On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

"Jamais, aux Forces Françaises Libres, nous n’avons été des émigrés. Jamais Londres, pour nous, ne fut Coblentz". Ces mots de Jacques Soustelle permettent de comprendre la nature des accusations qui furent portées à l’égard de la France Libre ), dans un pays où l’émigration est un quasi-synonyme de contre-révolution. Or, c’est à Londres qu’est née la France Libre : les défenseurs du régime de Vichy n’auraient de cesse, à partir des années 1950, de voir en ces débuts-là une tache indélébile. Quitter le pays en 1940 aurait été, à les entendre, une solution de "facilité", une forme de désertion repeinte après coup aux couleurs du courage. Sans partager ce point de vue, certains résistants de l’intérieur ne manquèrent pas, dans leurs mémoires, de comparer les risques encourus en métropole aux vies "confortables" des "Français de l’extérieur". Les uns comme les autres confondaient institutions et combattants de la France Libre. Mais les réminiscences du "péché originel" du mouvement gaulliste – être né à l’étranger - demeurent perceptibles encore aujourd’hui. On parle certes de la France Libre comme d’une forme de "résistance", mais c’est pour lui accoler trop souvent l’adjectif d’"extérieure". Cette précision sémantique la distingue et la déprécie par rapport à "la Résistance" avec majuscule, celle qui fut menée depuis l’intérieur du territoire.
Dans cet ouvrage, qui correspond à son habilitation à diriger les recherches, Jean-François Muracciole, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Montpellier III, dresse un portrait sociologique, interroge les motivations et étudie la mémoire de cette "autre résistance".
"Les croisés de la Croix de Lorraine"
La première préoccupation de Jean-François Muracciole est de cerner au plus près son objet d’étude, car les définitions préexistantes ne rendent qu’imparfaitement compte de l’originalité des "phénomènes" France Libre et Français libre. Ainsi, la définition communément admise de la Résistance proposée par François Bédarida d’une "action clandestine, menée au nom de la liberté de la nation et de la dignité de la personne humaine, par des volontaires s’organisant pour lutter contre la domination et, le plus souvent, l’occupation de leur pays par un régime nazi ou fasciste ou satellite, ou alliée " exclut le soldat en uniforme combattant hors de France qu’est Leclerc. De même, la définition juridique de 1953, "les militaires ayant fait partie des F.F.L. entre le 18 juin 1940 et le 31 juillet 1943", élimine les civils comme Cassin ou Pleven. Si l’auteur conserve en partie cette définition juridique, il y ajoute des éléments aussi fondamentaux que l’engagement volontaire et l’insertion dans une Résistance hors de métropole.
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Phocas