Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Chacun se souvient des célèbres mots du Cardinal de Polignac adressés à l’orang-outan du Jardin des Plantes, tels que Diderot, entre autres, nous les a rapportés : "Parle et je te baptise !". L’interpellation parle d’elle-même : Polignac n’adressait pas une question à la bête, pas plus qu’il ne lui donnait un ordre. Ce cartésien n’attendait aucune réponse. L’affirmation par l’homme de sa propre différence prend la tournure de la dénégation. Ce n’est pas lui qui se dit autre que la bête, c’est la bête elle-même qui dit toujours cette différence, sans la dire, précisément parce qu’elle ne dit rien.
Voilà un bel exemple de procédé destiné à constituer les animaux comme des êtres muets, incapables d’opposer autre chose que le silence du vaincu, parce qu’on les fait participer à une expérience qui est conçue de telle sorte qu’ils n’ont aucune chance de manifester les compétences, les talents d’organisation et de relations qui sont les leurs. Comme le faisait remarquer très justement Georges Canguilhem, auquel une belle étude est consacrée dans le volume dont nous allons parler : « Sans doute l’animal ne sait-il pas résoudre tous les problèmes que nous lui posons, mais c’est parce que ce sont les nôtres et non les siens » .
L’étude du comportement animal semble s’être longtemps conformée à ce type de procédure expérimentale où les résultats obtenus nous instruisent bien moins sur ce qu’est censée être la réalité de la vie subjective des animaux étudiés que sur les préjugés multiples qui habitent l’expérimentateur, qu’il soit naturaliste, éthologue ou psychologue, et sur les biais méthodologiques qui affectent sa démarche. Le remarquable volume recueillant des travaux venus d’horizons très différents (de la phénoménologie à l’écologie comportementale, en passant par le droit, la sociologie et la biologie, etc.) que dirige Florence Burgat vient à point nommé pour faire le bilan des avancées récentes dans le domaine de la compréhension du comportement animal (lesquelles prennent appui sur des travaux parfois anciens), dans une perspective qui laisse volontairement de côté les données factuelles des savoirs positifs pour se consacrer à un travail plus fondamental organisé autour de trois axes, lesquels déterminent aussi bien la structure du livre.
Une réflexion sur l’essence du comportement animal
En bonne méthode ne convient-il pas de s’interroger en priorité sur ce qu’est un comportement avant d’élaborer un protocole d’observation des séquences comportementales jugées dignes d’être étudiées ? Or, la difficulté tient précisément à ceci qu’il y a contradiction à vouloir saisir un comportement en tant que tel tout en commençant par ne pas respecter la façon dont il se donne, en le fractionnant en séquences, en l’atomisant, en isolant chaque mouvement de l’ensemble dans lequel il prend place et qui seul lui confère une signification. La réduction du comportement à l’un des éléments qui entrent en jeu dans ses manifestations (mécanismes physiologiques, programme génétique, opérations cognitives, etc.) – opération qui rend assurément très commode les études empiriques en permettant de circonscrire clairement leur objet – , n’a-t-elle pas pour effet d’invalider les résultats de l’enquête dans son ensemble dans la mesure où l’objet de l’étude est une pure construction intellectuelle dénuée de tout référent réel ?
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Afeissa Hicham-Stéphane
vilain