On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les images entretiennent bien souvent avec les traditions religieuses un rapport complexe, notamment avec celles des trois monothéismes. Peu prisées des monothéismes abrahamiques, elles sont comme exaltées par la tradition chrétienne. C’est précisément cette particularité que se propose d’explorer le livre intitulé La pensée des images. L’ouvrage se décline sous forme d’entretiens qui se sont déroulés entre François Boespflug, théologien spécialiste des images religieuses et Bérénice Levet, philosophe, collaboratrice aux revues Esprit et Commentaire. Huit chapitres guident la réflexion autour d’une thématique principale : les images de Dieu dans le christianisme participent-elles de la spécificité du christianisme ? Contribuent-elles à définir en partie son identité ou du moins son histoire?
L’intérêt que porte François Boespflug aux images religieuses remonte à la fin des années 70. A la suite de la lecture du livre de Léonide Ouspensky, La théologie de l’icône dans l’Eglise orthodoxe, il observe que les chrétiens d’Orient possèdent par rapport à la représentation de Dieu dans l’art " une doctrine et une pratique anciennes " qui semblent trancher singulièrement avec les pratiques plus libres des arts d’inspiration chrétienne occidentaux. Cette réflexion initiale le conduira ainsi à interroger sans relâche les représentations de Dieu dans l’art occidental chrétien, et plus particulièrement les images figurant la Trinité. A la définition de l'homme comme animal industrieux (homo faber), animal religieux (homo religiosus), animal doué de raison (homo sapiens), le théologien semble en effet préférer celle suggérée par certains anthropologues, comme Ian Hacking et Jack Goody : homo depictor, autrement dit le "producteur d'images".
Qu’est-ce qu’une image de Dieu ?
Dans un intéressant chapitre intitulé " Les images de Dieu dans l’art, impensables et innombrables ", Boespflug définit l’image de Dieu comme " produit de l’imagination ". Les hommes du Moyen Age ont par exemple " projeté sur la figure de Dieu ce qu’ils connaissaient et vivaient du rapport du suzerain à son vassal. " Ce type d'image excède donc le seul support matériel pour témoigner davantage de la façon dont on s’est représenté Dieu. Elle se trouve ainsi imprégnée d’une forte charge idéologique. Boespflug souligne aussi le décalage existant entre le dogme trinitaire forgé par les Pères de l’Eglise au IVe siècle et l’apparition des images de la Trinité entre les Xe et XIIe siècles. Le christianisme a mis en réalité quatre siècles à comprendre que " le dogme de l’Incarnation le libérait, au moins partiellement, de l’interdiction du Décalogue." Les Pères de l’Eglise ont eu d’ailleurs tendance à interpréter les images cultuelles de la divinité comme une rechute dans une conception païenne de Dieu.
Comprenons que l’image de Dieu n’est jamais une pure représentation iconographique mais qu’elle pose toujours des problèmes de représentation idéologiques ou doctrinaux. Si l’on considère ainsi les images de la Trinité, elles posent de réels problèmes théologiques. Que Dieu, s’étant incarné en son Fils, puisse être représenté ne constitue pas un obstacle théorique eu égard au dogme chrétien défini notamment au concile de Nicée en 325. Il en va tout autrement du Père et de l’Esprit saint, puisqu’eux n’ont pas connu l’Incarnation. De ce point de vue, nous dit le théologien, " la plupart des images de la Trinité dans l’art sont foncièrement discutables et fautives. " On comprend ici aisément le problème qui affleure et qui est propre à l’image de Dieu : cette image peut-elle représenter l’irreprésentable ou du moins signifier que ce qu’elle rend visible est invisible ? L’image de la Trinité opère donc une discordance entre le corps de la doctrine et la représentation qu’elle en donne, et l’aniconisme du judaïsme et de l'islam tient probablement à cette peur de " dénaturer " Dieu.
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