Rédacteur

Secrétaire général de Nonfiction

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Politiser l'Europe
[dimanche 15 mai 2011 - 20:00]
Union Européenne
Couverture ouvrage
Pour une Europe juste
Elisabeth Guigou
Éditeur : Le Cherche midi
192 pages / 13,30 € sur
Résumé : Une vision résolument politique de l'Europe.
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Elisabeth Guigou, députée de Seine-Saint-Denis et ancienne ministre, numéro deux du gouvernement Jospin de 2000 à 2002, est aussi, voire peut-être surtout connue comme une grande européenne. Sa bibliographie en atteste : sur ses six précédents livres, trois sont directement consacrés à l'Europe.

Après Rallumer les étoiles (Calmann-Lévy, 2006), Elisabeth Guigou revient à la charge avec un livre d'entretiens avec la journaliste Véronique Auger, autre actrice de l'espace public européen balbutiant et notamment connue pour ses émissions télévisuelles sur l'Europe telle "Avenue de l'Europe" (France 3). L'intitulé du livre, Pour une Europe juste , annonce une tonalité plus politique.

L'ouvrage aurait-pu être, de prime abord, un exercice de circonstance, en ces temps de pré-campagne présidentielle, pour se rappeler au bon souvenir des socialistes et marquer sa place. Mais il n'en est rien. Il est, d'une part, certain que le sujet européen ne se prête que bien mal à la chose. Parler d'Europe ou publier sur l'Europe est toujours un acte militant pur, économiquement peu ou non rentable dans le champ politique ou journalistique, champs éminemment structurés au niveau national et indifférents voire allergènes au niveau européen souvent par agacement face à cet objet rétif aux cadres formatés de la pensée. D'autre part, Elisabeth Guigou ne se contente pas de proclamer son attachement viscéral à la construction européenne, ce que toute élite politico-économique bon teint se doit d'afficher (Cf. Alain Minc) . Elle aborde l'Europe sous l'angle politique, celui des valeurs de gauche et de leur combat dont un nombre croissant relève pour leur mise en application concrète du niveau européen. Le titre du livre Pour une Europe juste prend alors un sens éminemment politique. Derrière le mot "juste" se développe toute une réflexion sur les grandes politiques publiques européennes telles que l'immigration, la coopération judiciaire et pénale, et la régulation financière, passages obligés pour tout projet politique qui se revendique de gauche et qui ne peuvent plus trouver de réponse pertinente uniquement au niveau national.

Le parcours biographique d'Elisabeth Guigou ne la prédisposait pas à ce rôle de grande européenne. Née au Maroc et culturellement tournée vers la littérature anglo-saxonne, elle raconte le paradoxe de sa première rencontre avec l'Europe, à l'âge de 7 ou 8 ans, lors de son premier voyage en France où, passant en voiture par l'Espagne, elle découvre la pauvreté de l'Andalousie et un continent un peu "vieillot", peu enclin à l'ouverture à l'autre, encore moins à concevoir la multi-appartenance. "Chaque fois que nous retournions dans nos familles en France, j'avais l'impression d'un pays attardé. J'étais étonnée, par exemple, qu'il n'y ait pas de toilettes ou de salle de bains dans beaucoup de maison. Mais surtout, ce qui me choquait, c'était le manque d'ouverture d'esprit. On avait l'impression que les Français vivaient recroquevillés sur eux-même."   L'Europe est aussi pour la jeune fille synonyme de terre verdoyante, humide et pluvieuse, le contraire de son idée de paysages magnifiques, nécessairement minéral, "où la pierre domine, où la végétation semble une conquête et un miracle."  Plus fondamentalement, l'idée supranationale ne pouvait être que l'unité de la Méditerranée, et le traité de Rome de 1957, pour l'étudiante en droit à Montpellier, qu'un objet "théorique, lointain, pas très intéressant et même ennuyeux." 

Finalement, ce sont les voies professionnelles qui amenèrent Elisabeth Guigou à l'Europe, lorsqu'elle rejoint le cabinet de Jacques Delors, à l'époque ministre de l'Economie et des Finances sous le gouvernement Mauroy. Elle vivra de l'intérieur le tournant de 1983 issu du choix historique de François Mitterrand en faveur de l'Europe – et contre la gauche dira un Jean-Pierre Chevènement . Mais l'Europe de cette époque, celle du couple Mitterrand-Kohl lié par "la guerre et la volonté de faire l'Europe" , n'est plus. Les vétérans de 39-45 s'éteignent peu à peu, et avec eux le souffle historique européen né dans la résistance et porté par les grands hommes politiques de l'Après-guerre. Et Elisabeth Guigou de faire l'amer constat, en parlant du couple Sarkozy-Merkel fondé sur une nécessité fonctionnelle et non sur un projet commun : "il n'y a aucune volonté d'assumer ensemble un ou des projets européens."  Cela se vérifie avec force s'agissant du rapport entretenu avec les Etats membres de l'ex-bloc communiste jugé "sans vision politique. En considérant de plus en plus ces pays de l'Est comme des empêcheurs de tourner en rond." 

Titre du livre : Pour une Europe juste
Auteur : Elisabeth Guigou
Éditeur : Le Cherche midi
Collection : L'Europe, telle que je la vis
Date de publication : 06/01/11
N° ISBN : 2749118441
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