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Chroniqueur politique

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Contre l'Etat prédateur
[mardi 07 septembre 2010 - 15:00]
Economie
Couverture ouvrage
L'Etat prédateur. Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant
James K. Galbraith
Éditeur : Seuil
311 pages / 21,85 € sur
Résumé : Dans un essai dense et convaincant, James K. Galbraith démontre comment la pensée économique conservatrice continue de paralyser la gauche, tout en servant de paravent à un vaste détournement des ressources de l’État au profit d’intérêts particuliers. 
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Comme l’avait déjà remarqué David Harvey  , la pratique des gouvernements conservateurs ne s’est pas toujours conformée aux principes de la doctrine néolibérale, laquelle a plutôt été instrumentalisée pour légitimer les réformes entreprises. Théoriquement en retrait de la vie économique, "l’Etat néolibéral" ferait même preuve, en réalité, d’un certain activisme lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts des élites économiques et financières. A partir du cas des États-Unis, c’est une histoire assez semblable que nous raconte James K. Galbraith dans L’Etat prédateur. Le cœur de l’ouvrage de cet économiste hétérodoxe, fils du célèbre John Galbraith consiste en l’exploration d’un paradoxe. Alors que le culte du marché continue de dominer le discours politique, tous les dogmes de la pensée économique conservatrice ont en réalité été abandonnés par la droite au pouvoir, après avoir été expérimentés sans succès réel. Selon la thèse défendue par l’auteur, ce paradoxe s’explique par le fait que le culte du marché n’est plus qu’une simple figure rhétorique destinée à masquer une toute autre réalité : celle d’un Etat non pas réduit, mais mis au service d’intérêt privés, à savoir ceux des détenteurs du pouvoir économique. L’ironie du sort étant que la gauche, elle, a fini par se convertir réellement à un certain nombre de dogmes conservateurs, ce qui l’empêcherait aujourd’hui de concevoir des politiques publiques alternatives, au service du bien commun. Les principales conséquences de cette situation selon Galbraith sont d’une part un triomphe des intérêts particuliers sur l’intérêt général, et d’autre part une réduction du périmètre du débat démocratique, autour d’un nombre limité d’options de politique économique. Au-delà du cas américain, c’est un "récit universel" que l’auteur entend proposer, celui de la subversion de l’idée de marché libre : même morte dans les faits, elle continuerait à affaiblir "ceux qui voulaient préserver les notions de sécurité collective, d’assistance mutuelle et de démocratie sociale"  .

Trois parties structurent cet ouvrage. Dans la première, Galbraith expose les principaux mythes de la pensée économique conservatrice. Dans la deuxième, il entend démontrer que ces mythes ont servi de paravent à un vaste détournement de ressources publiques au profit d’intérêts particuliers. Dans la troisième, l’auteur tente alors de défendre quelques solutions, avec la volonté de réhabiliter la planification et une politique salariale équitable.

 

Les dogmes conservateurs passés au crible

Au tournant des années 1980, le paradigme keynésien, semblant frappé d’obsolescence, est peu à peu abandonné par les gouvernements des pays développés. Ceux-ci se convertissent alors à une doctrine néolibérale qui réunit divers courants d’économistes ayant en commun une hostilité à Keynes et à l’intervention de l’État, ainsi qu’une croyance dans les mécanismes autorégulateurs du marché. Cette "révolution conservatrice" pouvait se résumer en quelques principes simples, parmi lesquels la baisse des impôts des plus riches, une politique monétaire restrictive destinée à terrasser l’inflation, et un assaut général contre les réglementations étatiques. Dressant un tableau apocalyptique des fruits de cette politique (crises financières, effets nuls sur l’investissement, malversations facilitées au sein des entreprises), l’auteur remarque néanmoins que de nombreux élus de gauche exaltent encore le marché par peur de paraître archaïques. Tentant de "libérer" leurs esprits, Galbraith s’attaque en premier lieu à "la liberté d’acheter" vantée aux masses par les puissants, et qui a supplanté une conception plus ambitieuse de la liberté en termes de participation politique et sociale. Il se livre alors à une critique du concept de "marché", dont il souligne l’imperfection permanente, et explique en quoi la "liberté d’acheter" sans intrusion des pouvoirs publics, se réduit en fait à la liberté des grandes entreprises de régir la vie économique.

Titre du livre : L'Etat prédateur. Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant
Auteur : James K. Galbraith
Éditeur : Seuil
Titre original : The Predator State. How Conservatives Abandoned the Free Market and Why Liberals Should Too
Nom du traducteur : Paul et Françoise Chemla
Collection : Economie humaine
Date de publication : 03/09/09
N° ISBN : 2020998009
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