Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Nous le savons tous, les "objecteurs de croissance" sont dangereux. Ces gens qui expliquent qu’une croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini sont, au choix : d’horribles réactionnaires, qui veulent revenir à l’âge de pierre, nier les progrès apportés par les Lumières ; de terribles catastrophistes, qui dansent sur les décombres de l’emploi et se réjouissent du fait que "la crise s’aggrave" ; enfin, des fondamentalistes religieux, qui professent le vœu de pauvreté pour tous, et substituent à la rationalité, la mystique et l’ascèse. Ils veulent laisser le Sud dans sa pauvreté, ce sont des petits bourgeois coupés du peuple, ils refusent le progrès. La décroissance est une idéologie néfaste, qui non seulement considère la catastrophe comme inévitable, mais l’estime encore d’une certaine manière désirable.
Sauf que la décroissance n’est pas une idéologie ; qu’elle ne se réjouit pas de la crise ; qu’elle veut créer du travail là où le système capitaliste en détruit, et que les valeurs qu’elle défend sont largement ignorées du grand public. Un mot à la mode, en somme, qu’il est de bon ton de caricaturer, car son contenu polémique déplaît fortement aux orthodoxes défenseurs de "la croissance", du "développement", du "PIB", du "plein emploi", et du bien-être pour tous, sans que jamais ne soit évoquée par eux – si l’on ose dire – la facture écologique de cette vision du monde.
La décroissance en dix questions et en dix réponses
Les trois auteurs de l’ouvrage dont nous allons parler s’attellent avec talent à passer en revue une par une ces caricatures et à démêler ces incompréhensions. Loin de livrer un plaidoyer virulent en faveur de la décroissance, ils nous proposent une réflexion qui réussit, comme nulle autre depuis plusieurs années, à remettre les pendules à l’heure avec beaucoup de clarté, en embrassant d’un seul regard les théories de la génération des fondateurs du courant décroissant – comme Ivan Illich ou Nicholas Georgescu-Roegen – et les options défendues, dans le contexte français, par la génération des héritiers – comme Serge Latouche, Paul Ariès ou Pierre Rabhi.
En un petit format, ils parviennent à donner au lecteur un accès à tous les débats soulevés ces dernières années, en les guidant d’une main sûre et experte. Dix questions trouvent ainsi réponse – des plus simples telles que "que signifie ‘décroissance’ ?", aux plus complexes telles que "la décroissance, c‘est la récession et le chômage ?".
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