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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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[vendredi 21 mai 2010 - 21:00]
Environnement et développement durable
Couverture ouvrage
L'avenir est notre poubelle. L'alternative de la décroissance
Jean-Luc Coudray
Éditeur : Sulliver
142 pages / 13,30 € sur
Résumé : Un recueil d'aphorismes contre la société productiviste.
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La décroissance, avant d’être une doctrine, est une pratique. En reconnaissant qu’une croissance infinie est impossible dans un monde fini, ses partisans tentent de réduire leur consommation et leur production. Cela concerne évidemment les principaux responsables des diverses pollutions, visibles ou invisibles, qui ne sont pas d’hypothétiques Chinois menaçants, mais bien les pays Occidentaux – les USA en tête – qui consomment à eux seuls 80 % des ressources mondiales, et rejettent, par tête de pipe, bien plus de CO2 que n’importe quel habitant des pays dits "en développement".

Une pratique individuelle, donc, qui peine à faire doctrine, dans la mesure où tel serait d’ailleurs son souhait. Elle ne manque pourtant pas de fondateurs de talent – de Nicholas Georgescu-Roegen à Ivan Illich, en passant par Jacques Ellul ou François Partant. Quant aux représentants les mieux connus de la seconde génération, tels que Serge Latouche, Paul Ariès ou Vincent Cheynet, ils sont à Nicholas Georgescu-Roegen ce que Jules Guesde a été à Karl Marx en France : à savoir, d’habiles propagandistes. De publications en publications, les problèmes que soulève cette doctrine nébuleuse semblent plutôt perdurer que trouver une solution.

Et alors ? C’est bien parce que les ennemis de la décroissance voudraient qu’elle livre une solution englobante à tous les problèmes de la société actuelle qu’on lui reproche de laisser toujours dans l’ombre telle ou telle question. Si on la considère pour ce qu’elle est, une pratique faite doctrine, inégale, contradictoire à bien des égards, on y trouve alors une substance : celle d’une critique radicale de la société capitaliste, mais qui n’a pas – pas encore ? – vocation à être un programme de pédagogie politique.

Un manuel d'objecteur de croissance ?

Toutes ces contradictions se retrouvent dans l’ouvrage de Jean-Luc Coudray, au titre évocateur – L’Avenir est notre poubelle. Bien que son auteur se soit présenté aux élections législatives de 2007 en Gironde pour le Parti Pour la Décroissance, et ait obtenu près de 1 % des voix, il ne s’agit en rien d’un programme partisan.

Le livre de 140 pages qu'il publie est un court recueil de poésie, d’aphorismes, de rêveries sur la société productiviste et ses dysfonctionnements. Son auteur, qui dessine et écrit depuis bientôt trente ans dans de nombreux revues et livres, persiste et signe dans une forme qu’il maîtrise bien et qu’il revendique, la forme courte. Le livre se présente comme une suite de petits articles qui existent pour eux-mêmes, et peuvent être lus séparément. Ce qui guide l’écriture, c’est "le biais de la sensibilité", comme le souligne l’auteur sur son site internet. Sous peine d’être déçu, il ne faut donc pas y chercher un manuel du parfait objecteur de croissance ; mais chaque page regorge de formules habiles et percutantes, qui rythment cette rêverie aux contours flous.

Titre du livre : L'avenir est notre poubelle. L'alternative de la décroissance
Auteur : Jean-Luc Coudray
Éditeur : Sulliver
Collection : Idées libres
Date de publication : 21/05/10
N° ISBN : 978-2351220627
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3 commentaires

