On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’auteur effleure ici la difficulté majeure que rencontrent les partis à gauche de la social-démocratie : réussir à mobiliser des salariés atomisés et mis en concurrence, et surtout les convaincre qu’il est possible d'imposer un autre modèle par les urnes. Pourtant, l’homme politique ne va guère plus loin, son but étant justement de "faire partager un optimisme" … Alors il dresse la litanie des excès du CAC 40, conteste l’utilité sociale des grands patrons, dénonce les ravages d’une finance autonomisée de la sphère productive, remet à sa place Nicolas Anelka effarouché par les taux d’impôt français… Le tout pour mieux justifier le traitement qu’il préconise : une nouvelle nuit du 4 août, avec salaire et revenu maximum, et progressivité accrue de l’impôt, jusqu’à devenir confiscatoire au-delà de 30 000€ mensuels.
Bien que l’impact de ces mesures sur l’immense majorité des Français soit relativisé, elles signifient un conflit radical avec les détenteurs de capitaux. D’autant plus que la nuit du 4 août "mélenchonienne" n’est qu’une partie d’un dispositif qui vise à réduire les pouvoirs de la sphère financière, modifier les missions de la banque centrale, rapprocher le régime de propriété des entreprises du modèle de l’économie sociale, soustraire certains secteurs (comme l’énergie) à la concurrence… Bref, autant de contradictions avec l’Union européenne et la zone euro telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui. Mélenchon assume : il faudra sortir du traité de Lisbonne, pour recouvrer notre souveraineté. D’autant que l’Europe à laquelle il croyait, une Europe fédérale, semblable à une "République élargie" , cette Europe-là s’est selon lui définitivement éloignée, pour laisser place à une "monstrueuse broyeuse bureaucratique" , imposant régressions sociales et suivisme atlantiste à des peuples dont le vote est ignoré.
Plaidoyer pour une planification écologique
Parmi les nombreux articles du traité de Lisbonne que Mélenchon récuse, sont visés notamment ceux qui concernent le libre-échange. En effet, Qu’ils s’en aillent tous ! est aussi l’occasion pour lui de convaincre que sa conversion à la problématique écologiste est sincère. Pas par amour de la Nature pour elle-même, mais parce qu’il s’agit de préserver "l’écosystème qui rend possible la vie humaine" . En quelques pages, il démonte les tentatives de "verdir" le capitalisme, arguant que la nature de ce dernier est intrinsèquement productiviste. Dès lors, dans l’intérêt général des sociétés humaines (et c’est là que son écologie rejoint son républicanisme et son socialisme), il importe surtout de relocaliser les productions pour favoriser des circuits courts d’échange. Il s’agira aussi de mettre en œuvre une planification démocratique afin de transformer nos modes de production et de consommation . Enfin, il faudra sortir du nucléaire progressivement, dans le but de reconquérir une indépendance énergétique et de s’épargner une technologie dangereuse et productrice de déchets compliqués à traiter. Jean-Luc Mélenchon s’est donc approprié le sujet écologique, et le prouve en dévoilant des convictions assez claires. A ce titre, on notera la désignation significative de Martine Billard, une ex-Verte, à la co-présidence du Parti de Gauche.
Un partenariat franco-chinois ?
Sur le chapitre international, dernier thème de son livre, Jean-Luc Mélenchon met en garde contre les ferments guerriers qui continueraient d’agir en Europe, soulignant qu’ "à mesure que les problèmes sociaux s’accroissent, les solidarités se brisent" . D’où l’importance d’une réorientation des politiques européennes, et d’une nouvelle "hiérarchie des normes" pour que les échanges commerciaux soient subordonnés à des critères écologiques et sociaux . Par ailleurs, l’auteur recommande d’en finir avec l’alliance privilégiée avec les États-Unis. Dans un registre de "Realpolitik assumée", il relève que l’empire américain, fondé sur le dollar et sa capacité militaire, est sur la voie du déclin. Dès lors, la confrontation maladroite avec la Russie dans le cadre de l’OTAN, tout comme le projet de "grand marché transatlantique", seraient à remiser au profit d’un nouveau type d’alliances avec les pays émergents. Dont la Chine. Expédiant en deux lignes la nature dictatoriale et néolibérale de son régime, Mélenchon argue qu’il s’agit de notre indépendance, qu’ "en matière économique, on peut facilement se comprendre", et que "dans les relations internationales, [les Chinois] ne pratiquent pas l’impérialisme aveugle des Américains" . Sur ce dernier point, il n’est pas sûr que les pays d’Afrique ou les plus proches voisins de la Chine partagent la même opinion… quant au chapitre économique, la manipulation du taux de change de la monnaie chinoise et son dumping social sont tout bonnement éludés. Mais après tout, ces considérations "réalistes" peuvent se défendre. Encore faudrait-il éclaircir le paradoxe qu’il y a à vouloir dans le même temps substituer les délibérations de la CNUCED au G20, objectif louable s’il en est mais un peu irénique d’un point de vue… "Realpolitik".
Au final, l’essai de Jean-Luc Mélenchon est agréable à lire et expose ses principales propositions avec clarté. Certaines paraîtront trop radicales à certains, comme la sortie du traité de Lisbonne, dont on peut légitimement craindre les conséquences à terme. Pour autant, ses positions ont le mérite de la cohérence (ce qui se discute toutefois sur le plan international). Elles dévoilent en creux les impasses faites par le PS sur des questions aussi essentielles que le productivisme ou la nature de l’Union Européenne![]()
7 commentaires
De gauche aussi, mais mieux
Etant de gauche, je dois lutter contre une maladie qu'ont mes chers camarades : nazifier toute référence à la nation.
Non, le concept de nation n'est pas raciste en lui-même. Non, le concept de nation n'est pas fasciste. Il est possible de l'instrumentaliser pour en faire un outil du racisme, et c'est ce qu'en font les frontistes, mais tu ne peux pas le réduire à ça.
Le socialisme international, j'en rêve ! Seulement aujourd'hui, il faut être réaliste, et constater que la marche du monde ne va pas dans le sens de plus d'égalité et plus de démocratie. Le consensus libéral règne sur l'Europe et gagne une bonne partie du monde. Si nous voulons nous en préserver, il va falloir relocaliser une bonne partie de nos pouvoirs.
Pour ça, nous devons renforcer notre nation. Je n'ai pas peur de dire que j'aime la France et sa culture. Je n'ai pas peur de dire que j'ai envie de défendre sa culture et son patrimoine. Ça ne veut pas dire que je veux me fermer à l'immigration et construire des murailles le long des frontières.
De gauche...
Mélenchon, il est bien sympathique, mais je me pose une question : à l'époque, aurait-il suivi Jacques Doriot ou aurait-il suivi Maurice Thorez ?