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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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L’économie dans l’impasse ?
[jeudi 24 février 2011 - 15:00]
Economie
Couverture ouvrage
Zombie Economics. How dead ideas still walk among us
John Quiggin
Éditeur : Princeton University Press
216 pages / € sur
Résumé : La science économique et les économistes sont-ils responsables de la crise ?
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A la faveur de la crise, la science économique s’est vue remise en cause dans ses présupposés, ses méthodes et ses recommandations. A de rares exceptions – Saint Roubini priez pour nous   - les économistes ont été sommés par les profanes de s’expliquer sur leur incapacité à prévoir l’éclatement de la bulle immobilière américaine et ses conséquences, voire accusés d’avoir promu les idées et les politiques qui ont mené à la plus importante perturbation de l’économie mondiale depuis la Seconde Guerre Mondiale. Dans Zombie Economics, John Quiggin, économiste "behavioraliste" australien, reprend à son compte cette demande sociale de renouvellement, tente d’en trouver les justifications dans les limites intrinsèques de la théorie économique et tire un premier bilan – pessimiste – du chemin déjà parcouru par la profession.

Vie, mort et résurrection des doctrines économiques

L’auteur endosse de fait la version maximaliste de l’argument. Une rénovation profonde est nécessaire moins parce que les économistes ont été inutiles comme observateurs de l’enchaînement des événements que parce qu’ils en ont été des agents   en fournissant les outils intellectuels des politiques qui ont démantelé les institutions qui ont permis la croissance harmonieuses des Trente Glorieuses. De manière parfois légèrement désinvolte, la crise financière est systématiquement présentée comme le test ultime d’une série d’idées fondamentales de l’orthodoxie économique : l’efficience des marchés financiers (les prix des actifs financiers intègrent l’ensemble de l’information pertinente disponible), la "Grande Modération" (l’économie mondiale est devenue moins volatile depuis les années 1980), les modèles stochastiques d’équilibre général (l’analyse macroéconomique doit être fondée sur une analyse des comportements individuels, "microfondée" dans le jargon), la vertu des inégalités (les inégalités ne posent pas problème dans une économie entrepreneuriale florissante), la pertinence des privatisations (les ressources sont utilisées de manière plus efficace sous actionnariat privé).

Ces idées ont en commun d’être des "zombies" : alors qu’elles ont massivement échoué au test de la crise, elles continuent à frapper depuis le cimetière où elles devraient avoir été reléguées, car les habitudes intellectuelles, par routine, par manque d’alternatives immédiatement applicables, voire par mauvaise foi, ne sont pas si faciles à éradiquer.
L’ouvrage consacre chacun de ses cinq chapitres à retracer la naissance, la vie, la mort et la résurrection de ces idées mort-vivantes. Ceci dit, bien que les traitant de manière analogue, l’auteur ne place pas tous ses adversaires sur un pied d’égalité. L’affirmation selon laquelle la croissance rend la question des inégalités obsolète, que résume l’adage "la marée montante soulève tous les bateaux"   mérite ainsi à peine le titre de théorie, tant les soubassements empiriques lui ont de tous temps fait défaut. De l’évidence selon laquelle une imposition spoliatrice réduit les revenus de l’Etat en décourageant toute activité d’enrichissement personnel, connue sous le nom de courbe de Laffer, a été tirée une "théorie" de l’impôt justifiant la suppression de la progressivité de l’impôt sur le revenu via le rabotage des taux marginaux et célébrant le rôle moteur des plus riches dans la croissance économique.

Sa prévalence dans le débat économique anglo-saxon puis à un moindre degré européen est imputée à sa congruence avec le recul de la capacité des Etats à redistribuer les revenus dans un monde de capitaux plus mobiles, d’une part, et au rôle qu’a joué le recours croissant à l’endettement des ménages pour occulter la croissance des inégalités de revenus, en particulier aux Etats-Unis, d’autre part. Quiggin met en regard la diffusion des politiques inspirées des idées de Laffer et la chronologie des inégalités de revenu, principalement aux Etats-Unis.

Les années 1980, moment où Reagan met en place son très lafférien triptyque "baisse des impôts, augmentation des dépenses militaires, équilibre budgétaire", marquent le passage de la "Grande Contraction" de l’après Guerre, où selon Quiggin les politiques de redistribution et de stimulation de la demande ont permis la réduction des inégalités de revenus et l’accession d’une fraction croissante de la population à la classe moyenne, à la période de la "Grande Divergence" où le fossé recommence à s’élargir entre les plus riches et les plus pauvres. L’entreprise de démystification atteint son but dans l’ensemble, mais face à une opposition aussi faible Quiggin veut pousser son avantage trop loin en faisant de l’évolution des politiques fiscales le moteur de l’évolution des inégalités de revenus. Peut-être par excès de zèle contre les figures néoconservatrices impliquées dans cette histoire (la légende veut qu’Arthur Laffer ait pour la première fois tracé sa fameuse courbe sur une serviette en papier au cours d’un déjeuner avec Donald Rumsfeld et Dick Cheney), Quiggin en oublie de discuter sérieusement le rôle de l’évolution des technologies de production dans l’augmentation des différences de productivité et donc de revenus, théorie autrement plus en cours chez les économistes. Victoire facile, mais pas totalement convaincante, donc.

Titre du livre : Zombie Economics. How dead ideas still walk among us
Auteur : John Quiggin
Éditeur : Princeton University Press
Date de publication : 16/09/10
N° ISBN : 0691145822
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