On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
1940, c’est également Dakar. En septembre, de Gaulle, accompagné d’une flottille de la Marine britannique, de quelques navires et de quelques troupes de la France libre, tente de rallier le port de Dakar, espérant entraîner toute l’Afrique occidentale française. C’est l’échec et un des moments les plus difficiles de la carrière du Général, avec les crises qui l’opposent à Churchill pendant la guerre, la démission de 1946, les revers du RPF, la déception du ballotage à l’élection présidentielle de 1965 et le départ définitif de 1969 .
Cet échec coûta cher à la jeune et encore fragile organisation que l’homme du 18 juin s’acharnait à créer. Dans son excellente étude sur les Français libres Jean-François Muracciole démontre comment l’échec de l’expédition de Dakar provoqua une "traversée du désert" des recrutements pour la France libre. Il est admis que ce grave revers faillit même être fatal puisque les historiens disposent de sources attestant que de Gaulle en ressortit profondément déprimé voire, selon l’aveu qu’il en aurait fait à Philippe Dechartre et à René Pleven, qu’il aurait alors songé à se suicider.
Cette tentation incertaine est une des raisons pour lesquelles Patrick Girard a intitulé son ouvrage consacré à cet épisode de la vie du Général, de la Deuxième Guerre mondiale et du gaullisme, le mystère de Dakar.
Illusions et impréparation
L’auteur, historien de formation, ancien attaché de recherches au CNRS avant de se lancer dans le journalisme, s’intéresse à l’ensemble de l’expédition, de sa conception et sa réalisation, à la trace qu’elle laissa dans la mémoire gaulliste. Sur les faits eux-mêmes, Patrick Girard n’apporte aucune information nouvelle susceptible de compléter ce que de précédentes études ont établi, comme l’histoire de la France libre de Jean-Louis Crémieux-Brilhac et surtout l’ouvrage que lui ont consacré Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan . Par contre, il remet en cause une partie de la version qu’en fit de Gaulle dans ses Mémoires et explique la relative discrétion dans laquelle "la légende gaullienne" a maintenu cet épisode par le fait que la responsabilité du Général, dans ce que Girard appelle à plusieurs reprises un "fiasco", est engagée.
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