On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

À lire ce titre, La France des travailleurs pauvres, on peut s’attendre à un nouveau livre présentant le destin inéluctable de ces "nouveaux pauvres" que sont les travailleurs précaires, condamnés à rester en marge du marché du travail et, parfois, de la société : un constat d’impuissance de plus.
À lire le manuscrit, on se trouve plongé dans une réflexion économique rigoureuse et passionnante qui saisit tous les enjeux de ce problème complexe qu’est la pauvreté des travailleurs. Ici, pas de concept valise à la mode tels que la "flex-sécurité". Une explication simple et des propositions précises et réalistes. L’emploi est au cœur de l’analyse : son évolution, en lien avec la protection sociale et les politiques publiques, explique l’ampleur et les caractéristiques actuelles de la pauvreté au travail et de l’exclusion ; c’est en lui donnant une autre direction grâce aux politiques publiques que l’on pourra résorber la pauvreté.
Utilisant le thème la pauvreté des travailleurs en toile de fond, Denis Clerc le dépasse en s’interrogeant sur le rôle de l’emploi dans l’intégration économique et sociale des travailleurs : quelle société du travail doit-on construire pour réussir le défi de l’alliance entre dynamique économique et cohésion sociale ?
Les premiers chapitres brossent le tableau de la situation actuelle : la protection sociale a permis de réduire certaines formes de pauvreté ; mais l’évolution parallèle de l’emploi en a révélé une d’importance, la pauvreté laborieuse, sans pour autant parvenir à endiguer l’exclusion. Et malheureusement, bien qu’une nette diminution du chômage soit pressentie, elle ne suffira pas à résoudre ces deux problèmes. Les politiques de l’emploi le pourraient mais les tentatives mises en œuvre jusqu’à présent ont eu, malgré leur ampleur, une efficacité limitée, sans parler de leurs effets néfastes.
Nullement découragé par ce constat d’échec relatif, l’auteur montre ensuite comment transformer notre modèle d’emploi. Utilisées à bon escient, les politiques publiques seront efficaces : pour cela, encourageons l’emploi, mais arrêtons de subventionner les emplois "paupérisants". Les propositions alternatives ne manquent pas.
L’urgence, dans la mesure où la pauvreté s’est installée chez les travailleurs, est de compléter certains revenus insuffisants. À cet égard, le Revenu de solidarité active est bienvenu, mais il aurait été préférable de ne pas lui donner, aussi, vocation à inciter à l’emploi les bénéficiaires de minima sociaux. Ce faisant, il encourage la demande d’emplois à temps très partiel, donc très "paupérisants", tout en en déculpabilisant l’offre. L’auteur propose ainsi une réforme précise et chiffrée du RSA, le réservant aux emplois de durée supérieure à un tiers du temps plein et lui conférant un meilleur pouvoir redistributif en direction des travailleurs pauvres.
1 commentaire
sol invictus