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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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L'Antiquité détournée
[mardi 02 décembre 2008 - 15:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Le national-socialisme et l'Antiquité
Johann Chapoutot
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
544 pages / 26,60 € sur
Résumé : Une étude historique, littéraire et épistémologique magistrale sur l’utilisation de la référence antique par les nazis.
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"Quand on nous demande qui sont nos ancêtres, il faut toujours répondre : les Grecs" . Ce propos privé d’Hitler résume assez bien le point de départ de la réflexion autour du rapport des nazis à l’Antiquité méditerranéenne. Phénomène totalitaire, le nazisme a eu recours à un discours historique mythologique et mythifié, très bien déconstruit par Johann Chapoutot. L’auteur, actuellement maître de conférence en histoire à l’université Pierre Mendès France de Grenoble et qui publie là sa thèse soutenue en 2006, attribue une triple fonction à ce discours historique : inscrire le peuple allemand dans une identité glorieuse, donner à voir un modèle politique et culturel dont l’imitation doit permettre la domination et enfin entretenir la vigilance et la résistance du peuple confronté au combat ultime.

 

Refonder le mythe des origines

L’annexion de l’Antiquité par les nazis consiste d’abord à refonder le mythe des origines de la race aryenne. L’exemple du peuple germain ne peut, pour Hitler, constituer une source d’inspiration, ceux-ci étant bien trop arriérés. Il s’oppose d’ailleurs en cela à la S.S et à Himmler, qui envoie nombre d’archéologues exhumer les restes d’une préhistoire germanique, trop peu flatteuse aux yeux du Führer . Avec la complaisance d’un certain nombre d’universitaires, qui ne sont en cela que les dignes héritiers des historiens allemands du XIXe siècle,  s’ancre dans le champ scientifique puis dans l’espace public l’idée que les Grecs et les Romains sont des peuples nordiques, retournant en cela l’idée de l’origine orientale du peuplement européen en mythe de l’indogermanité. La démonstration va même plus loin et consiste à démontrer qu’Athènes, puis Rome, n’ont pu atteindre un niveau de développement élevé que grâce à l’apport de ces populations nordiques, leur chute étant parallèlement analysée comme la conséquence d’une dénordification de ces civilisations. Ce discours des origines revêt à la fois une fonction identitaire mais aussi une fonction expansionniste, la race nordique étant de fait partout chez elle en Europe – et viendra même parfaitement justifier l’invasion de la Grèce en 1941.

Cette identification conduit les nazis à vouloir promouvoir un certain nombre de caractéristiques bien choisies des empires grecs et romains. Dans ce cadre, la Grèce fait l’objet d’une attention toute particulière, tant par l’exemplarité du modèle spartiate que par l’identification de Rome à la France, qui décrédibilise pour partie le modèle romain, dans ses aspects culturels. Le IIIe Reich semble se voir et se vivre comme la seconde Sparte, reprenant à son compte l’exaltation des valeurs de la guerre, du renoncement à soi, du sacrifice. Cette exaltation se retrouve dans la fascination pour le corps, miroir de l’esprit qui doit être sublimé par le sport, ou corps représenté qui reprend des éléments de la statuaire grec, comme le fait Arno Breker , ces deux corps constituant des modèles réciproques. La théorie politique est elle aussi sujette à une relecture qui fait de Platon le penseur précurseur du holisme et de l’inégalité raciale nécessaire à la constitution d’une société "saine" face à Socrate, le métèque décadent, qualifié de social-démocrate internationaliste. Les politiques et institutions sont elles aussi étudiées, analysées, afin de reprendre une partie de ce qui, selon la grille de lecture nazie, a fait le succès des Empires et en particulier cette fois de l’Empire romain, modèle et défi pour le IIIe Reich . Ainsi, les légions romaines doivent servir de modèle à la Wehrmacht, tant pour leur modèle de conquête que pour leur format d’armée ; les autoroutes du Reich ne sont que la reprise des grandes voies romaines qui contribuèrent à unifier l’Empire et les bâtiments du nouveau Berlin sont pleins de citations architecturales romaines, Hitler ayant décidé de surpasser en taille les plus grands bâtiments de l’Empire dont le souvenir était parvenu à ses contemporains.

Titre du livre : Le national-socialisme et l'Antiquité
Auteur : Johann Chapoutot
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Le Nœud Gordien
Date de publication : 01/10/08
N° ISBN : 978-2-13-056645-8
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