On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le rapport que nous entretenons avec les plus riches de la société est toujours empreint d’ambivalence. D’un côté, ils fascinent. Il suffit pour cela de constater le succès jamais démenti des journaux dont les histoires de familles des plus puissants, leurs problèmes de succession ou leurs intrigues amoureuses sont le fonds de commerce. De l’autre, ils dérangent, ils exaspèrent surtout lorsqu’on met en regard leur mode de vie opulent avec celui des couches les plus défavorisées. Surtout aussi lorsque ce mode de vie est une source manifeste de gaspillage dans un contexte de ressources limitées.
Une maladie de la République
Mais Thierry Pech, dans son livre Le temps des riches, va bien au-delà de ces constats classiques. Car comme le soulignait John Kenneth Galbraith, en citant Plutarque, dans un article récemment réédité en français : "le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques". Et le grand économiste keynésien d’ajouter : "le problème résultant de cette coexistence, et particulièrement celui de la justification de la bonne fortune de quelques uns face à la mauvaise fortune des autres, sont une préoccupation intellectuelle de tous les temps. Il continue à l’être aujourd’hui".
Le processus de "sécession des riches"
Ce qui intéresse Thierry Pech, c’est de montrer qu’après une baisse constante et régulière de la proportion des riches dans la population pendant les Trente glorieuses, le phénomène s’est inversé depuis le début des années quatre-vingt, en prenant une ampleur et un visage inédits. Au point que la démesure de ce phénomène conduirait aujourd’hui à ce que l’auteur appelle un véritable "processus de sécession des riches". Thierry Pech s’attache en effet à expliquer l’étendue du phénomène, à en comprendre les mécanismes et surtout à en montrer l’absurdité tant du point de vue économique que du point de vue politique puisqu’il met à mal les promesses de notre pacte républicain. Il le fait avec méthode et pédagogie en posant quelques questions-clés qui structurent son ouvrage. "Comment les riches sont devenus un problème ?" se demande-t-il d’abord. Certes, c’est la partie la plus classique du livre. Mais l’auteur met en lumière les lacunes des services statistiques qui se sont contentés pendant longtemps d’une mesure assez grossière des inégalités, notamment par la mesure de l’écart interdécile. Il aura fallu attendre 2010 pour que soient publiées les premières statistiques fines sur le haut de la distribution des revenus des ménages. Ainsi en sait-on plus aujourd’hui sur ce que représentent les ressources financières des 1% (puis des 0,1% et même les 0,01%) des mieux lotis et combien de personnes cela concerne. Pour faire partie de ce club très fermé, il faut disposer d’un revenu mensuel de plus de 10 000 euros par personne. En France, ils sont quand même 580 000 à évoluer dans ces altitudes stratosphériques.
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glezouille