Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
La métaphysique existe ou elle n’existe pas. Si elle n’existe pas, ou elle a existé, ou elle n’a jamais existé. Si elle existe, ou bien elle a existé dans le passé ou bien elle vient de commencer à exister. L’opinion dominante du public philosophique ou même cultivé français est toujours que la métaphysique a existé, n’existe plus, et que c’est un progrès, parce que la métaphysique était à la fois arrogante et futile. On parle de son ‘ton grand seigneur’ (Kant) ; on déplore son manque de garanties scientifiques, d’avoir un compte en banque épistémologique toujours à découvert – cf. : "la métaphysique n’a pas l’épistémologie qu’elle mérite" (P. Engel). Mon opinion (que j’ai tenté de justifier dans de nombreux travaux historiques ou généraux) est que la métaphysique a un destin parallèle à celui de la philosophie – sans être obligé cependant de faire de la métaphysique un sommet ou un noyau – et que la métaphysique analytique qui a connu un développement récent, avec Kripke, Lewis et Armstrong notamment, est la continuation de la métaphysique classique, même si les méthodes utilisées ont changé (par exemple on utilise amplement l’analyse logique ou sémantique).
On peut remarquer notamment qu’une large partie de la métaphysique analytique est d’inspiration aristotélicienne (que l’on pense aux deux manuels les plus utilisés, celui de M. Loux, Metaphysics, et J. Lowe, A Survey of Metaphysics). De plus il est piquant de constater que la métaphysique et la philosophie analytique sont mises dans le même sac par les philosophes irrationalistes qui refusent ce qu’ils voient comme une mise au pas sur les méthodes scientifiques : chien et chat victimes de la même offensive ! Tout ceci renforce peu ou prou la continuité entre les deux formes de métaphysique. On peut remarquer que certains philosophes analytiques vont jusqu'à voir en Aristote un philosophe pré-analytique ou proto-analytique. On pourra s'en convaincre en revenant au texte de Miss Elizabeth Anscombe sur Aristote – Dominique Berlioz (qui a traduit, avec François Loth, From a Logical Point of View de John Heil) est en train de traduire pour les éditions Ithaque Three Philosophers de Peter Geach et Elizabeth Anscombe"
La situation éditoriale et dans une certaine mesure académique, même si les institutions philosophiques françaises sont particulièrement conservatrices, a cependant profondément changé. Il y a au moins deux collections de métaphysique, l’une, dans une maison vénérable et ruinée, les PUF, l’autre dans une maison jeune et dynamique, les éditions Ithaque, d’orientation d’ailleurs diamétralement opposée, la seconde se proposant de promouvoir apparemment la métaphysique analytique française (en annonçant des livres de Claudine Tiercelin, François Clementz). Un séminaire de métaphysique analytique a brièvement brillé dans une université qui joua par l’intermédiaire de G.G. Granger un rôle dans l’acclimatation (et pas seulement de l’importation) de la philosophie analytique, séminaire animé par Jean-Maurice Monnoyer qui publia plusieurs colloques tenus sur notre sol, dont le monumental La Structure du Monde, qui contient entre autres des textes inédits de Armstrong. Des blogs comme ceux de François Loth ou Julien Dutant et Florian Cova donnent toute leur place à l’émergence de la métaphysique. Par exemple, mis à part celui publié sur nonfiction, je n’ai pu obtenu un compte-rendu substantiel du Traité d’Ontologie que sur l'un de ces blogs, même si un magazine en a recommandé la lecture sur la plage (ah feuilleter Meinong sur le sable chaud). Des philosophes productifs, reconnus, toutes tendances confondues, qu’ils soient du côté de la pop philosophie ou de la philosophie rigoureuse, de Alain Badiou à Roger Pouivet, expriment des vues métaphysiques, ontologiques, sans autocensure particulière et sans que cela choque l’opinion. Le terme métaphysique (et son cousin le terme ‘ontologie’) est utilisé constamment (chose que j’avais déjà remarqué dans Qu’est-ce que la métaphysique ?) dans les media.
Qu’il semble donc loin le temps où la métaphysique en France était à la fois exposée aux sarcasmes des positivités et des naturalistes et au dédain affligé des heideggériens ! La métaphysique a connu dans les dernières années un développement indéniable. Les heideggériens semblent s’être évanouis dans la nature, les naturalistes ont d’autres chats à fouetter et on pourrait dans une bouffée d’optimisme voir se dessiner un avenir plein de promesses.
6 commentaires
invité
G. Riviere
JacquesBolo
C'est plutôt l'histoire de la philo/onto/métaphysique qui est du domaine du jeu sur les mots. Si une définition univoque de leurs objets était acquise, la question serait précisément réglée. Le problème des mondes possibles est plutôt de l'ordre du discours, et dans le cas de la philo d'une nécessité de sortir des ontologies solipsistes.
Sylvain Reboul
ex: en quoi les mondes possibles sont-ils possibles sans être réels ou simplement imaginaires et/ou logiquement construits? Il n'y a d'ontologie, me semble-t-il, que si l'on fait de l'être, en tant qu'être en soi univoque, un être connaissable, ce qu'Aristote avait déjà démontré comme impossible... Plus ou moins contre Platon et à son corps... pas trop
défendant.
JacquesBolo
J'ai proposé sur mon site (exergue.com) de substituer le terme "méthodologie" à ces tentatives un peu frileuse de recherche de légitimité académique, et j'y pratique une "méthodologie appliquée". On pourrait l'appeler "philosophie" ou "métaphysique", par compassion envers ces notions traditionnelles, ou "ontologie" en référence à son usage moderne en web sémantique. Mais ce serait encore trop de mansuétude. Il faut parfois trancher (dans le lard).