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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Le Figaro littéraire : un hebdomadaire politique et culturel de droite en guerre froide
[dimanche 06 mars 2011 - 22:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Le Figaro littéraire. Vie d'un hebdomadaire politique et culturel (1946-1971)
Claire Blandin
Éditeur : Nouveau Monde
655 pages / 49 € sur
Résumé : "Ni le twist ni le rock ne règnent dans nos couloirs" (Pierre Brisson)
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Le chantier d’histoire du Figaro est plus que jamais ouvert. Tardif, le premier ouvrage de synthèse sur le plus ancien quotidien français encore en activité n’a cependant pas tardé à se trouver des compléments. Claire Blandin, auteure en 2007 du Figaro. Deux siècles d’histoire (Armand Colin), vient en effet de publier récemment, aux éditions Nouveau Monde, deux titres utiles pour embrasser de façon plus approfondie l’histoire du journal. Conjointement aux actes du colloque de septembre 2006  , elle donne à lire sa thèse de doctorat consacrée au Figaro littéraire. Vie d’un hebdomadaire politique et culturel (1946-1971), plongée captivante au sein d’un acteur majeur du monde des lettres en France durant le troisième quart du XXe siècle.

Dans ce travail, Claire Blandin cherche d’abord à comprendre comment le projet de Pierre Brisson et Maurice Noël a pu donner naissance à un hebdomadaire lié à un important quotidien mais doté d’une rédaction autonome et vendu à part. L’histoire du Figaro littéraire est aussi celle d’un journal de quatre pages qui se mue peu à peu en magazine d’actualité. En cela, l’étudier revient à envisager des tendances lourdes de la presse française à travers un journal qui y occupe une place singulière et dont un des fils rouges est la tension entre littérature et politique à une époque – la guerre froide – où culture et politique sont étroitement imbriquées.

L’hebdomadaire du contre-engagement

Si c’est à partir de 1905 que la page "Lettres" du samedi devient un véritable supplément hebdomadaire du Figaro, le supplément doit à Pierre Brisson son développement. Le Figaro littéraire publie alors essentiellement des critiques, contes et nouvelles et reste en lisière des débats politico-littéraires particulièrement sensibles durant les années 1930. Sous l’Occupation, les pages littéraires du Figaro permettent de contourner la censure et Pierre Brisson fait vivre, le temps de deux numéros, un Figaro littéraire autonome du quotidien sabordé peu avant.

À la Libération, le paysage politique et culturel est radicalement transformé. Sur le plan politique, les droites paraissent affaiblies. Sur le plan intellectuel, épuration et impératif d’engagement vont de pair. Le monde de la presse est également remodelé sous l’influence des idéaux de la Résistance (dispositions interdisant la concentration des entreprises de presse, etc.). Les titres foisonnent mais les lecteurs de droite sont en quelque sorte orphelins et ne peuvent que se retrouver au Figaro, dont le sabordage l’a prémuni contre l’épuration et lui ouvre un important marché. De fait, le journal connaît une incroyable période de prospérité, avec un tirage avoisinant bientôt les 500.000 exemplaires.

Le Figaro littéraire renaît en deux étapes (mars 1946 et avril 1947) et se voit attribuer le prestigieux premier étage de l’immeuble du rond point des Champs Élysées. Il est alors dirigé par le tandem Pierre Brisson (directeur) – Maurice Noël (rédacteur en chef). François Mauriac, "prototype même de l’intellectuel catholique" – et qui sera auréolé en 1952 du prix Nobel de littérature – en est en quelque sorte le "parrain" bienveillant. De façon très prosaïque, la création du Littéraire est, pour Le Figaro, "un moyen de contourner la pénurie et d’utiliser la législation en vigueur." Mais il est évidemment plus que cela. C’est surtout, insiste l’auteure, un hebdomadaire littéraire créé par Pierre Brisson avec des objectifs bien précis, de sorte que, explique Claire Blandin, "Le Figaro littéraire peut être perçu comme une tentative de donner à la droite les canons de sa culture politique."

Bien que le supplément défende l’autonomie de la littérature à l’égard du politique, il prend également part à sa façon, guerre froide oblige, à l’engagement des intellectuels, notamment à travers le soutien à Jean-Paul Sartre lors de la publication des Mains sales, à Arthur Koestler pour Le Zéro et l’infini, ou encore à Victor Kravchenko. 1949 marque ainsi très clairement, pour Claire Blandin, "la naissance d’un contre-engagement dans Le Figaro littéraire." L’hebdomadaire s’érige alors en rempart contre l’influence des communistes Lettres françaises. De fait, démontre l’auteure, "La lecture du Figaro littéraire invite à relativiser l’hégémonie communiste dans le champ culturel français dans les premières années de guerre froide".

Titre du livre : Le Figaro littéraire. Vie d'un hebdomadaire politique et culturel (1946-1971)
Auteur : Claire Blandin
Éditeur : Nouveau Monde
Collection : Culture/Médias
Date de publication : 10/06/10
N° ISBN : 2847364382
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