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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Quelle "rationalité" pour le nazisme ?
[dimanche 11 juillet 2010 - 11:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Werner Best. Un nazi de l’ombre (1903 – 1989)
Ulrich Werner
Éditeur : Tallandier
555 pages / 32 € sur
Résumé : Une analyse poussée de la vie d'un responsable des crimes du national-socialisme.
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Werner Best est mort en 1989, quelques mois à peine avant la chute du mur de Berlin. Cet homme, né en 1903, est peu connu. Il a pourtant été, avec Reinhard Heydrich et Heinrich Himmler, l’un des architectes de la machine de mort nationale-socialiste. "Nazi de l’ombre", certes, car la postérité n’a retenu qu’une poignée de hauts dirigeants, il n’en est pas moins responsable de plusieurs milliers de morts. C’est l’itinéraire de cet homme que se propose d’analyser l’historien Ulrich Werner, dans un ouvrage paru en 1996 en Allemagne, aujourd’hui traduit aux éditions Tallandier.
   
Best est né à Darmstadt, fils d’un inspecteur des postes. Son père est mort durant la Première Guerre mondiale : pour Werner et sa famille, cet événement a marqué le début d’un déclassement social. L’adolescent le met en parallèle avec ce qu’il considère être le déclin national infligé à l’Allemagne par la défaite et le traité de Versailles. Best s’engagea conjointement dans ses études de droit et dans un militantisme d’extrême-droite nationaliste au sein d’associations étudiantes. À cette époque, on désignait l’ensemble de cette nébuleuse par le terme völkisch – du mot Volk, peuple – un mouvement qui voulait substituer aux idées de Nation ou d’État celle de peuple, notion puisée dans une vision organique de la société. Les universités étaient, sous Weimar, très conservatrices, et ce fût au sein d’une corporation étudiante, la Hochschulring, que Best fit ses premiers pas d’idéologue, et participa à ses premiers combats politiques. Il passa sa vingt-et-unième année en prison, arrêté par les autorités françaises qui occupaient alors la Rhénanie  . Il obtint sa thèse de doctorat sur le thème de "l’incapacité volontaire à conclure une convention collective" en 1927, et produisit, dès cette époque, un important corpus idéologique völkisch. C’est en espérant faire triompher sa propre vision idéologique qu’il rentra le 1er novembre 1930 au parti nazi. Guidé par une "aspiration effrénée à jouer un rôle public…"   et un fervent élitisme, il entra à la SS en novembre 1931, pour devenir, à la prise du pouvoir par les Nazis, Premier commissaire de l’État de Hesse pour les affaires de police. Il contrôla par la suite, en avril 1934, "toute l’activité du SD en Allemagne du Sud"  . Durant les années 1933 – 1939, il devint le numéro trois de la Gestapo, derrière Himmler et Heydrich  , et ce fût lui qui permit à la police du Reich de conquérir petit à petit sa sphère d’autonomie par rapport à l’administration générale  . Un conflit avec Heydrich le conduisit, au moment du déclenchement de la guerre, à être relégué dans l’administration d’occupation policière en France. Mais il fut remarqué pour ses théories völkisch d’occupation, et nommé pour trente mois, le 5 mai 1942, "plénipotenciaire du Reich" au Danemark. Il finit la guerre à Copenhague, où il fût arrêté le 21 mai 1945. Condamné à plusieurs reprises, avec pour chef d’accusation notable, le meurtre d’au moins 8 723 personnes en Pologne au début de la guerre, il ne passa finalement qu’une dizaine d’années en prison, de 1945 à 1951, puis de 1969 à 1974. Ses capacités juridiques comme les hésitations de la politique de dénazification lui permirent de développer pendant plus de quarante ans un argumentaire de justification de son action politique, dont il abreuva les Cours et les historiens qui le sollicitaient.

Il ne s’agit pas d’une biographie classique, tant s’en faut. Le titre allemand   est clair : cette "étude sur le radicalisme, la conception du monde et la raison" s’attache moins à faire comprendre la personnalité d’un bourreau, sous la forme d’une enième psychopathologie pseudo historienne, qu’à expliciter "sur le plan historique" comme "sur le plan de l’individu" un "assemblage d’extrémisme, d’impulsion fondée sur une conception du monde et d’une forme spécifique de raison – d’une rationalité idéologique intérieure d’une part, d’une efficacité et d’une Sachlichkeit alliant procédés d’approche rationnelle et hypothèses idéologiques de base, d’autre part"  . Le mot Sachlichkeit, conservé en Allemand dans la traduction française, est difficile à traduire. Il tire son origine du mot Sache – la chose : c’est ce caractère efficace et concret qui forme le leitmotiv des actions de Best. Évacuer toute empathie et toute émotion dans ses actions politiques était pour lui une vertu cardinale.

Titre du livre : Werner Best. Un nazi de l’ombre (1903 – 1989)
Auteur : Ulrich Werner
Éditeur : Tallandier
Collection : Biographies
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 2847344373
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3 commentaires

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JacquesBolo

27/08/10 18:30
Encore quelqu'un qui considère de façon volkish (raciste) que les mots sont intraduisibles. C'est précisément une position au pire anti-Lumières que j'ai déjà analysée à propos du livre de Faye (voir: http://www.exergue.com/h/2006-08/tt/traductibilite01.html), et au mieux puérilement pédante (avec quand même un coté élitiste douteux).

En outre, cette nouvelle explication des causes du nazisme, me paraît tout aussi douteuse que les autres (surtout si elle vise à les remplacer totalement).
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Nicolas Patin

20/07/10 23:11
Cher Monsieur Boriliens,
Merci de vos remarques. Je pense effectivement que l'opposition rationalité/irrationalité est centrale dans la compréhension du nazisme - ou plutôt de la manière dont les historiens écrivent et décrivent le national-socialisme. Il reste encore beaucoup à faire sur ce sujet.
Merci.
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Pierre M. Boriliens

18/07/10 16:32
Bonjour,

Vous utilisez à plusieurs reprise les mots völkisch ou das Volk. C'est aussi intraduisible que Sachlichkeit et les mots français populaire ou peuple passent à côté d'une connotation fondamentale en allemand, que l'on doit à Herder (et que Kant déjà dénonçait). Pour ce philosophe, violemment opposé aux Lumières, les peuples ont une âme qu'ils tiennent de Dieu, alors que pour Montesquieu, par exemple, les peuples se définissent plutôt par des us et coutumes qui relèvent de l'histoire, de la géographie, etc. Je simplifie, bien entendu. Il existe ainsi un courant de pensée, que l'historien Zeev Sternhell nomme Les anti-Lumières dans l'ouvrage éponyme et qu'il suit en détails tout au long du XIX siècle presque jusqu'à aujourd'hui.

Alors effectivement, avec ce Volk pourvu d'un âme, il est tout-à-fait possible d'appeler la "science" à la rescousse, sous la forme du darwinisme social, des théories racialistes, etc. pour tâcher de "démontrer" rationnellement la supériorité d'un Volk sur un autre, puis, une fois la "démonstration" faite et les conséquences tirées, procéder avec toute la Sachlichkeit voulue à la mise en oeuvre que l'on sait.

Je vais bien entendu lire l'ouvrage d'Ulrich Werner, que vous présentez de manière passionnante, pour voir dans quel sens il pense qu'avec le nazisme nous serions au-delà de l'opposition rationalité/irrationalité, car c'est une question qui me paraît fondamentale, encore aujourd'hui...

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