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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Repenser l'étalement urbain au-delà du fatalisme
[mardi 05 juillet 2011 - 11:00]
Urbanisme
Couverture ouvrage
Étalements Urbains. Critique sociale d'une fatalité spatiale
Emmanuel Amougou
Éditeur : L'Harmattan
189 pages / 17,10 € sur
Résumé : Dans cet ouvrage, Emmanuel Amougou nous propose de considérer la notion complexe et métaphorique qu’est l’étalement urbain à travers le champ social et relationnel. Une approche politico-sociologique pour répondre à un problème spatial.  
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Les "Étalements Urbains" sont depuis quelques années sur le devant de la scène. Considérés consensuellement comme un fléau, ils en appellent à la densification, aux mouvements pendulaires, au mitage... Autant de concepts qui participent à la complexification de la notion d’étalement urbain, jusqu’à l’abstraire. C’est dans ce foisonnement sémantique, dans ce bourdonnement de recherches et de concepts qu’Emmanuel Amougou nous propose de prendre de la distance et de redéfinir cette notion devenue fourre-tout, de lui porter un regard pluriel nouveau afin de mieux la comprendre. Pour ce faire, la démarche de l’auteur est pragmatique : il décide d’étudier sur un terrain concret- la Gironde- les discours qui accompagnent les phénomènes d’étalement urbain afin de mieux en extraire les représentations symboliques qui expliquent à la fois la perception du phénomène comme nuisible et les réponses opérationnelles qui y sont apportées. L’auteur, en toute modestie et en toute prudence, nous rappelle qu’il n’y a pas un mais des étalements urbains et qu’il n’entend en rien généraliser son étude qui se cantonne à la Gironde. Mais ce court essai a indéniablement une portée conceptuelle et polémique qui dépasse le niveau local.

 

Le rapport de l’État aux territoires : une approche historique des étalements urbains

L'imaginaire commun veut que, si l’État est une image, les territoires en  soient alors les pigments. Et c’est à ce titre que l’État domine historiquement toutes les structures locales en légitimant leur action. L’importance des territoires n’a donc de sens que si l’État a délégué ses pouvoirs. C’est l’exemple de la décentralisation : les communes ont la capacité d’agir mais c’est l’État qui les légitime. 

Mais alors, qu’est-ce le territoire d’État ? Il est ici décrit comme un espace en expansion, se construisant par rapport aux autres territoires et lui-même composé d’une constellation de territoires sur lesquels il doit s’appuyer : "l’ancrage au sol [est] une nécessité constitutive de tout État" . Il est donc normal que l’État ait prise sur le terroir, et que cette prise se traduise à l’heure actuelle par la question territoriale, véritable réaffirmation de la domination de l’État sur les territoires locaux via des agents pour lesquels l’intérêt est cette même domination, étant donné qu’ils représentent l’état à cet échelon territorial. La loi SRU est donc un témoignage de "l’intérêt que porte l’État sur ses territoires" . C’est à ce titre que l’auteur affirme que le rôle de la décentralisation, comme celui de la démocratie participative, sont "une nouvelle trouvaille des agents du personnel politique et de leurs alliés médiatiques"  pour asseoir leur emprise sur les territoires, mais de façon moins ostensible. 

L’État se construit donc sur les territoires, et à ce titre il y affirme sa légitimité ; les territoires cherchent à se détacher de l’emprise de l’État mais font ainsi le jeu de ce dernier. En fait, ils sont le support de l’État, et les représentations communes nous le montrent bien.

Tout le système territorial repose sur la légitimité historique admise de l’État sur les structures sociales. Le lien intrinsèque de l’État au territoire en tant qu’il est à la base de son organisation, pose la question suivante : la nouveauté des formes territoriales induit-elle une redéfinition de l’État ? Comble du paradoxe, c’est la représentation sociale de l’opposition national contre local, induite par la légitimité sociale de l’État, qui aboutit aux "localismes" et donc à la contestation de l’État, ce qui explique qu’il cherche a se réaffirmer ; mais, en se réaffirmant, il va s’opposer au local et ainsi de suite. Si l’État fait le territoire, ce sont les représentations sociales qui légitiment son action et donc indirectement le territoire. 

"Le territoire n’est pas d’abord un espace, mais bien plutôt la matérialisation de l’étendue d’un pouvoir" , il répond donc à des logiques de domination. E. Amougou nous invite à considérer les interactions politiques au sein d’un territoire comme autant de preuves du rôle fondateur des jeux de pouvoir dans le passage à l’action opérationnelle. Mais ces jeux de pouvoirs sont toujours dominés par l’État : ZUP, patrimonialisation, opérations ANRU, etc. Autant de preuves du contrôle de l’État sur les mécanismes territoriaux, autant d’interactions politiques entre national et local, entre dominant et dominé. Car en Gironde par exemple, c’est l’État qui a pris l’initiative du passage à l’acte en créant la ZUP de Floirac, Cenon et Lormont, et en ce sens qui domine. Et l’auteur de marteler que l’action de l’État est devenue productrice de ces nouveaux découpages territoriaux tout au long de la Ve République. 

Pourtant, même si l’État domine, le rapport dominant / dominé n’est pas clairement établi : les acteurs locaux reprennent les opérations de redécoupage territorial à leur compte et participent à la reproduction de discours élaborés par l’État. Chaban-Delmas est à ce titre un intermédiaire entre l’État et les habitants, se servant du discours et des structures d’État pour asseoir sa position politique dans l’opération de la ZUP de Floirac, Cenon et Lormont. L’auteur parle de "scénario étatique localisé"  

Titre du livre : Étalements Urbains. Critique sociale d'une fatalité spatiale
Auteur : Emmanuel Amougou
Éditeur : L'Harmattan
Date de publication : 13/12/10
N° ISBN : 2296133495
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