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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Visions mystiques de la guerre
[mardi 31 août 2010 - 09:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
La Mystique face aux guerres mondiales
Dominique de Courcelles et Ghislain Waterlot (dir.)
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
304 pages / 20,90 € sur
Résumé : Du culte de Thérèse de Lisieux dans les tranchées aux idées de Bergson sur la guerre mystique, en passant par les origines du "christianisme allemand", un ensemble d’études sur les rapports troubles de la mystique et de la guerre au XXe siècle.
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Le miroir franco-allemand


Ne retrouve-t-on pas chez Bergson quelque chose des idées allemandes en version française (c’est-à-dire optimiste, universaliste et détendue, par contraste avec la version originale), dans le thème d’une religion patriotique et le rapport paradoxal chez lui (bien analysé par Jean-Louis Vieillard-Baron et Ghislain Waterlot) entre le mysticisme comme expérience individuelle et comme "élan collectif" ? L’exaltation de "l’âme" de la France par Bergson, contrastant avec le primat de la force dans cette Allemagne "devenue définitivement une nation de proie", pourrait parfaitement se dire dans le langage allemand de la lutte entre la "culture" et la "civilisation". Bergson va jusqu’à formuler une curieuse analogie entre le mystique comme personnalité exceptionnelle et la masse des soldats ordinaires, "comme si le soldat français avait amené son âme à ne plus faire qu’un avec l’unité de la patrie, tirant alors, de cette coïncidence avec quelque chose qui tient de l’infini et de l’éternel, la force d’aller n’importe où, même à la mort certaine, avec un sentiment de sécurité"  .

Cette vue de Bergson est aussi fragile que périlleuse : l’idéalisation de la France est le symétrique de l’idéalisation de l’Allemagne de la Kultur ; qui décide qu’une guerre est mystique, et "comment savoir qu’on n’est pas la dupe d’enjeux beaucoup moins relevés que ceux pour lesquels on pensait se battre ?", comme le relève Jean-Louis Vieillard-Baron  .

Que l’universel abstrait à la française et la particularité organique à l’allemande se tiennent autant qu’ils s’opposent, comme les deux faces d’une même médaille, c’est ce que montre également le cas des sociologues français, Durkheim, Lévy-Bruhl, mais aussi Bataille et Lévi-Strauss (voir l’étude de Frédéric Keck).

Au-delà du disparate inévitable du livre, deux thèmes émergent en filigrane : la comparaison entre la France et l’Allemagne, comme deux versions semblables et contraires d’une mystique politique, et le rôle séminal de la Grande Guerre, qui fut non seulement le point de départ des malheurs du siècle mais aussi le schème conceptuel à travers lequel la guerre suivante sera comprise.

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