Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Le constat dont part l’auteur est celui d’une profonde envie de liberté chez les musulmans, aussi bien attestée dans les "révolutions arabes" de l’an dernier que chez les musulmans vivant en Occident . C’est ce désir de liberté qui explique le sous-titre de l’ouvrage car A. Bidar définit simplement l’existentialisme comme le fait de vouloir exister par soi-même, de choisir soi-même sa vie (p. 11-12). Or ce désir de liberté semble incompatible avec l’islam tant qu’on traduit ce mot par "loi" ou "soumission". Parler d’un islam sans soumission serait contradictoire. La gageure de l’auteur est de montrer non seulement dans quelle mesure il est possible et légitime d’envisager à partir du Coran lui-même une telle façon de comprendre et de vivre l’islam, mais même d’établir qu’une telle conception de l’islam existe et est déjà bien plus répandue qu’on ne le croit . D’après lui, les nombreux changements dans le monde ont rendu impossible ou extrêmement difficile et obsolète une fidélité littérale à l’islam telle que la pratiquaient les générations précédentes. Les musulmans seraient en passe de devenir les héritiers de l’islam, ce qui suppose à la fois un choix de réappropriation personnelle de l’islam (qui justifie l’appellation de "self-islam" qu’emploie parfois l’auteur : le self-made muslim est alors le musulman qui a choisi le rapport qu’il veut entretenir à sa culture islamique), et une fidélité à l’islam puisqu’en héritant on ne s’approprie pas n’importe quoi, mais on respecte et conserve un legs.
L’analyse de Bidar porte également sur un autre niveau, puisqu’il soutient en même temps que les musulmans n’ont pas, dans leur majorité, conscience de cet héritage, et même qu’ils en ont – d’une certaine façon – peur .
C’est parce que le pouvoir politique a longtemps justifié son pouvoir et refusé aux hommes la liberté en s’appuyant sur le Coran que ce dernier passe pour interdire ou nier la liberté humaine ). A. Bidar, à la suite d’autres lecteurs contemporains du Coran dont J. Berque (cf. Jacques Berque, Relire le Coran, Albin Michel : "Que dit réellement le Coran ?") à qui il rend hommage, met au jour des passages dans lesquels l’homme est libre. Il va même jusqu’à essayer de montrer comme l’anthropologie implicite du Coran fait de l’homme le successeur, l’héritier de Dieu lui-même, conformément à sa volonté.
La justification par l’auteur de cette thèse se fait en particulier par une analyse des versets 30 à 34 de la sourate II qui mettent en scène l’attribution par Dieu d’une fonction spécifique à l’homme. A. Bidar commence par montrer comment les premiers commentateurs ont à dessein interpréter ce passage dans le sens d’une lieutenance de l’homme par rapport à Dieu dans la création : "trop vite, comme l’écrit l’auteur, donc l’exégèse a fait de ces versets (…) le pivot d’une théologie de la servitude de l’homme, fait pour être ce domestique fidèle, cet esclave de confiance chargé de rendre à Dieu les comptes de la terre" Le texte dit notamment "je vais établir un khalîf sur la terre." Et c’est le sens de ce mot, khalîf, que questionne l’auteur. En effet, si on a traduit pendant longtemps ce terme par remplacer, au sens de suppléer, ou administrer, on pourrait le traduire également – et d’après l’auteur, on devrait, d’après les raisons qu’il donne – par succéder, c’est-à-dire remplacer de manière définitive. Il s’agirait de lire dans cette sourate que l’homme est le successeur de Dieu, proposition qui n’est pas sans entrer en contradiction avec la pensée musulmane de l’unité absolument transcendante de Dieu. Penser l’homme à l’égal de Dieu serait une marque d’impiété gravissime en Islam (et l’auteur souligne que de telles approches qui sembleraient trop accorder à l’homme par rapport à la transcendance de Dieu, comme celle des soufis, eurent des conséquences tragiques pour ces derniers). Pour étayer encore cette proposition de traduction, l’auteur relit la scène dans laquelle Dieu prononce ces mots et remarque que "Dieu étant présent semble demander aux anges de faire comme s’il n’était pas là – ni plus ni moins – et de se prosterner devant un autre que lui" (p. 92). Et du même geste, les anges se détourneraient de Dieu pour se tourner vers l’homme. Une telle relecture de ce passage apparaît comme un "évènement théologique" que l’auteur met en rapport avec la "mort de Dieu" de Nietzsche, "mort de Dieu" que le Coran ainsi lu permettrait peut-être alors de dépasser.
Une telle compréhension légitimerait le "self islam" en faisant de l’homme l’héritier de Dieu . Mais il faut aller plus loin. Si l’homme succède à Dieu, c’est en tant que nouvel homme, enrichi des dons que lui lègue Dieu. Comme l’écrit l’auteur, "le voilà donc doté d’une nouvelle nature, ou plutôt maître d’une faculté de sa nature qui ne s’était pas actualisée auparavant." (p. 135) En effet, Dieu nous émancipant n’agit que nous sachant assez mûrs pour être autonomes. Une telle affirmation est appuyée par divers passages du Coran montrant comment Dieu perfectionne la nature de l’homme. Ainsi peut-on lire : "Lorsque ton Seigneur dit aux anges : Je vais créer un mortel d’une argile extraite d’une boue malléable. Après que Je l’aurai harmonieusement formé, et que J’aurai insufflé en lui de mon Esprit : tombez prosternés devant lui." On trouve ailleurs : "Nous avons ennobli les fils d’Adam." D’autres passages sont cités pour illustrer cette importance de l’idée d’une amélioration de l’homme par Dieu.
1 commentaire
jamestation
Je reste perplexe sur la credibilite et l'
Integrite intellectuelle de Mr bidar. Bref,de la philosophie speculative a 2 francs,du hard discount a servir au universitaire,loin tres loin de ce que Mr Arkoun a apporte.......