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Nicolas Patin

01/06/10 10:08
Cher Monsieur Coudray,

Je voulais d'abord vraiment vous remercier d'avoir pris la peine d'écrire une réponse sur ce site. J'espère que vous avez senti, au-delà des critiques, à quel point j'ai apprécié votre livre. Si ce n'est pas le cas, ma critique est mal formulée.
+ Sur la "vision condescendante du petit peuple", c'est une généralisation que je fais à partir de votre livre. Cependant, le problème reste entier; pour moi, la décroissance n'a pas encore réussi à former un discours cohérent sur la société de consommation de masse. Que les gens achètent un pavillon, c'est souvent par nécessité, par pénurie d'autres offres possibles : pour remplir ce besoin (et non pas un désir) fondamental d'être logé, ils n'ont pas beaucoup d'autre choix. La question ne se pose donc pas, pour moi, dans le laid ou le beau, mais dans la politique des promoteurs immobiliers.
+ Sur la question hiérarchique : nous sommes d'accord
+ Sur la question spirituelle, je fais amende honorable : je suis et reste très peu ouvert aux questions spirituelles, c'est une de mes limites. Aussi, et j'en parlais déjà dans une recension précédente, j'ai du mal à percevoir l'avantage collectif d'une pratique de spiritualité intérieure. Cependant, je vous accorde que j'ai été un peu rapide en mettant "dans le même sac" la spiritualité telle que vous la défendez et le "New Age", dont on trouve une très bonne critique dans le livre de Heath et Potter, "Révolte consommée".

Merci donc, de ces précisions
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Jean-Luc Coudray

28/05/10 15:51
Je remercie Nicolas Patin de sa critique tout-à-fait intéressante de mon livre autour de la décroissance et de sa lecture. Toutefois, certaines remarques m’amènent à préciser certains points de vue.
Tout d’abord, la décroissance ne se résume pas à une pratique individuelle, c’est-à-dire à inciter et additionner les vertus, mais entend bien également organiser des réactions à un niveau collectif, même si ces réponses sont plurielles et n’entendent pas s’organiser en un système planifié, à l’image même des planifications capitalistes.
Il ne s’agit pas ensuite d’une doctrine. Elle se défend justement d’être une idéologie et un système de pensée, afin d’éviter les excès de la raison pour préférer le raisonnable.

Ensuite, par rapport à mon livre :

- Je ne vois aucunement dans mon livre une “vision condescendante du petit peuple”. D’abord, je ne cite jamais aucune couche sociale. Ensuite, le comportement de consommation appartient autant à la bourgeoisie qu’aux autres, classe souvent plus encore conformiste que les autres.
Lorsqu’on se demande qui fixe les canons de beauté, à propos de ma critique de la laideur des paysages commerçants… je trouve cet argument irrecevable. Car, en rejetant la laideur dans le domaine du non-prouvable, on en fait une dimension arbitraire, sans contenu : plus personne n’a alors le droit de parler de laideur et de beauté parce que ce n’est pas scientifique. Je revendique au contraire ma subjectivité : un platane est plus beau qu’une panneau publicitaire intrusif, même si cela ne relève pas de la science.
Ensuite, la beauté n’est pas non plus un apanage des classes bourgeoises : au contraire, contemplons la beauté d’un village traditionnel paysan, un village du peuple.

- Est-ce que j’encense la hiérarchie du passé ? Point. Je critique l’absence totale de hiérarchie actuelle… apparente… qui dissimule une hiérarchie de fait, celle du plus fort.

- La notion de flou spirituel m’étonne. Tout d’abord parce que j’aimerais qu’on m’explique ce qu’est la netteté spirituelle… en dehors d’un discours doctrinal que je refuse.
Ensuite, mon livre n’a rien à voir avec un parfum de New-Âge. Le New Âge revendique le bien être du corps et de l’esprit, dans une dimension de confort. La spiritualité est une exigence de liberté qui s’oppose, souvent, au confort et au bien être. Je ne parle que de liberté et d’exigence… ce qui n’a rien à voir avec la consommation de bien être du New Âge, paquetage commercial de la spiritualité.

Quant à la mystique, au sacré, etc. il ne s’agit pas encore d’un discours d’endoctrinement mais de la revendication du caractère qualitatif de la liberté humaine.

- Est-ce que je simplifie les phénomènes économiques ?

Je ne les simplifie pas mais les saisis dans la dimension du sens, ce qui n’est pas le rôle d’un économiste.
Et, justement, face aux experts, dont les compétences nous mènent au désastre, je revendique une vision construite sur le sens, c’est-à-dire l’intuition, pour restaurer une vision qu’un spécialiste s’interdit par méthode.

Voilà quelques précisions qui me paraissaient nécessaires.

Bien cordialement,

Jean-Luc Coudray
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Bonus

22/05/10 14:57
Pour des arguments plus substantiels, voir peut-être le dossier que la revue Mouvements avait mis en ligne : http://www.mouvements.info/+-Decroissance-+.html

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