Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Mumbai, Istanbul, São Paulo : métropoles ingouvernables ?
[vendredi 09 septembre 2011 - 08:00]
Urbanisme
Couverture ouvrage
Living in the endless city
Ricky Burdett (dir), Deyan Sudjic (dir)
Éditeur : Phaidon
432 pages / 56,96 € sur
Résumé : Attentifs aux enjeux sociaux qui caractérisent des métropoles tentaculaires et surpeuplées comme São Paulo, Mumbai et Istanbul, les auteurs offrent une réflexion pointue sur l’avenir de la ville contemporaine.
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À l’heure où plus de la moitié de la population mondiale vit en ville, le projet "Urban age"  , regroupant des acteurs des quatre coins du globe, se veut une sensibilisation aux enjeux actuels de la métropolisation et une investigation de l’avenir de ces ensembles urbains. Résultat des différentes conférences auxquelles a abouti le projet, cet ouvrage dirigé par Ricky Burdett et Deyan Sudjic met en dialogue chercheurs, aménageurs, architectes, maires et politiques afin de trouver des solutions prometteuses de mieux-être social aux grands défis urbains du XXIème siècle. Après avoir traité dans un premier tome   de 6 grandes métropoles (New York, Shanghai, Londres, Mexico, Johannesburg et Berlin), le choix des auteurs s’est ici limité à 3 villes : Mumbai, Istanbul et São Paulo. Il s’agit de villes moyennes devenues en quelques dizaines d’années des métropoles multimillionnaires, connaissant des situations sociales critiques et dont la gouvernance s’avère particulièrement complexe. Or la croissance exponentielle de la population urbaine, la prédominance culturelle des métropoles ainsi que l’étalement physique de la ville —qu’il s’agisse de banlieues pavillonnaires ou de bidonvilles— sont les témoins d’un inéluctable urbain vers lequel nos sociétés se dirigent, et qu’il convient de comprendre. C’est ce à quoi s’attache cet ouvrage, partagé entre une partie dédiée aux villes concernées et une autre aux réflexions et pistes d’actions, l’ensemble étant parsemé de belles photographies et de données illustratives.

 

Des métropoles morcelées 

La pauvreté, cruelle marque de ces grandes métropoles, constitue évidemment un thème central des contributions et le rappel de Darryl D’Monte à propos de Mumbai est éloquent. Représentant 54% de la population, environ 8 millions de personnes vivent dans des bidonvilles. Si la proportion de pauvres est moins élevée à Istanbul et São Paulo, elle est tout autant préoccupante et fait l’objet de différentes analyses. Mais paradoxalement, certaines parties de ces villes atteignent des taux fonciers parmi les plus élevés au monde, témoignant de l’ampleur des inégalités sociales et d’une division profonde des espaces urbains. Cette dualité métropolitaine se lit notamment dans la volonté des élites de transformer leurs villes en centres financiers et d’un aménagement qui ignore totalement la population des bidonvilles. Sauf s’il s’agit de s’en "protéger" comme à São Paulo ou de planifier la destruction de leur habitat. Pour autant, cette scission n’est pas aussi marquée qu’elle peut paraître, l’aisance et la pauvreté, l’informel et le formel s’entremêlant souvent. Rahul Mehrotra évoque  pour sa part la dualité de Mumbai, entre une ville statique et une ville cinétique. Cette dualité correspond à la ville de briques et de béton d’une part et à la ville composée de matériaux recyclés, de plastique et de métal d’autre part. Cette dernière constitue une ville en mouvement qui évolue et se transforme. Résultat d’un "urbanisme indigène" qui s’appuie sur des logiques locales, cette ville cinétique serait le symbole de la condition urbaine du sud. Plus qu’une vision urbaine, cet urbanisme élastique réfèrerait à un ajustement de la population aux flux considérables et à l’impact de la recherche d’attractivité et de ses inégalités conséquentes. Le spectacle de la ville serait donc autant le fait de l’architecture statique et monumentale que de cette ville "en mouvement", avec ses vendeurs ambulants, ses processions et ses festivals dans les lieux publics. Ces deux villes se mêlent parfois dans les mêmes espaces ; certains bâtiments constituent un symbole pour les élites tandis qu’ils servent de levier à certaines activités informelles. De la même façon, cette population qui vit dans les interstices participe pleinement à faire fonctionner la ville formelle à l’aide de ses réseaux, de son organisation souple et mobile. Cette ville cinétique transforme ainsi les significations, les usages et les sens de la ville statique, "the Kinetic city recycles the Static city to create a new spectacle"  

Titre du livre : Living in the endless city
Auteur : Ricky Burdett (dir), Deyan Sudjic (dir)
Éditeur : Phaidon
Collection : Architecture in Detail
Date de publication : 01/07/11
N° ISBN : 0714861189
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