La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Quand François changeait de destin...
[jeudi 19 avril 2012 - 10:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
Changer de destin
Éditeur : Robert Laffont
180 pages / 8,55 € sur
Résumé : François Hollande signe un livre de campagne décevant. 
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* Un premier article sur le livre de François Hollande a été publié sur nonfiction.fr le 9 mars dernier. Dans un souci d'équilibre, nous publions aujourd'hui un article autrement plus critique. 

 

La quatrième de couverture l’annonçait tambours battant : dans ce livre, vous allez découvrir François Hollande, vous allez trouver du vrai, du concret, vous allez enfin tout comprendre. Vous allez enfin, on l’espère, adhérer. "Pour que les Français me fassent confiance, ils doivent davantage me connaître. Ainsi je veux leur parler franchement de mon parcours, de notre avenir, et surtout, de mon projet pour la France". Ca y est, se dit-on. François Hollande réagit aux attaques dont il fait l’objet depuis le début de la campagne. Il va faire preuve de la ferveur de son engagement, de la réalité de ses convictions. Il va nous expliquer le "rêve français", en 165 pages.

"Il y a trois ans, seul, sans soutien, sans appui…"

"Changer de destin" : voilà ce que nous promet le candidat socialiste. Changer le destin de la France. "Une ambition présomptueuse ?" s’interroge-t-il page 8. "Non", répond-il page 9. François Hollande y croit, car nous n’avons pas le choix. C’est ce que le titre de son livre incite subrepticement à penser : la France a un destin, ça n’est pas le bon, les socialistes vont le changer. Habile pirouette révolutionnaire qui tend à nous prouver qu’avec lui, "tout devient possible".

Changer le destin de la France, donc, mais également changer son destin personnel. François Hollande ne se fait pas prier pour raconter les débuts chaotiques de sa campagne : "il y a trois ans, seul, sans soutien, sans appui, sans fonction nationale, au terme d’une réflexion profonde, j’ai décidé de briguer la présidence"  . Le député corrézien a parcouru les routes dès 2009, allant d’amphithéâtres en salles municipales pour présenter son premier livre de campagne Droit d’inventaires. "Ils n’étaient que quelques uns à l’époque à croire en mes chances"   écrit-il. François Hollande maîtrise le storytelling. On n’est pas loin du socialiste sorti du ruisseau, qui a gravi les échelons de la République "sans l’aide de quiconque"  , qui a travaillé dur pour convaincre ses concitoyens de sa capacité à battre la droite en 2012, de fédérer, de reconstruire le pays. "Si je suis là aujourd’hui, le hasard n’y est pas pour grand chose" avance-t-il  . Le hasard, difficile à dire. Mais on ne peut s’empêcher de penser que si le 14 mai n’avait pas eu lieu, si Dominique Strauss-Kahn n’avait pas fait la Une de tous les journaux menottes aux poignets, François Hollande n’en serait pas là. Cela n’enlève rien au travail fourni, cela ne change rien à ses convictions profondes. Mais occulter délibérément cette partie de l’histoire dans son ouvrage fait planer le doute. François Hollande maîtrise le storytelling, oui, mais personne ne peut y croire.

Son attachement, sûrement réel, à ses terres, son "ancrage corrézien"  , sa croyance en ces "liens qui rattachent à un territoire"   sonnent tout aussi faux. Le candidat aurait pu mettre l’accent sur l’importance d’être un élu de la République, à qui les citoyens renouvellent leur confiance depuis plusieurs dizaines d’années. Il a préféré donner dans l’affect, insister sur l’importance d’une attache territoriale, comme pour s’excuser d’avoir été parachuté en 1988, comme pour se défendre d’être un "déraciné". Qui l’aurait attaqué là-dessus s’il n’avait pris ces précautions maladroites ?

"Plaider pour un peu d’indulgence"

Mais soyons honnêtes : le but de François Hollande n’était pas tant de parler de lui que d’exposer, une dernière fois, son programme. Lui à qui la droite reproche de ne pas avoir d’idées, de verser dans l’antisarkozysme primaire, crée ici un dernier espace pour faire connaître ses idées et valider leur cohérence. Et François Hollande y parvient plutôt bien, car s’il est une chose que l’on ne peut lui reprocher, c’est de faire la girouette. Le candidat affirme avoir toujours été un "social démocrate", pro-européen, qui "ne se déporte pas sur la droite ou sur la gauche" au gré des courants de pensée. L’improvisation sur la taxation à 75% des hauts revenus mise à part, on ne peut que lui concéder : François Hollande ne sort pas de sa route. Dans son livre, le candidat prend la peine de réexpliquer l’historique de l’accord avec EELV, dont les supposés "couacs" avaient fait la manne des journalistes  . Oui, reconnaît-il, le nucléaire était un point de discorde. Et si l’accord a pris du temps à se concrétiser, c’est justement parce qu’il ne voulait pas transiger. "Vous voyez que je sais prendre des décisions !» semble-t-il nous lancer, fièrement. Avant de donner une leçon de savoir-vivre à "l’implacable" Eva Joly : "J’ai parfois envie de plaider pour un peu d’indulgence. Non qu’il faille accommoder les principes, mais parce que la politique est un compromis"  . De quoi donner raison à la candidate d’EELV qui fustigeait, dans son meeting de Bordeaux le 28 mars, "le candidat de la synthèse".

Clémence ARTUR
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Titre du livre : Changer de destin
Auteur : François Hollande
Éditeur : Robert Laffont
Date de publication : 23/02/12
N° ISBN : 2221131177
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