La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Historiciser Drancy
[mercredi 18 juillet 2012 - 08:00]
Histoire
Couverture ouvrage
A l'intérieur du camp de Drancy
Éditeur : Perrin
382 pages / 21,85 € sur
Résumé : Un ouvrage nécessaire pour comprendre l'histoire d'un camp central dans la déportation des Juifs de France qui ne réussit cependant pas totalement à dresser un panorama clair et concis de leur internement pendant l'Occupation.
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En ces jours de commémoration du 70e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv et alors même qu'un sondage indique l'ignorance partielle de cet événement dans la jeunesse de notre pays, il est intéressant de noter que Drancy, lieu de transit de la majorité des Juifs déportés reste peu connu pour une grande partie de la population française. Le choix de faire démarrer les cérémonies de commémoration de la rafle à Drancy mais de ne leur donner un caractère officiel que dimanche prochain sur le lieu du Vel d'Hiv en présence du président de la République témoigne de l'ambivalence du lieu que constitue la Cité de la Muette dans l'espace, le temps et l'imaginaire national. Lieu d'habitation, conçu comme tel originellement et rendu à cette fonction dès 1947, il est aussi et avant tout un lieu du souvenir de la déportation des Juifs de France.

Pourtant, l'histoire de ce lieu restait jusqu'ici parcellaire. Des témoignages d'anciens internés comme ceux de Noël Calef   ou celui de Georges Wellers  , ou des ouvrages militants comme celui de Maurice Rasjfus réédité cette année   apportaient certes un éclairage sur la vie du camp, sans pour autant échapper au biais très subjectif de tels ouvrages.

L'histoire d'un entre-deux

C'est donc pour faire œuvre de synthèse historique qu'Annette Wieviorka et Michel Laffitte se sont attelés à la rédaction d'A l'intérieur du camp de Drancy, afin de réinscrire ce lieu dans son histoire longue, de lui redonner toutes ses dimensions et d'en comprendre le fonctionnement. Comme l'indiquent les auteurs dès l'introduction: "Longtemps, il fut difficile d'écrire sur le camp de Drancy, comme s'il n'avait d'autre histoire que celle d'un camp de transit vers Auschwitz […] comme s'il était obscène pour ceux qui avaient échappé à la déportation de décrire la vie au camp de Drancy"  . C'est l'histoire d'un entre-deux qu'il fallait écrire et il semblait assez logique que ce soit Annette Wieviorka qui s'y intéresse, du fait de ses travaux antérieurs, qui l'ont conduite à évoquer, sous de nombreux angles, la mémoire de la déportation des Juifs de France, que ce soit dans sa dimension globale , dans l'étude des lieux de mémoire   ou dans une réflexion plus globale sur le témoin  . Pour l'occasion, elle collabore avec Michel Laffitte, spécialiste de la structuration des communautés juives en France pendant la Seconde Guerre mondiale  . Une spécialiste de la mémoire juive et un historien de l'UGIF, c'est un attelage parfait pour tenter de comprendre les ressorts de la mécanique drancéenne avec tous les outils de l'historien.

Pour tenter justement de donner à voir la vie à Drancy de la façon la plus claire et la plus historiquement juste, l'ouvrage se découpe de façon chronologique, identifiant trois périodes qui correspondent à trois fonctions du camp : le camp de représailles (août 1941-juin 1942), le camp de transit (juillet 1942-juillet 1943) puis le camp de concentration (juillet 1943-août 1944). Une dernière partie vient relater l'histoire de Drancy après Drancy (1944-…) et logiquement, s'interroger sur sa mémoire. Ce découpage permet de faire le lien entre des décisions politiques nationales et leur inscription dans un lieu, de comprendre comment ce lieu, sa gestion, son administration, sa population interagissent avec l'environnement extérieur, qu'il soit politique, administratif ou médiatique.

Pour mieux envisager le lien entre le lieu et son environnement, la première partie revient sur la genèse du camp avant 1941, montrant comment la fonction d'internement s'est progressivement imposée, d'abord par l'emprisonnement de communistes entre 1939 et 1940 puis par l'internement temporaire de prisonniers de guerre à l'été 1940. C'est ensuite le changement de politique à l'égard des Juifs, perçus comme des cadres communistes dangereux à l'été 1941, lors de l'invasion de l'URSS, qui motive les premières rafles d'hommes le 20 août 1941 à Paris. Les auteurs montrent bien alors combien ces premières rafles sont incompréhensibles pour les internés qui "ne peuvent en percevoir la logique, lui donner un sens, ni anticiper leur sort"  . Ils montrent aussi l'impréparation de l'administration française à la gestion du camp, qui manque de tout. A travers le récit des rapports entre Allemands et Français quant à la gestion du camp, on comprend toute la complexité administrative, voir le flou savamment entretenu quant à la répartition des tâches et responsabilités. On aurait d'ailleurs aimé que les auteurs nous aident à y voir plus clair, plutôt que de nous asséner une liste de noms peu intéressante, qui aurait gagné à prendre la forme d'un organigramme…. Cette première partie met aussi l'accent sur le clivage naissant et fondateur du camp de Drancy entre Juifs – étrangers – et Israélites – français –, les seconds regardant les premiers comme la cause de tous leurs malheurs. C'est là le décalage entre un groupe envisagé de façon raciale par la France et l'Allemagne et des individus qui ne se sentent absolument pas appartenir au même ensemble  . Il n'y a donc pas de solidarité "juive" à Drancy mais bien plus une solidarité nationale qui s'établit. Mais ce qui marque le plus dans cette première période, du fait de cette impréparation, c'est la famine qui résulte de l'entassement de près de 4000 hommes sans qu'aient été pensées les conditions de leur alimentation, dans un contexte de restrictions. Cette situation critique, qualifiée de "première famine en France depuis l'Ancien Régime "   aurait mérité un traitement moins descriptif et plus analytique. A la lecture du livre, on peine à avoir une vue d'ensemble sur le nombre de morts causées par celle-ci (ou à tout le moins, une tentative d'évaluation) comme à comprendre, au-delà des récits individuels, les mécanismes qui y ont conduit. C'est d'ailleurs cette famine mais aussi les évolutions de la politique juive qui conduisent à l'ouverture d'une nouvelle phase du camp, celle du camp de transit.

Anne PÉDRON
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Titre du livre : A l'intérieur du camp de Drancy
Auteur : Annette Wieviorka, Michel Laffitte
Éditeur : Perrin
Date de publication : 19/04/12
N° ISBN : 2262034230
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