La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Nohant ou l’utopie sandienne
[lundi 16 juillet 2012 - 19:00]
Littérature
Couverture ouvrage
George Sand à Nohant. Drames et mimodrames
Éditeur : Belin
144 pages / 11,40 € sur
Résumé : Ella Balaert nous fait visiter la célèbre maison de George Sand par les coulisses.
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À première vue, la résurrection assez morbide – il faut le dire – de la “bonne dame de Nohant” pourrait faire sourire et paraître grotesque, voire grandguignolesque pour filer la métaphore. Pourtant, la surprise passée, et le seuil de la demeure franchi, on se laisse rapidement prendre au jeu de ces saynètes, de ces tableaux qui s’interposent entre nous et le décor momifié de la maison-musée. Nous revivons, avec la poupée de chiffon humanisée, l’auteure-visiteure et le fantôme de Sand, les moments fondateurs et emblématiques de la vie de la femme et de l’écrivain, qu’un dialogue à trois voix anime. La progression de ce dernier, psychanalyse un peu forcée par endroits, rend compte, à la manière du double de Nathalie dans Enfance , le sens de chaque épisode. Ponctué de jolies images marquantes et mené avec vigueur, il contribue à exorciser la mémoire de Sand de ses démons. Les zones d’ombre de la biographie rocambolesque de l’auteure de Indiana (1832) s’éclairent au passage et nous livre une version bien plus profonde et complexe de la biographie pittoresque et caricaturale, souvent machiste, qui accompagne les extraits d’anthologie littéraire, où l’on apprend que George aimait à s’habiller en garçon et séduire le médecin vénitien de son amant.

La ligne biographique choisie par Ella Balaert rompt en effet avec cette version enchantée de l’histoire sandienne pour nous dévoiler sa face cachée et sombre. La promenade a lieu sous le clair de lune après tout. Les épisodes racontés, presque aussi sinistres les uns que les autres au début du récit, nous présentent une Aurore Dupin déchirée par le conflit qui opposa sa mère à sa grand-mère, ses origines populaires à ses illustres aïeux royaux. Marquée par des décès dramatiques dans son entourage, Aurore est obsédée par la mort, par la figure de la sorcière que sa vieille grand-mère malade incarne à l’envi. Le mauvais mariage, fait avec le baron Dudevant, complète le panorama avec l’évocation des nombreux conflits familiaux que la mère, Aurore, et la fille, Solange, ont ranimés au sujet d’une autre petite-fille. Étrange comportement de Mme Sand qui reproduisit à l’âge adulte le drame que sa propre grand-mère fit vivre à Mlle Dupin.

La fiction, on l’aura compris, est nourrie d’un travail sérieux et habile sur la biographie et l’œuvre de Sand qui irriguent le texte au détour de références et de citations présentées, dans le souci de la transparence – c’est louable – en italique. La mise en scène qui accompagne ce récit ajoute à la vivacité et à l’intensité du drame interprété par les marionnettes-souvenirs. Sous le masque et l’alibi de la fiction, Ella Balaert nous propose de redécouvrir l’auteure de notre enfance qui est restée associée dans l’imaginaire collectif aux seuls récits champêtres un brin désuets, enfermant Sand dans une image d’auteure naïve et presque secondaire. Au terme de la représentation, l’analyse conduite sous la férule de Balandard agit : Dupin-Sand se révèle et s’harmonise, sort de cette terrible épreuve comme unifiée, réconciliée avec elle-même. Pourtant, le portrait n’a pas toujours ménagé la tyrannique George, la maîtresse des lieux qui savait se faire respecter de tous, au risque de la solitude.

La dernière citation, de Sand, dévoile le “mobile” de la visiteuse égarée. La description de l’aurore par Aurore donne à voir bien plus qu’un passage poétique ayant charmé la rêveuse d’aujourd’hui : solennel, il déclare l’amour d’une lectrice à l’écrivain, l’admiration d’une jeune auteure vis-à-vis d’un modèle, la fascination d’une femme pour une combattante du droit des femmes. On comprend alors les raisons de cette fantasque résurrection ; on a tant besoin de femmes comme George Sand..
 

Marie-Clémence RÉGNIER
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Titre du livre : George Sand à Nohant. Drames et mimodrames
Auteur : Ella Balaert
Éditeur : Belin
Collection : De l'intérieur
Date de publication : 16/03/12
N° ISBN : 2701159822
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