe de dépendance à la fois physique et psychique" .
Dépendance psychique ? Oui, avec un usage de l’alcool comme médicament probablement dans une visée anxiolytique ou hypnotique. Mais les IEA ne sont pas nécessairement associées à une dépendance physique, laquelle se manifeste par un syndrome de sevrage et non par un début d’alcoolisation matinal, ici à 11 heures du matin lors des moments de cafard. Par ailleurs, aucun signe de syndrome de sevrage n’est avancé dans le récit du cas pour venir soutenir ce diagnostic de dépendance physique.
Page suivante, à propos des femmes perverses, c’est la confusion avec le mélange entre l’efficience intellectuelle et la réussite scolaire qui donne chez l’auteur "efficience scolaire" dans une interprétation péremptoire: "Ces femmes sont souvent manipulatrices, essayant de mettre en avant la domination tyrannique du conjoint ou du mari, pour se déresponsabiliser. Mais ces défenses sont pauvres, peu élaborées en raison d’un niveau intellectuel souvent limite – conséquence de perturbations familiales, qui avaient abaissé leur efficience scolaire" .
Pour introduire les cas de mère infanticides, l’auteur écrit : "s’il est courant d’admettre que ces femmes commettent des infanticides parce qu’elles sont en situation de précarité sociale, il nous semble que, le plus souvent, elles avaient noué avec leur mère des relations hautement pathologiques : impossibles (avec la mère) et/ou rompues (avec le père de l’enfant). Ce lourd passé est à l’origine de la tragique et définitive rupture entre la jeune mère et son enfant" . En fait, ces femmes infanticides dont le Dr. Archambault, psychiatre expert, nous donnera le récit dans les pages suivantes, ont tué leur bébé dans des circonstances singulières.
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ELM