On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le drame est que nous avons appris, à partir de certaines déviances de nos usages du langage, à dénier à l’animal toute vie subjective jusqu’à ne plus voir en lui sa souffrance. La cause vient de ce que nos mots nous échappent. Nous ne savons plus ce que nous voulons dire. La langue est devenue folle. Ainsi en est-il des éleveurs qui pratiquent des "soins" sur leurs porcelets, en entendant par là la castration, l’ablation des dents de lait, de la queue – le tout à vif , – ou encore des fermiers qui appellent "vice" le comportement des poulets d’élevage qui se piquent les uns les autres, ce à quoi ils mettent ordinairement fin en débecquetant les jeunes oiseaux . Les mots ne veulent plus rien dire. Les hommes parlent, et c’est pour ne pas voir ni entendre.
La thèse générale de l’auteur consiste à dire que c’est dans l’élément du langage qu’il convient de poser le problème de nos relations avec les animaux, en cherchant dans les modalités selon lesquelles il est possible de s’entendre dans le langage les conditions permettant de défendre ceux qui n’ont pas de voix.
Ce qui implique en tout premier lieu de ne plus se laisser imposer des façons de parler des animaux par les biologistes, vétérinaires, éthologistes, consommateurs, etc., qui parlent de l’animal, de son bien-être, au nom de la vérité scientifique ou celle du sens commun, ou de la tradition, etc. Comme le dit remarquablement Philippe Devienne : "Ils parlent pour moi ! Tous me donnent les critères avec lesquels je devrais voir le monde. Tous me donnent une façon d’évaluer une situation donnée, de me dire ce qui vaut la peine d’être cru, ce qu’il est bien ou mal de faire" .
Comment parler pour les animaux ? C’est-à-dire, à la fois : "à leur place", et "pour leur compte". La réponse originale de l’auteur tient à ceci qu’il désigne le langage lui-même dans ses usages ordinaires comme étant la clé de toute réflexion sur l’animal, en demandant à la philosophie d’effectuer le travail de clarification dont elle est capable. Cette réflexion philosophique, selon la conception que s’en fait l’auteur , n’est pas en compétition avec les sciences psychologiques ni avec les neurosciences. Elle ne s’occupe pas de connaissance empirique, ne se mêle pas d’expérimentation ni d’observation. Elle s’occupe de la description des relations grammaticales ou logiques entre les concepts de conscience, de mémoire, de douleur, de pensée, etc. Elle cherche à "dénoncer ce qui transgresse les frontières du sens, à dénoncer ce qui est logiquement impossible (et non ce qui est empiriquement impossible), à traquer dans ce qui est dit une forme de mots qui, même si elle semble vouloir dire quelque chose, n’a pas de sens, à démasquer une forme de mots qui ne dit rien du tout" . La philosophie, conçue de manière wittgensteinienne comme une thérapie censée guérir certaines maladies de l’esprit et libérer la pensée prise dans le piège des mots, se recommanderait donc comme étant l’instrument privilégié de la libération des maux que nous faisons subir aux animaux
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nina748
LHARANG