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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Une histoire iconique de Dieu
[samedi 14 janvier 2012 - 10:43]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
Dieu et ses images : une histoire de l'Eternel dans l'art
François Boespflug
Éditeur : Bayard
523 pages
Résumé : Un livre dense, éblouissant qui parvient à esquisser de manière lumineuse une histoire iconique de Dieu intimement liée à celle du christianisme.
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   Des trois monothéismes, le christianisme est le seul à avoir produit et développé des images de Dieu. Dans un ouvrage précisément intitulé Dieu et ses images : une histoire de l'Eternel dans l'art  , François Boespflug, théologien spécialiste des images religieuses  , se propose d’explorer cette particularité chrétienne en esquissant "une histoire iconique de Dieu", autrement dit la façon dont les hommes au cours des siècles  ont représenté  et donc pensé le divin. Convaincu qu’il est possible de mettre à jour, à travers la succession des images de Dieu, l’unité d’un processus, l’auteur décline son livre en douze chapitres chronologiques couvrant généralement deux ou trois siècles. Il s’agit ni plus ni moins - et l’ambition n’est pas minime - de dévoiler les principales solutions apportées au problème de la représentation du Dieu chrétien.

 

Les grandes étapes de l’histoire iconique de Dieu

 

       De ce point de vue, la démarche adoptée par l’auteur se veut scientifique et le plan du livre rigoureux et clairement structuré l’atteste : chaque chapitre commence par un plan et un résumé et se termine par une bibliographie très riche et très précise (en fin de livre).  On ne peut ici rendre compte du contenu de chacun des chapitres mais peut-être évoquer l’enchaînement des différentes étapes : à l’aniconisme du premier christianisme marqué  par le poids du Décalogue (Ier-IIIe) succède, du IV au VIIe, l’exploration visuelle de la divinité du Christ avec notamment la naissance des icônes. Les siècles suivants verront l’approfondissement de ce thème avec l’image de la Majestas Domini (un Dieu-Christ siégeant en majesté et flanqué des symboles des quatre vivants) et l’affirmation des images de la Trinité au XIIe (trône de grâce, trinité triandrique, paternité, trinité du psautier) tandis que la fin du XIVe et le début du XVe favoriseront l’émergence de motifs très riches tels que la compassion du Père et le couronnement de la Vierge par la Trinité. Le processus d’humanisation de Dieu, amorcé dès le XIIe siècle  , se poursuit ainsi mais il ne concerne plus seulement le Christ mais le Père lui-même. Enfin, le XVIIIe marquera la crise de l’imagerie de Dieu (laquelle avait déjà débuté à la fin du XVIIe) qui conduira le XXe à reléguer les motifs de Dieu le Père et de la Trinité dans les strictes limites de l’art d’Eglise et à considérer la figure du Christ comme la figure de l’homme crucifié et maltraité. L’imagerie de Dieu se vide ainsi de son contenu théologique pour devenir le paradigme d’une souffrance absolue déconnectée de toute dimension eschatologique.

 

Une histoire en partie affranchie de l’histoire de l’Eglise

 

        On l’aura compris : l’auteur parvient réellement à faire émerger les lignes de force d’une histoire iconique de Dieu, même si, comme il le reconnaît lui-même, l’art occidental s’est trouvé privilégié au détriment de l’art oriental "parce qu’il est beaucoup plus varié et aussi moins connu". Le théologien réussit en effet, à travers la seule étude des motifs iconiques, à dégager une histoire des images de Dieu parfois affranchie en partie de celle de l’Eglise. Or, on aurait pu a priori  penser que cette histoire épouserait dans ses moindres mouvements celle de l’Eglise  ou des conciles.  Une telle réflexion mérite d’être nuancée car l’auteur, au terme d’une recherche qui dura quelque trente années, parvient précisément à faire émerger un  processus ne coïncidant pas forcément avec les étapes de l'histoire des doctrines de Dieu. Cette exploration permet ainsi d’insister par exemple sur le profond  et surprenant décalage existant entre l’affirmation de la doctrine de la Trinité établie dès le lVe siècle (on pense ici à saint Hilaire de Poitiers et son traité de la Trinité rédigé vers 360 ou encore au De Trinitate de saint Augustin) et l’émergence des premières images de la Trinité pas avant le IXe siècle.

Titre du livre : Dieu et ses images : une histoire de l'Eternel dans l'art
Auteur : François Boespflug
Éditeur : Bayard
Collection : Etudes et essais
Date de publication : 06/10/11
N° ISBN : 22748294X
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