Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Objection (de croissance), votre honneur !
[dimanche 30 mai 2010 - 10:00]
Environnement et développement durable
Couverture ouvrage
La décroissance. Dix questions pour comprendre et débattre
Denis Bayon, Fabrice Flipo, François Schneider
Éditeur : La Découverte
240 pages
Résumé : Trois auteurs tordent le cou aux légendes concernant la décroissance.
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L’utopie de la décroissance ?

La décroissance, prétend-on, n’est qu’une horrible utopie ; ses partisans forment une secte d’un nouveau genre ; les solutions qu’ils avancent sont irréalistes.

Mais où se situe l’utopie ? Dans le fait de trouver, sans cesse, des solutions technologiques à des problèmes environnementaux, alors que nul n’ignore plus que toutes les solutions techniques produisent en retour toujours plus d’entropie ?

Lequel peut-être dit religieux ou mystique : celui qui promeut la simplicité volontaire pour permettre à chacun de vivre bien, de vivre mieux, ou celui qui pense que chacun pourra vivre conformément à l’"American way of life", bien installé dans son pavillon de banlieue, ou paradant au volant d’un 4x4 rutilant ? Le capitalisme entretient l’illusion que l’option qu’il définit au sein des systèmes économiques exclut toutes les autres.

Il est donc bon de rappeler que la technique n’existe pas à la façon d’un fait de nature, mais bien évidemment à la façon d’un événement historiquement déterminé  , qu’elle n’est pas étrangère, dans sa genèse et son développement, à un acte de foi et à un système de croyances. Il faut une confiance toute religieuse en l’efficacité de la technique pour ne pas délaisser ses outils, alors même qu’ils ont prouvé à maintes reprises leurs nocivités.

Décroissance et tentation totalitaire

Qui est vraiment totalitaire ? Les partisans de la décroissance, qui appellent à plus de démocratie et d’autonomie, et qui souhaitent organiser des unités de vie en commun permettant une démocratie directe, ou bien les défenseurs du système capitaliste et productiviste, dont les technologies se sont révélées à la fois opaques et anti-démocratiques ? Songeons par exemple que le "débat" sur les nanotechnologies a eu lieu après leur diffusion dans la vie quotidienne, et que les questions soumises à la sagacité des citoyens ne portaient pas alors sur le bien fondé d’une telle technologie, mais sur son application à tel ou tel domaine  . La technique comme religion est le premier ferment de l’idée anti-démocratique, de la confiscation par les experts de la destinée des individus.

La théorie décroissante propose une critique massive de ce système : "le problème n’est pas ‘d’internaliser les externalités’ de manière technocratique, mais de mettre en cause la rationalité économique au profit d’une autre rationalité s’appuyant sur une autre conception de la nature, de la liberté et des droits"  .

Paradoxalement, il apparaît que tout ce qui est imputé aux objecteurs de croissance – la tentation autoritaire, le sectarisme, la récession catastrophique – constitue bien plutôt les traits les plus distinctifs du système qu’ils critiquent : à savoir, le productivisme.

Quelques pistes et perpectives

D’autres chapitres du livre mériteraient d’être commentés. Le chapitre 7, consacré au chômage, à la récession et à l’économie capitaliste, est par exemple un traité de critique économique à lui tout seul. Les trois auteurs réussissent là un tour de force : résumer avec clarté, dans toute sa diversité, une doctrine vieille de trente ans, et lui adjoindre des propositions qui leur sont propres. En ce sens, ce livre permet non seulement de "comprendre et débattre", mais encore d’ouvrir, par son ampleur de vue, des pistes permettant d’aller au-delà de certains débats actuels  .

Face à la tendance des élites et des institutions à "se protéger elles-mêmes" et à "gérer l’acceptabilité sociale du risque" collectif qu’elles ont produit  , il est urgent de lire ce livre qui nous donne des armes pour comprendre l’impasse écologique actuelle.

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