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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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Naissance de l'Iran moderne
[vendredi 03 septembre 2010 - 11:00]
Moyen-Orient
Couverture ouvrage
Iran’s Constitutional Revolution : Popular Politics, Cultural Transformations and Transnational Connexions
H. E. Chehabi (dir.), Vanessa Martin (dir.)
Éditeur : IB Tauris
512 pages / € sur
Résumé : Un nouvel ouvrage collectif qui fait le point sur les dernières interprétations de la révolution iranienne de 1906.
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À la manière de l’Empire ottoman ou de la Chine des Qing, la Perse des Qadjars était sapée à la fois par l’impérialisme occidental (surtout russe et britannique) et par des forces centrifuges qui se développaient à mesure que le pouvoir central s’affaiblissait. Incapable de répondre aux défis de la modernité, la monarchie Qadjar était contestée, à la fin du XIXe siècle par une série de mouvements, intégrant des marchands, des religieux et des intellectuels radicaux qui culminent avec la révolution constitutionnelle de 1906-1911. Un an après la révolution russe de 1905 et avant l’épisode Jeunes Turcs ou la République chinoise de 1912, la Perse se dotait d’une constitution et d’une Assemblée, le Majles. Rapidement cependant, l’euphorie céda à un état de guerre attisé par les puissances étrangères et l’Iran sombrait pendant près de quinze ans dans l’anarchie.

Événement fondateur de l’Iran moderne, la révolution constitutionnelle de 1906 a suscité, dès son éclatement, une profusion d’analyses et d’interprétations. Dans les années trente, les analyses classiques de Kasravi avaient vu dans l’effondrement de la monarchie Qadjar la victoire du sentiment national et des idéaux des Lumières sur un système archaïque marqué par la prédominance des religieux et l’impérialisme étranger. Depuis la révolution de 1979, la révolution constitutionnelle a cependant été l’objet d’un renouveau historiographique sans précédent, essentiellement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Des auteurs comme Ervand Abrahamian, Janet Afary, Mangol Bayat, Nikki Keddie ou Vanessa Martin (pour ne citer que les plus connus) ont largement renouvelé les thèmes et les interprétations de ce moment majeur de l’histoire de l’Iran, mais aussi du monde musulman.

La dernière publication sur le sujet, issue d’une journée d’études à Oxford en 2006, fait le point sur les champs de recherche les plus récents. L’ouvrage, édité par Houchang Chehabi et Vanessa Martin, rassemble les contributions des meilleurs spécialistes de cette période. Il est divisé en cinq sections consacrées respectivement à l’historiographie de la révolution, aux processus de formation de l’Etat et du sentiment national, au rôle des intellectuels et aux répercussions internationales de l’événement. Plutôt que d’essayer de résumer cette somme de contributions très diverses, nous avons choisi ici de la parcourir en insistant sur quelques développements qui nous ont paru refléter la complexité et la richesse de cet événement.


La révolution comme "lieu de mémoire"

Sans doute l’un des aspects les plus novateurs et féconds de l’ouvrage de Houchang E. Chehabi et Vanessa Martin réside dans l’attention au jeu entre l’histoire et la mémoire de la révolution iranienne. La majorité des contributions détaille ainsi les perceptions multiples de l’événement, à travers l’étude de la presse, de la littérature ou de la photographie. 

S’inspirant des travaux de Pierre Nora en France, mais aussi d’Etienne François et Hagen Schulze en Allemagne, Anja Pistor-Hatam esquisse une définition de la révolution de 1906 comme "lieu de mémoire" à travers le personnage mythique de Sattar Khan. Bandit les quarante premières  années de sa vie, Sattar Khan devient l’un des principaux chefs militaires de la révolutionen hissant le drapeau des constitutionnalistes à Téhéran puis en défendant héroïquement Tabriz, assiégée entre juin 1908 et mai 1909. Par la suite, il est éloigné par le gouvernement dans une série de missions qui tournent toutes au fiasco, puis meurt abandonné en 1914. Criminel, homme du peuple, musulman, héros national, Sattar Khan a représenté pour ses contemporains une figure marquante. Les historiens de cette époque, comme les nombreuses photographies qui le mettent en scène, ont inscrit sa place au panthéon de la révolution. 

De même, Reza Sheikh tente de reconstituer l’évolution de la notion de l’identité nationale à travers la photographie. En étudiant des albums essentiellement issus de collections privées, l’auteur montre que l’image photographique, au début monopolisée par le souverain Qadjar – Pivot de l’Univers – devient un moyen d’affirmation de soi pour les associations de marchands et des constitutionalistes. Le medium photographique reflète ainsi un nouvel ordre politique et historique dans lequel le peuple tient la place principale, qu’il soit conquérant ou humilié, à travers les nombreuses images d’exécution.

Titre du livre : Iran’s Constitutional Revolution : Popular Politics, Cultural Transformations and Transnational Connexions
Auteur : H. E. Chehabi (dir.), Vanessa Martin (dir.)
Éditeur : IB Tauris
Collection : International Library of Iranian Studies
Date de publication : 01/07/10
N° ISBN : 978-1-84885-415-4
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